Note sur la fondation de la phénoménologie du langage: d’Aristote à Merleau-Ponty

La phénoménologie du langage n’est pas encore une discipline reconnue comme telle par les philosophes. Ils devraient pourtant s’y intéresser puisque le syntagme en appelle à la phénoménologie qu’ils ont rencontrée dès leurs études de l’antiquité gréco-latine. Elle n’est pas davantage reconnue par les linguistes qui se disent pourtant spécialistes du langage. Une simple définition d’abord pour amorcer la réflexion: la phéno­méno­logie du langage, c’est l’étude de ce qui nous apparaît (le «nous» est essen­tiel), à savoir les phainomena, ces «choses dans leur présence» (Cassin, 2004, 1078), les choses mêmes que traduit le langage.

Il reste sans doute bien des points à éclaircir. Ainsi la notion capitale de «traduction». Le De Interpretatione d’Aristote, articule deux strates de la signification, la seconde relevant de l’analyse, de la sémiotisation; elle ob­jective la première qui, elle, relève de la perception.

Voici la traduction courante des premières lignes du De Interpretatione : «Les sons émis par la voix sont les symboles des états de l’âme, et les mots écrits les symboles des mots émis par la voix».

La première strate est donc celle de la voix, de la parole. La voix, le percevant, traduit les affects, le perçu. Affects rapportés à «l’être vivant», à la «personne» (pour psuche je suis Chantraine 1999, 1294). Voici un premier point.

Arrêtons-nous un instant sur la démarche d’Aristote. Il emploie le terme sumbolon (symbole, qui signifie, nous dit le traducteur et le commentateur de ce texte fondamental : «traduction»)(Tricot 1984, 152). Est-ce que les pathemata tes psuches que la traduction prend pour cible sont bien «les états de l’âme», comme on le propose généralement? Ils renvoient, si l’on veut être plus précis, à ce que ressent l’être vivant, à son expérience du sensible. C’est bien ce que signifie psuche, la «vie» chez Aristote.

La deuxième phase de la traduction concerne, après la parole, l’écriture (ta graphomena). L’écriture traduit la parole. C’est aussi ce que dira Ben­veniste : l’écriture est le relais de la parole. La voix est la parole primaire ; l’écriture, la parole secondaire (Benveniste 2012, 132-134). Telles sont les deux données immédiates (prȏtȏs, dit Aristote) sur lesquelles se fonde le langage.

Le Vocabulaire déjà cité souligne que le De Interpretatione  «déploie, dans ses toutes premières lignes, la structure classique qui informe la phénoméno­logie, et demeure la grande charte du langage». En effet, «le phénomène se montre dans le langage, il se laisse dire et écrire» (Cassin op. cit., 1161), à cette condition que la parole (le «dire») traduise les affects de l’être vivant et que l’écriture prenne le relais.

Soit une réalité à trois niveaux : la voix (la parole), les affects, la trans­cription (l’écriture).

NB: Un ouvrage récent s’intitule : «La violence du logos», Garnier, 2013. C’est à quoi nous sommes aussitôt confrontés. Quelle place accorder au logos, à la raison, dans l’analyse du langage? Elle est centrale dans la phénoméno­logie générale. Mais il en va autrement dans la phénoménologie du langage. Il faut alors tenir les deux bouts : la parole primaire, la voix, le sensible, la phusis, et la parole secondaire, l’écriture, qui, objectivant la parole primaire, entre dans le domaine du logos. Faute de quoi, le traducteur reste sous l’influence exclusive du logos, de sa «violence», et les pathemata tes psuches, si l’on suit, par exemple, la Loeb collection, deviennent, sans explication, à la manière platonicienne, des mental affections, ou encore, la «pensée», tout simplement (Auroux 2008, 31).

