L’expression entre expérience et physionomies du sens : éléments pour une phénoménologie sémiotique

pp.71-88

https://doi.org/10.19079/actas.2018.s1.71

ISO 690

Bondi, Antonino. L'expression entre expérience et physionomies du sens. In: Acta Structuralica, 2018, 1, pp.71-88 [http://doi.org/10.19079/actas.2018.s1.71]

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Bondi, A. (2018). L'expression entre expérience et physionomies du sens. Acta Structuralica. 1, pp.71-88. [http://doi.org/10.19079/actas.2018.s1.71]

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Bondi, Antonino. "L'expression entre expérience et physionomies du sens." Acta Structuralica, vol.12018, pp.71-88. [http://doi.org/10.19079/actas.2018.s1.71]

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1 | Le concept de «forme sémantique» : premier survol

La notion de forme sémantique a fait son apparition dans le champ des sciences du langage à une époque assez récente, au sein d’une linguistique que l’on pourrait qualifier – dans une acception très étendue – de textuelle. A l’apparence intuitif, le syntagme forme sémantique recouvre un double statut : d’une part, il semble jouer le rôle d’un simple outil descriptif, visant la reconnaissance des formes à partir de leurs dimensions méréologiques et mélodiques. D’autre part, avec la publication de l’ouvrage de Pierre Cadiot et Yves-Marie Visetti Pour une théorie des formes sémantiques (2001), la notion de forme sémantique devient le véritable concept pivot1 d’une théorie du langage et de la sémiose à vocation phénoménologique et dynamiciste, à la fois étroitement liée et prise dans un rapport dialectique avec la pragmatique post-wittgensteinienne, l’herméneutique textuelle et le refonte du structu­ralisme biodynamique de René Thom.

Parmi ceux qui font de la forme sémantique surtout un outil descriptif, c’est François Rastier (2001) qui – dans le sillage de la tradition structuraliste dont il s’affirme un héritier (bien que de façon critique) –, a reconnu que le champ problématique de la forme sémantique est construit à partir du thème, certes central, de l’identification et de la reconnaissance des unités. Comment reconnaît-on une forme ou une unité sémantique? Quels ordres ou niveaux de description de l’analyse linguistique implique-t-elle? Quels en sont les caractères définitoires et, par conséquent, les procès de constitution? La réponse réside pour Rastier dans l’élaboration d’une sémiotique des cultures de type textualiste et herméneutique. A la base de cette proposition – en résumant de façon quelque peu abrupte le propos du linguiste –, on trouve un double geste de refus théorique. D’abord, le refus de l’idée d’une compositionnalité universelle du sémantisme : le sens d’un morceau textuel, quel que soit son format de manifestation linguistique, se construit toujours selon des orien­tations contextuelles, de genre et d’interprétation pratique-pragmatique. On ne peut nullement concevoir la signification comme une simple structure reliant des procédures de juxtaposition ou composition d’une batterie d’élé­ments primitifs, à leur tour prétendument dotés d’un sens autonome et défini. Dès lors, une sémantique lexicale adéquate ne peut que rejeter toute hypothèse compositionnelle et son universalisme plus ou moins implicite selon les divers courants2.

Le deuxième refus concerne le contrepoint théorique du composition­nalisme, à savoir l’encyclopédisme infini et la nature labyrinthique du sens. Rastier a certes admis à divers endroits que le savoir linguistique peut avoir une dimension encyclopédique (cf. Rastier 1987, 251), car toute connais­sance lexicale encyclopédique peut représenter un interprétant sémique. En même temps, il en conteste la plausibilité épistémologique, conceptuelle et même descriptive. Le sens linguistique, ainsi que les unités sémantiques, ne peuvent pas être captés et décrits dans les termes d’objets en dérive continuelle et infiniment interprétables, au sein de contextes aux statuts opaques. Au contraire, le sens se réalise toujours dans un contexte défini, qui tout en ne coïncidant pas avec un assemblage d’éléments sémantiques primitifs, se présente néanmoins comme une classe ouverte mais définie, les taxèmes, «c’est-à-dire […] la petite batterie de mots (de sémèmes) composant l’univers perti­nent dans la situation (tex­tuelle, sociale, subjective» (Salanskis 2003, 166).

