Acta Structuralica

International Journal for Structuralist Research

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Le syllogisme pratique et son importance pour les sciences humaines

Stephan Strasser

pp. 82-102

L'A. esquisse les motifs qui ont mené à essayer de concevoir une théorie analytique de l'action. Il mentionne aussi la vieille question des « Geisteswissenschaften », que Popper et Hempel ont été incapables de traiter. C'est pourquoi l'ouvrage de von Wright, Explanation and Understanding, mérite notre attention : cet auteur essaie de faire une synthèse de ce qu'il appelle les traditions « galiléenne » et « aristotélicienne » dans la pensée occidentale. Dans cette tradition-ci, l'idée du « syllogisme pratique » joue un rôle important. Les conceptions du « syllogisme pratique » selon S. Thomas et Kant sont comparées avec les idées de von Wright. Il en ressort que la réflexion logique à propos d'une action n'est pas sur le même plan que l'action elle-même, puisque l'action en tant que telle est dirigée vers son but et que cette application immédiate empêche la réflexion. L'A., en conséquence, propose de parler de « raisonnement téléologique » plutôt que de « syllogisme pratique ». Interprétant la notion weberienne de « Zweckrationalität », l'A. montre que le caractère approprié des moyens par rapport à la fin constitue un premier instrument qui permet à l'homme de science d'interpréter les actions humaines. La fin peut être choisie de manière tout à fait subjective, les moyens aussi, mais l'adéquation ou l'inadéquation des moyens à leur fin peut être évaluée de manière objective. Le raisonnement téléologique, par conséquent, peut assurer un minimum de rationalité dans l'interprétation scientifique des actions humaines. Von Wright est en droit de rejeter le dualisme méthodologique invoqué au XIXe siècle par Droysen et Dilthey. L'histoire, la psychologie et la sociologie ne sont pas de simples « sciences herméneutiques ». La « nature » (en tant qu'opposée à la « culture ») joue un rôle décisif dans la vie des êtres et des groupes humains. La nature en tant que telle ne peut être interprétée d'une manière anthropomorphique, elle peut seulement être décrite en établissant des régularités ressemblant à des lois. Les sciences humaines ne peuvent donc se passer de la recherche des causes. Scientifiquement parlant, une théorie interprétative a le statut d'une hypothèse. Ce n'est pas une démonstration comme dans les sciences de la nature, c'est une reconstruction ex post facto. L'A. propose de ne pas parler de « vérité » dans ce contexte, mais plutôt de « plausibilité ». Une théorie interprétative peut être appelée « plausible », quand elle éclaire, quand elle nous fait comprendre les relations entre plusieurs faits particuliers, quand à sa lumière des régularités deviennent intelligibles. Une interprétation qui n'a aucune de ces qualités ne peut pas être considérée comme « plausible ». Si la théorie interprétative est incompatible avec l'un des faits, elle est « fausse ».

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Full citation:

Strasser, S. (1983). Le syllogisme pratique et son importance pour les sciences humaines. Revue philosophique de Louvain 81 (49), pp. 82-102.

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