Reprenons la définition de la phénoménologie du langage. Après celui de la « traduction », un autre point invite à la réflexion : que faut-il entendre par «ce qui nous apparaît : les choses dans leur présence»? Qu’est-ce que la présence (ousia)? Elle se manifeste sous deux aspects, « dans les corps », dit Aristote (Aristote op. cit., 1028b). Présence corporelle dynamique relevant de la phusis («c’est le mode de présence de ce qui s’épanouit», Ibidem, 1015a) et dans l’esprit, présence intellec­tuelle relevant du logos. On a déjà relevé que chez Aristote le langage unifiait phusis et logos (Ibidem, 1028b). Il y a «l’ordre ontologique, immanent, de la venue en pré­sence» des «choses», de l’être tel qu’il se donne à nous (phusis), et, ensuite, «l’ordre logique de la prédication» (logos)(Ibidem, 199-200). En fait, la prédication a deux types d’expérience à traiter: pour transcrire l’expérience corporelle, «les choses dans leur présence», elle fait appel aux prédicats somatiques que lui fournit la langue (chaque langue); pour transcrire les expériences de pensée, par exemple les «êtres mathématiques de Platon» dont Aristote fait état (Ibidem, 10), de même pour tout processus de sémiotisation, dirait Benveniste, pour tout retour sur elle-même, sur sa structure, sur son fonctionnement, elle a recours aux prédicats cognitifs que, là aussi, lui fournit la langue (chaque langue). Les Stoïciens le disent clairement opposant le perceptif (phusis): «video Catonem ambulantem» (je vois Caton se promener) et le descriptif (logos): «dico: Cato ambulat» (Sénèque 2003, 51).

NB: Pour un philosophe du langage, la formulation: «Les choses dans leur présence», (ta phainomena) risque d’être incompréhensible. C’est que nous sommes entrés dans le domaine de la phénoménologie du langage. Un test de ce passage est celui de la traduction du grec en latin. Comment traduire «les choses dans leur présence»? Sénèque notait dans une autre lettre à Lucilius que le latin était indigent par rapport au grec (Lettre 58, cité dans Cassin op. cit., 1077). Le terme «res», par exemple, ne peut pas renvoyer à «ta phainomena»; il renvoie à «pragma», l’affaire en question, à un-état-de-choses que l’on peut décrire (Ibidem, 1076). Ajouter «ipse» à «res» (le propre de la chose, «res ipse») ne change rien à ce constat: nous n’avons pas accès à l’apparaître, au surgissement de la chose, à la réalité. Encore un exemple tiré de Sénèque (Ibidem, 1076). Le traducteur en français de «res ipsas intueri» n’hésite pas à dire (violence du logos): «avoir en vue les idées» au lieu de: «considérer les choses en elles-mêmes». Pourtant, le principe étant de subordonner la parole aux choses (verba rebus permittere »), je parle en fonction desdites choses («rerum causa loqui»). Ainsi se justifiait la traduction de cette expression stoïcienne: «laisser parler les choses mêmes» (Imbert 1992, 112). Le cas de figure est d’ailleurs analogue à celui que nous avons exa­miné dans la lettre 117 à Lucilius : d’abord, en soubassement, la perception (phusis): je vois Caton se promener, ensuite, la prédication (logos): je dis: Caton se promène. «Intueri res ipsas», c’est «la perception même avant qu’elle ait été réduite en idées» (Merleau-Ponty 1995, 362). Par l’intuition («intueri»), on se place dans ce que « l’objet même a d’essentiel et de propre» («ipse»)(Bergson 1938, 187). Par la pré­dication, seconde, («loqui»), j’exprime ce qu’il en est de la réalité. En som­me, la phénoménologie du langage a toujours pour objet de «nous ramener aux phénomènes dont nous avons l’expérience». Le principe des principes est donc bien le retour aux choses mêmes. Aux prédicats somatiques de les traduire et aux prédicats cognitifs de les  décrire.