Selon Rastier, la problématique de la forme sémantique en tant qu’outil descriptif s’insère justement à ce point : si le sens résulte de l’intersection d’une dynamique singulière interne aux relations structurelles des langues et d’une activité pratique-herméneutique plurielle, agonistique et dialectique (mais non infinie ou à la dérive), le concept de forme sémantique permet de rendre compte de ces deux dynamiques complexes de composition de toute performance sémiolinguistique et sémiotique. En effet, d’une part, la forme sémantique exprime l’impossibilité de scinder structures et contenus dans les procès de construction textuelle ou sémiotique. De l’autre, et plus largement, la révision des notions de forme et d’unité sémantique dans un contexte inter­prétatif, permet de penser l’entrelacs du sens, de la praxis et du langage. Rastier souligne que la sémantique des textes montre les contacts que les parcours interprétatifs mettent en scène dans les différents plans du langage ; d’où en suit la possibilité non seulement d’affirmer la solidarité entre ces plans, mais de faire face au préjugé (millénaire) selon lequel le sens est in­dépendant des langues. Une approche sémiotique à la fois textualiste et herméneutique est donc obligée de penser aux concepts de forme sémiotique et d’unité sémantique en tenant compte de l’autonomie structurelle des langues et de la dimension intimement praxéologique des formes langagières. C’est dans ce cadre que s’avère nécessaire une innovation conceptuelle liée au problème de l’individuation, la construction, la stabilisation et les reconnaissances des formes. Comme l’a écrit Rastier :

au palier textuel comme aux autres, les unités résultent de segmen­tations et de catégorisations sur des formes et des fonds sémantiques, que l’on peut désigner du nom général de morphologies. Leur étude se divise en trois sections : liens entre fonds […]; liens entre formes ; et surtout liens des formes aux fonds, cruciaux pour l’étude de la per­ception sémantique (Rastier 2001, 65).

L’étude des morphologies nécessite une inversion méthodologique et thé­­orique. S’il est possible de décrire les unités par une multiplicité de rapports, de procès et de composants les constituant, il faut repenser aussi la notion de forme ou de Gestalt en un sens dynamique. En d’autres termes : parler de morphologies équivaut à parler de gestalts fluctuants et en évolution pérenne, se structurant selon une multiplicité d’éléments qui s’intègrent réciproquement, mais pas nécessairement dans une relation de type hiérarchique. On ne peut pas réduire la morphologie à sa seule dimension de construction géométrique et spatiale, comme proposé jadis par la linguistique cognitive californienne. Au contraire, l’unité émerge par un ensemble d’interactions différenciées de plusieurs composants dont les relations ne sont pas nécessairement hiérar­chisées mais plutôt des relations de synchronicité ou de simultanéité. Ainsi, l’analyse d’une forme sémantique peut passer par des stratégies descriptives diverses : i) une description paradigmatique à travers l’insertion dans un répertoire de formes ; ii) une description syntagmatique se focalisant plutôt sur la concaténation de formes (description syntagmatique) ; iii) une descrip­tion herméneutique, faisant émerger le résultat du parcours de constitution ou reconstitution de la forme ; ou iv) une description référentielle, qui sou­ligne, quant à elle, les tissus relationnels des formes linguistiques aux formes non langagières.

2 | La «théorie des formes sémantiques» entre phénoménologie sémiotique et herméneutique textuelle

Dès lors, la question du sens linguistique semble ne pas pouvoir faire l’économie des rapports avec l’insertion au sein des macro-dispositifs textuels d’une part et des pratiques interprétatives orientées selon les contextes de l’autre. La réflexion de Rastier a le mérite d’avoir entrevu la nécessité de reprendre le concept de forme pour en renouveler la puissance épistémo­logique et descriptive, à même de tenir ensemble les deux dimensions que l’on vient de mentionner (macro-textuelle et pragmatique). Pourtant, il reste rattaché à une logique souffrant des mêmes problèmes hérités du structu­ralisme linguistique. La notion de taxème, par exemple, demeure limitée par un destin compositionnel, malgré les efforts de Rastier. C’est dans ce contexte problématique de discussion autour de la linguistique textuelle et énonciative ou cognitive que la théorie des formes sémantiques (dorénavant TFS) prend pied. Pour Cadiot et Visetti, la TFS est un programme de recherche trans­disciplinaire, dont l’enjeu principal consiste dans un modèle phénoménologique de l’activité du langage, capable de rendre compte de l’expérience sémiogénétique. Ils envisagent deux nœuds problématiques à approfondir : i) l’entrelacs constitutif entre langage, langues et expériences sémiogénétiques, en focalisant le chiasme entre perception, sémiose et socialité du sens ; ii) l’élaboration et la description des parcours de constitution de formes propre­ment linguistiques. Il s’agit d’un cadre théorique qui insiste sur la reprise de thèmes de la tradition gestaltiste et phénoménologique, dont la finalité ex­plicite est la description en style phénoménologique de la valeur linguistique – que l’on peut saisir dans sa continuité avec l’expérience sensible et pratique, sans pour autant oublier les exigences descriptives de la linguistique textuelle et interprétative (Visetti & Cadiot, 2006). Ainsi, il deviendrait envisageable de décliner ensemble la logique de la singularité du phénomène (et de l’expérience) linguistique dans sa dynamique interne, et sa dimension plus textuelle, discursive, énonciative. Le concept de forme sémantique devient le pôle d’attraction de ces deux tensions constitutives de la linguistique : d’une part elle est une sorte de phénoménologie herméneutique de la singularité linguistique (l’acte de parole de la tradition saussurienne) ; de l’autre, elle est destinée à devenir une récognition des attestations textuelles, avec ses sédi­mentations formelles, expression de la productivité langagière humaine.

La TFS a l’ambition de proposer un modèle perceptif-constructif et praxéologique du langage, en mesure de comprendre celui-ci comme une activité de construction et de déformation constante de formes par des procès d’individuation, d’identification et de détermination d’ordre, tout au long de phases hétérogènes mais simultanées de stabilisation. Pour atteindre cet objectif, deux itinéraires méthodologiques et théoriques distincts s’avèrent nécessaires.

D’abord, une critique des approches immanentistes en linguistique (struc­turalisme, linguistiques énonciatives et cognitives) qui supposent que l’on puisse reconstruire l’activité de langage à partir d’une ontologie présumée des entités linguistiques. Dans ce genre de linguistique, certains usages linguis­tiques – dénominations, distinctions entre noms et verbes (reflex de la distin­ction ontologique entre substances et procès) seraient des éléments primitifs, i.e. des emblèmes de ce qui est originaire dans l’activité de langage. En pre­nant appui sur ce genre de conviction, les approches immanentistes pensent que la signi­fication constitue un format mental de représentation du réel, en postulant une césure nette (ontologique !) entre sens et référence, ou entre langage et réalité. En revanche, la TFS conçoit ces usages non pas comme des éléments primitifs de la praxis langagière, mais des stabilisations temporaires, résultant du travail constant de thématisation mise en œuvre par la conscience langagière. La thématisation est une activité de contact avec le monde que la conscience langagière met en place et, il s’agit, comme écrivent Visetti et Cadiot :

d’une dynamique de construction et d’accès à un posé, motivé et profilé linguistiquement, mais toujours plus pauvre ou plus riche que ces accès partiels. Soulignons qu’il s’agit d’un accès global, pris lui-même en tant que posé : donc une trace en construction d’un ensemble d’accès (de modes d’accès), avec l’enregistrement d’un posé à quoi l’on a accédé. La thématique comprend bien le thétique, par quoi nous entendrons ici l’extériorisation du posé, avec les modes d’individuation que cela peut à chaque fois impliquer. Mais elle ne se réduit pas à ce terme présumé, étant d’abord les thèmes qu’elle déploie, c’est-à-dire dans les formes de son propre passage en direction – sans doute – d’une extériorité dont il est impossible de dire à quel point elle commen­cerait exactement dans ce mouvement de sortie du langage (Cadiot & Visetti 2001, 138-139).

Du point de vue méthodologique, la procédure descriptive envisage non pas le repérage d’invariants linguistiques de tout genre, mais une mesure de l’extension d’usage des mots, pour en saisir l’instabilité constitutive, les ou­vertures plastiques et génériques qui font résonner le langage avec un horizon pratique et sémiotique en transformation constante. C’est sur ce fond de généricité instable que les formes linguistiques se déploient, afin de se stabi­liser et en même temps de se laisser rouvrir à de nouvelles déterminations. Comme nous l’avons écrit ailleurs avec Visetti et Piotrowski, il s’agit de penser les processus de signification comme des déterminations ouvrant non pas seulement sur des horizons de sens, mais aussi toujours à la recherche d’une reprise de nouvelles déterminations en attentes (Bondì, Piotrowski & Visetti 2016).