Principles of structural phenomenology: a basic outline and commentary

As we are well aware, the principles put forward here are very broad and schematic. It is thus crucial to point out that their scope is essentially summa­rising and prospective. In our view, because structural phenomenology is so strongly enmeshed with its rich, often confusing historical context, providing a bare-bones, sweeping outline of its core tenets constitutes an essential first step towards identifying and establishing it as a unified, coherent whole. To a certain extent, we thus aim at nothing more than to take stock of a number of ideas from the structuralist and phenomenological traditions and to provide some bearings as to how they can be combined into a consistent theory. This text being only a roadmap of sorts, we feel comfortable both with the reduc­tionistic gesture of condensing fundamentally diverse points of view into a limited set of principles and with the perfunctory treatment we give to some of the most discussed problems in philosophy.

A couple of further historiographical remarks are in order to justify our approach to the corpus of so-called «structural-phenomenological thought». Given that structural phenomenology was never invoked, let alone identified as a well-defined tradition or theory by any of the historical figures whom we deem to have contributed to its development, it is indeed all too easy to call into question our attempt to take stock of what is in effect only a spectral, implicit tradition.

On the one hand, we readily accept that structural phenomenology is for the most part an a posteriori construction. As presented here, it selectively highlights specific aspects of the work of a number of thinkers who were spread across countries and disciplines and did not have a strong – if any – consciousness of sharing a common perspective. Moreover, none of them – including those most obviously linked to structural phenomenology (Hus­serl, Jakobson, Merleau-Ponty, Derrida) – can qualify as «full» structural phenomenologist, as they do not adhere to the totality of the framework we outline. For this reason, we are certainly not claiming that Husserl, Jakobson or Merleau-Ponty were «structural phenomenologists», or that the prism of «structural phenomenology» is the right one to analyse and interpret their work on their own terms. Our aim in reconstructing the tenets of structural phenomenology, however, is neither to define a historical or conceptual category under which to subsume all these thinkers, nor to identify a subset of ideas that are common to them all. Rather, we intend to provide a basis for the future development (or at least a more detailed assessment) of structural phenomenology as a consistent theory in its own right.

On the other hand, we do believe that there are strong historical grounds to present structural phenomenology not as an arbitrary aggregation of theories and ideas – collected retrospectively to suit our own aims –, but as the implicit horizon of crucial debates and intellectual exchanges that took place in the first half of the 20th Century. As mentioned, one can find many instances where structural and phenomenological approaches intersected or productively combined. Such instances, moreover, extend beyond the most famous names to a multitude of secondary figures such as Karl Bühler, Hen­drik Pos, Gustav Špet, Rozalija Šor, Dmytro Čyževskij, Jan Mukařovský, Tran Duc Thao, Konstantin Megrelidze or Emil Utitz. Because many of these figures played an essential role in the transmission of ideas not only across borders and disciplines, but between the likes of Husserl, Jakobson and Merleau-Ponty themselves, they indicate that convergences between pheno­menology and structuralism were not the ad hoc result of the punctual, specific interests of isolated thinkers, but were sustained over decades by a systemic network of personal exchanges and conceptual transfers.

In addition, this network took root in a number of common sources, such as Anton Marty’s philosophy of language, the foundational research in mathematics of Karl Weierstrass and David Hilbert, as well as certain strands of psychology (Johann Friedrich Herbart, Wilhelm Wundt, Franz Brentano) or the various post-kantian reactions against psychologism (Hermann Lotze, Paul Natorp, Heinrich Rickert, Ernst Cassirer). In this perspective, structural phenomenology does appear plausibly as a paradigm that slowly emerged out of the so-called «crisis of positivism» in the late 19th Century, and whose maturation and consolidation into a clearly defined, explicit theory was pre-empted or delayed mostly by contingent factors and catastrophic events, the two World Wars and the liquidation of the cosmopolitan milieu of inter-war Prague chief among these (on these points, cf. Sériot 1999, Espagne 2014, Aurora 2017, Flack 2018).