Le deuxième passage, plus constructif, de la théorie, consiste dans l’éla­boration du modèle. On va concevoir l’activité de langage comme une perception/construction de formes, puisque vie perceptive et vie linguistique exhibent, pour ainsi dire, une communauté d’organisation et une analogie constructive. Aussi, la TFS envisage de valoriser le fait que, au fond, derrière quelque chose qui se présente comme un ensemble de niveaux stables mani­festés dans les langues, se cache en fait une dynamique de déploiement et d’interaction entre divers régimes en coalescence. Donc, d’un côté il faut poser cette première question : de quelle façon peut-on comprendre le lan­gage comme activité de construction dynamique de gestalts sémiotiques, sans pour autant réduire le concept de Gestalt – comme en linguistique cognitive – à la seule dimension topologique et spatiale? De l’autre côté, il faudra reprendre la problématique du corps en tant que matrice de construction sémantique, dans le sillage de la tradition gestaltiste et phénoménologique, ainsi que comme lieu de l’union et du travail simultané de perception, action et expression. La phénoménologie (en particulier merleau-pontienne) sur laquelle nous prendrons appui, pense au corps comme toujours déjà capté dans une trame d’interrelations denses de signification ; la corporéité consti­tue une trame intentionnelle qui œuvre par reprises incessantes de ce qui a été déjà thématisé, par immersion dans les horizons et par les motifs qui y sont rattachés à l’état aléatoire, latent etc. En ce sens, la logique des formes séman­tique est une logique de l’expression, c’est-à-dire une théorie des temps et des dynamiques d’organisation, d’extériorisation et de reprise de l’expérience ver­bale elle-même. La TFS envisage ainsi de parvenir à une critique d’une série de problèmes et thèmes ayant empêché le développement d’une théorie dyna­mique du langage : la tension entre subjectivité du sens et partage inter­subjectif du sémantisme ; la distinction entre sens et référence ; la vision de la langue comme code etc. Au contraire, pour la TFS la langue est une saisie du monde et en même temps une saisie du discours d’autrui dans le monde : une pratique de co-expression dans lequel le rapport entre sens et référence s’articule comme une relation d’extension réciproque plutôt que de simple correspondance. Dans ce cadre, la notion d’expérience fait son retour au sein de la théorie linguistique elle-même, comme Cadiot et Franck Lebas l’ont remarqué :

non seulement les options phénoménologiques sont d’une grande compatibilité avec l’observation de toutes les strates et les dimensions du langage, mais encore elles livrent une solution générale au pro­blème de l’articulation sens-référence (…). L’essence de cette solution réside dans un retour à l’expérience : le monde est une constitution compatible avec l’expérience parce qu’il est constitué par l’expérience (Cadiot & Lebas 2003, 5).

La conséquence du point de vue théorique est un effort de reformulation de ce que veut dire la situation discursive concrète :

la solution générale de l’articulation sens-référence est alors énonçable avec une extraordinaire simplicité : les objets de la parole sont propres à l’activité linguistique en tant qu’ils sont en partie constitués par la dynamique langagière, mais sont aussi les mêmes que ceux auxquels le langage réfère. Ceci cesse précisément d’être paradoxal dès le moment que le réfèrent n’a d’autre essence que ses propriétés extrinsèques. Il y a ainsi, en contradiction avec les thèses ‘dualistes’, continuité entre le monde conçu par la pratique langagière et le monde conçu par les autres pratiques (Cadiot & Lebas 2003, 5).

Ainsi, comme observent les auteurs, il devient possible de résoudre l’arti­culation sens-référence, en constatant que

la signification se fonde dans, et est fondée par, les termes mêmes de la conceptualisation, dans le même temps que le langage redevient une pensée particulière, la parole une expression, la langue une pratique (Ibidem, 6).

On se focalise sur le lien profond entre l’activité de signification en tant que pensée, l’acte de parole en tant qu’expression et la langue en tant que pratique. Précisons cet aspect : si le rapprochement entre langue et pratique d’expression vise à construire une perspective linguistique orientée en un sens phénoménologique, il est nécessaire de mettre en relief les relations entre corporéité et dimensions langagières. Ce rapprochement permettrait en effet de cerner en même temps : i) la spécificité linguistique par laquelle on pourra formuler une hypothèse forte sur les relations entre faculté de langage et faculté perceptive ; ii) une spécificité linguistique qui traverse et perméabilise toute strate du langage, et sur laquelle on pourra construire l’idée de forme sémantique.

Aux antipodes de la langue-code, cette conception de la langue voit dans la production linguistique une expression corporelle particulière, et substitue à la notion d’interprétation celle d’une saisie de l’expres­sion d’autrui. La signification, par hypothèse fondamentalement trans­posable, c’est-à-dire indépendante d’un support objectivé, révèle au plan du système une polysémie généralisée. La polysémie n’est plus un ‘défaut’ du système linguistique, au contraire le langage devient inconcevable sans elle (Ibidem, 6).

3 | Activité dé langage, microgènese et physionomie de l’expérience sémiotique

Qu’en est-il de la faculté de langage dans ce programme de recherches? Il semble en effet que la problématique de la faculté de langage, travaillée au sein des recherches d’ordre cognitiviste, ne soit pas prise en compte, avec une sorte de désintérêt pour le statut du langage comme caractère spécifique de l’humanité. Les choses sont plus subtiles. La TFS, en effet, veut penser la construction du sens comme un procès en continuité avec la construction du sens perceptif, un supposant donc un primat de la perception, celle-ci étant comprise comme horizon de description de l’activité de langage. On ne veut pas comprendre le rapport entre faculté de langage et langues historiques et naturelles dans les termes d’une instanciation ou d’une application de règles, ni dans les termes d’un ensemble de connexions neuronales. Ce qui est intéres­sant aux yeux de la TFS, c’est la conception de la relation entre faculté de langage et langues dans les termes d’une relation dynamique/intentionnelle entre une activité corporelle (à la fois constructive et synesthésique) et l’émer­gence de formes particulières, dont le sens se stabilise et devient matière en circulation, réglant, contraignant et déterminant la vie relationnelle des agents sociaux. C’est dans cette dialéctique émergentiste que l’on approfondit la problématique du rapport entre faculté de langage et langues. Si la signi­fication est considérée comme l’objet principale de la théorie dans ses phases de construction, alors il faut comprendre la nature du corps perceptif pouvant donner vie à ce type de dynamiques. En effet, en décrivant les dyna­miques corporelles et intentionnelles de la vie linguistique, il est obligatoire de décrire aussi quel type de processus perceptif réalise cette perception linguistique/sémantique. La continuité établie entre perception et langage, qui permet de penser l’ancrage cognitif et corporel de l’activité linguistique, ne se borne pas – comme c’est le cas dans les linguistiques cognitives – à une perception spatiale ou spatialisante, mais esquisse une perception complexe, contrainte du point de vue culturel, et inglobant les dimensions temporelles, synesthésiques, évaluatives et praxéologiques. La description et la définition de la signification, la relation entre l’activité que la produit et les langues dans lesquelles elle se sédimente, sont relatives à ce complexe gestaltiste dans lequel il émerge dans toutes ses phases.

Le noeud philosophique de cette question est, en premier lieu, la nature multimodale de la Gestalt sémantique et sémiotique ; et, en deuxième lieu, la question de la signification en relation avec l’expérience linguistique : elle peut être vue comme une physionomie, dont la structure temporelle est micro­génétique. L’activité de langage, par conséquent, se profile comme une struc­ture perceptive-anticipative. Si l’intérêt théorique est donc la description de l’activité de langage comme une perception/construction de formes, le premier objectif est l’identification et la spécification du concept de forme. Par forme nous entendons une unité organisée, contrainte par certaines pro­priétés particulières: i) une organisation a lieu toujours au sein d’un champ, dont la dimension spatiale n’est pas fondamentale pour son extériorisation; ii) elle se déroule par des degrés d’individuation et de localisation très variables; iii) elle correspond aux modes d’unification qualitatifs et praxéologiques, et non seulement morphologiques et de position; iv) la forme se différencie selon des dynamiques de constitution à des strates multiples, en organisant de l’intérieur les dynamiques déployées et extériorisées dans l’espace-temps.