We turn now to the principles themselves, each followed by a short commentary linking it to the ideas and thinkers from which it draws. Our commentaries should not be understood as fully developed demonstrations or justifications, but rather as contextual elucidations both of each principle’s background and of its relation to the general framework of structural pheno­menology. Furthermore, it goes without saying that it would be highly interesting to confront structural phenomenology with models such as 4E cognition, cognitive semiotics, biosemiotics, interpretive semantics, actor-network theory, radical constructivism, or speculative realism. Just as we will mostly leave out the historical background of the principles, such discussions will not feature at all in the following pages. At this point, we wish to remain focussed on delineating structural phenomenology itself as a coherent whole, leaving for later discussions of its complementarity, specific relevance and originality relatively to other contemporary approaches.

1 | Epistemic principle

Structural phenomenology is a general methodological framework for the scientific description of any type of experience. In particular, it seeks to provide a rigorous foundation to the human sciences, without subsuming them to the natural sciences or giving them lower epistemic value. It is grounded not in the a priori conditions of knowledge, analytical deduction or the experimental method, but in the intentional, phenomenal structure of lived experience.

At the most obvious level, structural phenomenology is a combination of the two fundamental insights of phenomenology and structuralism. These are, respectively, that experience should be studied in the broadest sense as whatever appears in the manner in which it appears; and that objects of experience should be described explicitly as wholes and the parts which make up those wholes. For phenomenology, «every originary presentive intuition is a legitimizing source of cognition, […] everything originally (so to speak, in its «personal» actuality) offered to us in «intuition» is to be accepted simply as what it is presented as being, but also only within the limits in which it is presented there» (Husserl 1982, sec. 24). For structuralism, «any set of phenomena […] is treated not as a mechanical agglomeration but as a structural whole, and the basic task is to reveal the inner, whether static or developmental, laws of this system» (Jakobson 1971, 711).

For structural phenomenological (which does not essentially differ on this specific point from the classical phenomenological view), the source of all experience and knowledge lies in intentionality, that is, in the correlation between a subjective consciousness and the structures of the different objects that present themselves to it. Crucially, no ontological priority whatsoever is posited between these two poles of the intentional relation. On the one hand, there can be no consciousness, and therefore no knowledge, without the intentioned phenomenal objects which are given to it in experience. At the same time, no phenomenon can be experienced outside its relation to a consciousness. As such, the intentional relation itself is what is primarily given as experience and one can thus speak of the intentional, phenomenal structure of lived experienced itself. In the words of Giovanni Piana, «in all its various manifestations, experience always reveals a structure and pheno­menological research must uncover with clarity all the joints and articulations of this structure» (Piana 1996, 114, our translation).

Unlike the various structuralist trends that have animated many scientific fields – such as, among others, linguistics, mathematics, anthropology or psychology – the philosophical programme that underlies structural pheno­menology is not limited to a specific disciplinary domain but aims to sustain a general science (or scientific method) that provides a unified basis for the systematic description of all the significant relations that obtain within each and every domain. The basis for this general science lies in a formal ontology that has its starting point in the analyses developed by Husserl in the Prolego­mena and the Third Logical Investigation. According to such a formal onto­logy, every individual science can be said to represent a domain of objects which is governed (or can be expressed) by a set of axioms and mereological laws that are bound to the class of objects and the structural relations speci­fically considered. For instance, in the case of mathematics, mathema­tical entities and their structural laws, in the case of linguistics, linguistic signs and their grammatical laws, and so on.

In contrast to Husserl’s or other classical approaches to formal ontology, the laws and axioms of structural phenomenology are not meant to express absolute knowledge or describe a priori conditions of knowledge. Rather they constitute dynamic models that are derived from and grounded in the inten­tional, phenomenal structure of lived experienced. As such, they can also affect lived experience itself through a reflexive process of auto-correction between theoretical model and experience. In this sense, structural pheno­menology is close to the conceptions of scientific knowledge as a dynamic, incremental and normative process of critical reflection that can be found in the works of the later Husserl, the Neo-kantians (in particular Cassirer and Rickert), Pos or Merleau-Ponty