Que se passe-t-il donc lorsque nous comprenons un énoncé? Quels sont les strates qui s’activent? Ou, puisqu’il s’agit de strates simul­tanées, quel est le domaine qui apparaît comme le plus pertinent dans la compréhension/ production du sens? La compréhension d’un énoncé se met en place, dans cette perspective, dans les termes d’une capture physionomique du sens. Qu’entend-t-on par physionomie? En suivant les suggestions de Köhler et les réflexions de Werner, nous entendons par physionomie la dimension propre­ment expressive des formes perceptives et perceptives-sémiotiques. Percevoir une signification veut dire dans notre discours saisir l’animation intérieure d’une forme perceptible et disponible dans l’espace externe des échanges continus. La dimension physionomique concerne la perception de la globa­lité de la forme – sans pour autant se contenter des configurations morpho­logiques – et en même temps la compréhension de l’intentionnalité que chaque élément porte en soi. Concevoir les structures performatives de l’échange linguistique en tant qu’expressions animées veut dire chercher à en repérer les processus internes de constitution, à savoir ses régimes ou ses phases d’organisation. Mais, du point de vue de l’idée de sémiose que l’on veut développer, la perception d’unités physionomiques, telles que les perfor­mances sémiolinguistiques, implique l’expressivité et l”intériorité animatrice – que nous avons appelé ailleurs intentionnalité des mots (Bondì 2012) – comme mode principal de constitution des formes. La perception sémiotique est une perception physionomique qui exige la co-présence d’un champ et d’objets pratiques générant des modes d’individuation du sens, à partir de cet horizon complex de l’action langagière. Si nous percevons le feu, par ex­emple, on ne se limite pas à voir le phénomène thermique et lumineux de combustion de certaines substances (forces cinétiques et configurations morphologiques), mais aussi – et de façon concomitante et pas sécondaire – en tant que flux de chaleur, violent, déstructeur, génératif, palpitant de couleurs dansantes, fascinant etc. L’ensemble de ces qualités actives et dyna­miques constituent la physionomie du feu. Elle est la condition d’une perception multimodale, synesthésique et simultanée du feu : c’est à l’inté­rieur de ce processus de perception simultanée qu’advien­nent les dynamiques de déploiement du sens. Or, l’activité perceptive constitue un ensemble d’actions, dans lesquelles ces propriétés s’anticipent réciproquement : chaque action constitue un motif générique pour l’autre. Toute formation, par consé­quent, anticipe des aspects latents, qui peuvent (ou non) être déjà présents au niveau potentiel dans la physionomie. En élargis­sant le strate perceptive jusqu’à y englober l’activité linguistique et l’organi­sation sémantique, on assiste à un processus semblable dans la constitution du signifié, qui ne se construit pas via des composants qui s’additionnent, via des traits plus ou moins minimaux, ou via des protoypes ou sens référentiels supposés pre­miers ; le signifié ressemble plutôt à la physionomie du mot, à savoir à la globalité de ses potentialités expressives. Recourant à une méta­phore quelque peu abusée, on pourrait dire que le signifié est l’expression d’un visage. L’animation intérieure d’un visage en reprend sa généricité, en anticipe des profiles et des dimensions du motif visuel et, ce faisant, elle crée un parcours d’individuation et de spécialisation
de telle expression, de telle singularité expressive. Il est en de même pour l’émergence du signifié linguis­tique. Il est la singularisation ou, mieux, le résultat d’un processus génératif qui en partant de motifs plus génériques et instables monte vers les individu­ations des formes. L’animation expressive de ces formes, en couplant toutes les dyna­miques pratiques et sémantiques dont elle dispose, doit en quelque sorte rester dans l’ombre, ou à l’horizon, en obtenant le statut de champ co-génératif du signifié émergent. Ainsi, ces dynamiques peuvent demeurer opération­nelles dans la construction de ce singulier perçu/signifié. La méta­phore du visage, aussi banale soit-elle, souligne le chiasme originaire et para­doxal du rapport entre perception et signifié : une dimension perceptive et construc­tive de l’activité de construction et une perceptibilité immédiate du sens. Ce chiasme permet de penser à la faculté de langage : loin de la concevoir comme un module cognitif, elle devient une activité polymorphique de constitution symbolique – où par symbole nous entendons des formes sémantiques. Les formes sémantiques sont des formes dont l’animation expressive intérieure garantit le mouvement, le jeu anticipatif et transformatif, c’est-à-dire la dynamique d’activité formatrice et en même temps de milieu constitué dans lequel les sujets parlant agissent. Puisque les langues, en tant que formes sémantiques, possédent ce double statut – activité de formation et réseau fourmillant de point d’appui et de déplacement qui garantit l’insta­bilité et la stabilisation des formes – la faculté de langage ne peut pas être un module cognitif, externe à cet ensemble d’activités morphogénétiques.