On this point, structural phenomenology also differs substantially from canonical versions of structuralism. Indeed, these generally limit themselves to identifying a specific domain of objects – for instance, natural language – and to uncovering its structure, namely the formal model that describes all the significant relations that obtain among the objects belonging to the do­main, without looking into their source or the modalities of their appearing in experience. By taking this last question very much into consideration, structural phenomenology seems to be able to provide a solution – although neither conclusive or unproblematic – to one of the fundamental difficulties pertaining to the structuralist paradigm, namely the question regarding the relation between genesis and structure or, better, the genesis of structure. Following Derrida here, structural phenomenology ceaselessly attempts «to reconcile the structuralist demand (which leads to the comprehensive description of a totality, of a form or a function organized according to an internal legality in which elements have meaning only in the solidarity of their correlation or their opposition) with the genetic demand (that is the search for the origin and foundation of the structure)» (Derrida 2005, 197). This attempt to conciliate genesis and structure, represents one of the hall­marks of structural phenomenology.

2 | Aesthetic principle

All experience is given as aisthesis, i.e. as the intentional crystallisation or articulation of concrete aesthetic forms. Purely «transparent», dematerialised or immediately intuitive modes of experience are excluded, since even high-order symbolic representations, abstract concepts, eidetic intuitions or fleeting, indeter­minate feelings are always given in a fundamentally aesthetic form.

The equation of experience with aisthesis in structural phenomenology is of course open to a number of differing interpretations. In the perspective envisaged here, aisthesis entails in particular the following features:

  • it has nothing to do with classical notions such as the norms of beauty or aesthetic pleasure, and refers instead to the mere experience of some­thing in a given form ;
  • it characterises all types or modalities of experience (perception, dream, imagination, abstract thought, etc.) – which are only distinguishable through the specific aesthetic forms they take. That is not to say that perception or imagination involve the same intentional relation to the world, but that they share the basic feature of always and necessarily taking an aesthetic form ;
  • it negates the possibility of disembodied, immaterial, ideal or a priori types of experience or objects: even pure mathematical or abstract lo­gical thought, in this sense, are aesthetic since they need minimal forms (such as algebraic notation or even something as fleeting as mental images) to subsist at all. Conversely, purely «material» or «sensual» experience is excluded: even the rawest, simplest of sensations has to be construed as articulated, aesthetically formed in some way.

On this basis, aisthesis, can be defined as the crystallisation or – to speak with Mukařovský – «concretisation» of experience into form. Put differ­ently, experience is the crystallisation of something as a concrete or given form. The precise modalities of that crystallisation, along with the meaning taken on by the concept of «form» already go beyond the defi­nition of aisthesis itself and are the object of the next two principles relating to the notions of expression and value. But the one characteristic feature of aisthesis that must be emphasised here already is that the crystallisation of aesthetic experience is definitely not to be understood as the performance or the pro­duction of a detached, ideal or judicative consciousness or cogito. Rather, aesthetic experience (and therefore all experience) always involves a somatic, bodily engagement, it results from the activity of an embodied consciousness or subjectivity.

As such, the conception of aisthesis outlined here clearly implies a number of fundamental phenomenological insights, in particular:

  • The noetico-noematic structure of acts (Husserl), which allows one to conceive of a presentational articulation of experience itself (rather than a representational theory of concept and object).
  • A non-objective conception of facticity (Heidegger, Merleau-Ponty), where objects are not «facing» conscious subjects, but are the articu­lated, concrete embodiments of an «engaged» subjectivity.
  • The definition of experience as the attribute or affordance of a body (Leib) or of «flesh» (chair), not of a transcendental consciousness or ideal form of subjectivity.
    In addition to this phenomenological background, another key contributor to the structural phenomenological principle that experience is necessarily aesthetic, «intransitive» and embodied are the avant-garde and modernist artistic movements of the early 20th Century, in particular the Russian Cubo-futurist and Czech Cubist movements. The contribution of the Russian and Czech avant-gardes are of course primarily of a practical nature (although one also finds explicitly theoretical writings, e.g. by Malewicz and Kandinskij). The immediate theoretical import of their artistic explorations for structural phenomenology can however easily be retraced through the Russian and Czech modernists’ direct conceptual impact on the likes of Jakobson, the Russian formalists and the Prague School.

3 | Expressive or Semantic principle

The intentional aesthetic forms of experience constitute meaningful, expressive phenomena. Meaning inheres within the aesthetic forms of experience, it is both expressed and instituted by the articulations of these forms themselves. Conversely, aesthetic forms are always minimally expressive. As such, meaning and expressive­ness are not the properties only of linguistic or semiotic systems, but an essential feature of all experience.

The concepts of meaning and expression used in structural phenomeno­logy are to be understood explicitly in reference to the discussions conducted on these matters by Husserl, Špet, Jakobson, the Russian Formalists, Derrida and Merleau-Ponty. As a result, this involves dismissing the traditional con­cepts of sign and expression. One might want to object that if structural phenomenology does not make use of the traditional concepts of sign and expression, it would be preferable to use a new nomenclature, recycling for example the Husserlian notion of «noema». However, the structural-phenomenological notions of meaning and expression are indeed explicitly meant to replace the corresponding traditional definitions and to discharge their explanatory function. As such, although the same terms involve widely diverging conceptual horizons, their continued use makes sense.

With regard to the notion of sign, it is most important to highlight that, in structural phenomenology, it is not used primarily in its referential, denotative or deictic functions, and thus does not follow the well-known medieval definition of aliquid stat pro aliquo. Structural phenomenology obviously does not deny that signs can have a referential function. But that function is clearly considered as a secondary, not an essential property of the sign. In structural phenomenology, first and foremost, a sign is something that signifies or is expressive, or in other words, that is articulated in such a way that it can differentiate itself in structured, meaning-inducing fashion either from a background or from a set of contiguous phenomena.

The best definition of the expressive sign is provided not by Saussure’s concept of negative oppositions, but by Jakobson who, in the footsteps of the Russian Formalists, insists that any linguistic sign must always direct atten­tion onto itself as an autonomous whole. A sign needs to «promote its pal­pability» (Jakobson 1981, 355) in order to fulfil any other linguistic or semiotic function such as denotation, communication, etc. To take an example from phonology, the first property of the phoneme is to differentiate itself sufficiently from other phonemes so as to be perceived and recognised as such: without a minimal recognition of the phoneme as an autonomous, distinctive (and therefore signifying) entity, no other linguistic functions – such as morphologically combining phonemes into lexical units or using these in discourse – are possible. Conversely, the pure distinction of pho­nemes is an minimally expressive act in itself, as is demonstrated by the radical experiments of the Russian Futurists in their «zaum» (transmental) poems:1 while often consisting only of «meaningless» phonemes, «zaum» poems are clearly identifiable as both poems and instances of language, i.e. as expressive linguistic and literary objects in their own right.

With regard now to the notion of expression, the classical conception that needs dismissing is the romantic notion of expression as the exteriorisation of a subjective emotion or inner disposition. Indeed, in structural phenomeno­logy one dispenses of any connection of the notion of expression with the realm of feelings and emotion. This point is made explicitly by Jakobson, when he insists that the expressiveness of the sign is technically speaking nothing else than its power to demarcate itself as a signifying entity. As he writes: «The word is perceived as a word, not as the simple repre­sentation of a designated object or as display of emotion. Words and their composition, their signification, their external and inner form do not con­stitute only indifferent references to reality, but obtain their own weight, their own independent value» (Jakobson 1989, 79, our translation).