Il reste un dernier aspect qu’il est important de souligner pour rendre compte de ces gestes discursifs que sont les formes sémantiques : c’est le pro­blème de la temporalité, qui soutient la dynamique à strates multiples que l’on vient d’évoquer. Il s’agit d’une temporalité que l’on doit comprendre au sein de la théorie microgénétique des phases d’organisation des Gestalts. Comme nous le rappelle Victor Rosenthal (qui en a redéfini dans les années récents les contours théoriques) la microgenèse représente le développement à l’échelle du présent d’un perçu, d’une expression, d’une pensée ou même d’un objet de l’imagination. La microgenèse, en effet, peut être conçue comme l’émer­gence de l’expérience immédiate en tant que phénomène dont les antécédents procèdent d’une dinamyque de différentiation génétique. En fait, toujours selon Rosenthal, tout processus de perception et d’expression se déroule dans le temps présent par un processus microgénétique de différenciation et de développement (Rosenthal 2004, 16). La microgenèse décrit l’expérience perceptive non plus dans les termes d’un flux d’information ou d’intégration d’éléments qui intéragissent, mais en dévoilant la structure dynamique du présent et de son intrinsèque temporalité. Elle permet de montrer la nature de déploiement progressif et en même temps immédiat du sens. Chaque expé­rience immédiate porte en soi les germes de ce dont on aura expérience et dont la teneur s’annonce de façon latente et insuffissament déterminée. Le déploiement progressif dont parle la microgenèse propose un parcours qui, afin de décrire la constitution d’un objet d’expérience, oscille entre la géné­ralité catégoriale et indéfinie d’une part et la spécification constante par les différentes thématisations qui font émerger l’objet selon la typologie de l’expé­rience d’autre part. La microgenèse peut décrire l’émergence d’une expérience immé­diate dans les termes d’un développement : l’hypothèse de base, discutable mais suggestive, est une analogie entre le parcours ontogénétique d’un indi­vidu et le parcours microgénétique, c’est-à-dire une multiplicité de syntaxes micro-temporelles coexistantes dans le présent de l’expérience et réglant la «vie» même de l’expérience en question. En tant que processus de construction dynamique des formes, la microgenèse dépend de la dynamique psycho­génétique des processus biologiques dont la durée est extrêmement variable. C’est pour cela qu’elle suppose une intuition continuiste du champ de l’expérience, et elle est conçue comme une processus vital dont la dynamique génère le couplage structurel entre organisme et milieu. La microgenèse, donc, est la modalité temporelle constitutive de l’émergence des formes : un procès de co-constitution entre forme et champ en mesure de faire sens.

Faire sens, dans la perspective adoptée ici, est toute activité propre d’un processus cognitif/perceptif, où forme et champs se déployent l’un en relation à l’autre au sein d’une dynamique temporelle de différenciation graduelle et de stabilisation. La description des totalités organisées (ou formes séman­tiques) est alors à examiner dans la perspective des tensions qui en règlent le développement. Dans le contexte d’une théorie du langage, la microgenèse est un outil pour comprendre les aspects de solidarité entre l’architecture morphologique de l’objet linguistiqus d’expérience, le sens – c’est-à-dire la production de pregnances reconnaissables et utilisables dans les actions d’échange symbolique – et les valeurs, à savoir les différence particulières que les parcours de sens locaux assument dans des contextes spécifiques. La micro­genèse, en conclusion, représente la variante ou l’élargissement de la notion de forme ; elle en récupère les aspects phénoménologiques, jusqu’à une époque récente peu considérés en théorie linguistique.

En effet, la forme, ainsi entendue, invite à considérer à nouveau les rapports entre vie linguistique et vie perceptive, à retenir l’une en continuité avec l’autre, parce que la microgenèse permet de tenir ensemble la dimension génétique de l’expérience et sa simultanéité structurale. Une forme n’est pas en soi porteuse de significations propres, mais elle est constamment modulée par des tensions thématiques du champ : pour cette raison, la structure ancitipative de sa constitution met en crise l’idée qu’il est possible de repérer des points d’arrêt ou des points de commencement. On ne voit pas le début et la fin d’un processus morphogénétique en sciences du langage, mais un continuum morpho-praxéologique. La structure continue de la microgenèse – une multiplicité de processus locaux intéragissant dans une structure glo­bale, comme par exemple un énoncé – se traduit en une modulation conti­nue des formes et en une individuation d’unités dans le champ. Dans ce processus, le langage en tant qu’activité constitue une forme particulière d’anticipation systémique sur la perception, une individuation exceptionnelle qui ouvre les infinies possibilités de sens que le langage prospecte. Citant le phénoménologue Bernard Waldenfels, Rosenthal et Visetti écrivent :