Jakobson’s notion of expression, which he applies strictly to the linguistic sign and to language, is expanded and modified by Merleau-Ponty, for whom perception itself must be understood as the expressive articulation of sensible experience. Coming back to the aesthetic principle of structural pheno­menology, one thus sees that experience is not only the articulated cryst­allisation of aesthetic objects or concrete forms, but indeed of expressive, meaningful forms. In other words, the aesthetic crystallisation of experience does not involve merely an ornamental or «formal» play of shapes and volumes, but their articulation in signifying entities that immediately express (or indeed institute) meaning.

4 | Normative principle

Expressive forms are instantiated as the values of a hierarchised system. All values (and thus all expressions and aesthetic forms) are system-dependant and there can therefore be no purely discrete, fully determined objects or entities, whether perceptive, linguistic, conceptual, high-order symbolic, etc. Similarly, no experience is possible outside of a normative intentionality that structures or institutes it as a hierarchised, expressive system.

As is already obvious from the definition of the expressive sign, one of the main features of any object in structural phenomenology is to be different from its context or background. In contrast to the Saussurean or Derridean definitions, however, structural phenomenology does not construe the ex­pressive sign as being in a purely negative opposition either to the other signs in the system or to a potential infinite series of differences (différance). Differ­ence or differentiation in the structural phenomenological sense is a clearly positive process that results in the constitution of positive values organised and defined by a value-system. Figural differences and the resulting values in structural phenomenology are thus closer to the notion of Gestalt, i.e. a com­plex of properties or features that immediately display or express a coherent meaning or a certain structural or semantic unity. One can of course admit a distinction between transcient, vague systems of values and more stable, fixed systems that have undergone a process of sedimentation and normalisation. In this sense, an important aspect of the study of values and value-systems in structural phenomenology is to describe how the discrimination between values becomes sufficiently stable for expressive signs to be functionally con­stituted and to be fully apprehended (and possibly modelised) as meaningful entities or processes.

Given both this positive approach to the concept of value as a process of mean­ingful (or meaning-inducing), hierarchising discrimination, and the previous assumption that experience is always already a concretised, mean­ingful form, it is possible to affirm that, in structural phenomenology, any experience is shaped by (or «constitutes») a value system. The corollary of defining all experience as informed by (or articulated as) a value system, moreover, is that each and every experience can be analysed and interpreted as such. This is the core methodological proposition and generalisable expla­natory potential of structural phenomenology.

Generally speaking, value systems share two essential properties or central problems, namely how their «discrete» entities or values are constituted and how they interrelate together in the wider system. In structural phenomeno­logy, as in classical structuralism, these two aspects are conflated: one does not distinguish between terms and relations, or rather, terms and relations are secondary to the structural differences that hierarchise and articulate indivi­dual entities that only exist or hold a value in a particular hierarchised sys­tem. The paradigmatic example here remains phonology, where phonemes (or terms) only have a value in virtue of their hierarchised, differential oppo­sitions (relations) to other phonemes.

Not all value systems display the same consistency and stability as the phonological system, nor do they have to follow the specific structuration of that system. One can imagine both much simpler and much more complex hierarchies, in particular in perceptual systems where differentiations cannot be easily and accurately modelised or formalised. Nonetheless, it holds true that any experience is given and can be analysed as a value system. One historical demon­stration of this is the extension of phonological analysis to anthropology by Lévi-Strauss or to psychoanalysis by Jacques Lacan. Con­versely, one can retrace a certain development of the notion of value from an ethical or aesth­etic concept to a general, epistemological one through the work of Lotze, Simmel, Scheler and the Neo-Kantians (Rickert, Cassirer) up to the works of Saussure, Husserl or Pos.

Terminologically, the notion of value can be made to replace both the notions of «object» and «meaning», given that both of these are consider­ably broadened and transformed in structural phenomenology, or indeed slowly conflated. Instead of the experience of objects or the definition of meanings, one can talk of the experience and definition of values.