l’expérience n’est pas tout à fait muette, puisque nous lui trouvons un sens ; mais elle n’est pas d’elle-même éloquente, puisqu’il faut la dire. Or l’expression linguistique est un phénomène paradoxal : elle prétend s’appuyer sur une antériorité du phénomène qu’elle signifie, mais elle antidate ainsi son processus, en s’attribuant toute entière à un passé pré-langagier. Si l’on admet, à l’inverse, que la parole fait exister ce qu’elle profère, les formes non immédiatement langagières de l’ex­périence ne peuvent en être que des motifs, et non des fondations. Le temps local de l’expérience que l’on cherche à dire ne trouve alors ses articulations qu’en s’intégrant au temps global d’un mouvement d’ex­plicitation (Rosenthal & Visetti 1999, 214).

La nature paradoxale de l’activité de langage réside dans sa continuité pro­fonde avec la structure temporelle de l’expérience (perceptive et langagière). Le modèle microgénétique de l’expérience comporte une logique génétique de la progression dans la différenciation, une gradation qui permet de saisir la signification comme une physionomie hautement complexe et que la parole appelle, évoque, anticipe, mobilise et stabilise sans arrêt. Et cela tout en demeurant ouverte aux innovations que l’on ne saisit pas explicitement dans les motifs à l’œuvre de façon plus ou moins latente. La signification, en som­me, représente l’expression animée d’une gestualité perceptive corporelle et multi­dimensionnelle. La vie perceptive et la vie linguistique sont deux univers qui renvoient toujours à un corps-au-monde, toujours tramé dans les réseaux intentionnels des dynamiques microgénétiques se manifestant dans les phases de thématisation. Vie linguistique et vie perceptive sont donc expressives dans la mesure où elles se fondent sur une dynamique génétique orientée vers un à-venir, lisible dès le moment de l’émergence des figures, qui anticipent au sein des horizons leurs métamorphoses. Mais c’est l’émergence des figures elle-même qui devient horizon pour des nouvelles expressions inépuisables, que l’on peut idéalement toujours inscrire dans la pratique lin­guistique, sans s’y réduire. Les formes sémantiques, alors, formes linguistiques de l’expérience, se trouvant et bougeant dans un milieu sémiotique dont elles forment le tissu, ne constituent pas des assemblages d’unités pré-données, mais sont à com­prendre à partir de l’intégration réalisée par leur microgenèse, dans une diffé­renciation génétique paradoxale du champ de l’expérience. C’est Merleau-Ponty, dans la Prose du Monde, qui résume et ouvre le sens de la dynamique perpetuelle des formes et sa logique de l’expression :

l’expression n’est jamais absolument expression, l’exprimé n’est jamais tout à fait exprimé, il est essentiel au langage que la logique de sa construction ne soit jamais de celles qui peuvent se mettre en concepts, et à la vérité de n’être jamais possédée, mais seulement transparente à traver la logique brouillée d’un système d’expression qui porte les traces d’un autre passé et les germes d’un auter avenir (Merleau-Ponty 1984, 59).

Restent ouvertes maintes questions liées à l’elaboration d’une phénomé­nologie sémiotique, qui veuille prend au sérieux le défi structuraliste selon lequel ce qui fait signe se configure comme tissu relationnel diversifié, orien­tant nos narrations et nos liens sémantiques au monde. Mais il temps de prendre congé du lecteur : une prochaine étape d’écriture s’annonce

 

Footnotes

1 Concept oserais-je dire, au sens que Deleuze et Guattari confèrent à ce mot : un appareillage capable de se laisser transposer à travers différents domaines et de capturer toute une cartographie et une stratigraphie des potentiels du phénomène considéré.

2 Ex.: les théories des champs lexicaux au sein d’un certain structuralisme des années 1960-1970 ; le compositionnalisme provenant de la philosophie analytique contemporaine et même le compositionnalisme gestaltiste.

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