In conjunction with the aesthetic principle of structural phenomenology, values cannot and should never be construed as a priori, or as an ideal, formalised abstraction of lived experience. What is commonly referred to as the ideality of an object or the a priori condition of its possibilities are re­placed in structural phenomenology by a concrete notion of crystallised, lived values, which can be translated into more formal descriptions (such as algebra or abstract logics), but descriptions which are themselves to be under­stood as (concrete) value systems. The expressive, meaningful dimension of experience is not transcendant to it, it is not projected unto it by a consciousness, nor is it constituted in reference to abstract ideas and formal norms: it is a factor of the crystallisation of experience itself. The concept of value, quite close in this sense to the Husserlian noema, is precisely the tool that can account for the immanent meaningfulness or expressiveness of ex­perience itself.

Already in the First Logical Investigation, Husserl advocates a «non-representational» or «positional» theory of meaning, which structural phe­nomenology seeks to deepen and refine with the concept of value. According to Husserl, meaning constitutes itself only within a network of relations and only on the basis of the position that a given sign, of whatever nature, occupies within the reference system. Thus, meaning does not tie primarily to the «real» object indicated by a sign, but rather to the position occupied by the sign within the complex network of relations that forms the reference system. Meaning, with Husserl’s wording, must then be primarily understood in terms of «game meaning» (Spielbedeutung).

5 | Mereological principle

Values are best analysed and described scientifically through mereological laws. Values are non-discrete and thus can only be studied in terms of the hierarchised system in which they are instantiated. In turn, a value system must be investigated and described in terms of the interdependence of its parts, and of the parts and the whole system.

As Roman Jakobson writes in a 1958 essay, in structural linguistics «[one] speak[s] about the grammatical and phonological system of language, about the laws of its structure, the interdependence of its parts, and of the parts and the whole» (Jakobson 1962, 525). In structural phenomenology, we could then say, one speaks about the system of experience, about the laws of its structure, the interdependence of its parts, and of the parts and the whole. Indeed, as Göran Sonesson observes, «structure has to be studied within a more complete mereological framework, that is, within the science of parts and their relation to the whole, first defined by Twardowski and Husserl» (Sonesson 2012, 84).

As we have already mentioned, Husserl was among the first to develop, in the Third Logical Investigation, a formal mereology, that is a formal study of the relations between parts and whole as described by Jakobson.2 Accord­ingly, both from a historical and theoretical point of view, the Third Logical Investigation represents one of the fundamental sources for a structural-pheno­menological approach.

In this text, Husserl devotes himself to a fundamental, formal study of all the possible relations that can obtain, in a priori fashion, among objects. These are considered independently from their belonging to a particular class or domain: «the term ‘object’ is in this context», and this also holds true in structural phenomenology, «always taken in its widest sense» (Husserl 2001b, 3). The term «object» does not designate only spatio-temporally determined things; rather, it identifies, in the most general way, a possible, that is, non-contradictory, content of re­presentation. «Objects», Husserl claims at the beginning of the Third Logical Investigation, «can be related to one another as Wholes to Parts, they can also be related to one another as coordinated parts of a whole» (Husserl Ibid., 4). He then distinguishes between two funda­mental kinds of relations that can obtain among two or more objects, namely independence and non-indepen­dence. «A content», or an object, «A is relatively non-independent in regard to a content B (or in regard to the total range of contents determined by B and all its parts)», Husserl writes, «if a pure law, rooted in the peculiar character of the kinds of content in question, ensures that a content of the pure Genus A has an a priori incapacity to exist except in, or as associated with, other contents from the total ranges of the pure Genera of contents determined by B. If such a law is absent, we say that A is relatively independent in regard to B» (Ibid., 22-23). If an object A is a priori connected to another object B according to a law of necessary implication – that is to say, with Husserl’s wording, according to a foundational relation – A is relatively non-independent in regard to B (for instance, number 2 is relatively non-independent in regard to number 3); if instead the connection between an object A and another object B is arbitrary and accidental, A is then relatively independent in regard to B (for instance, a pencil is relatively independent in regard to the table on which it rests).

An object is thus independent, when the relation that connects it to another object is not necessary but only accidental or arbitrary, thus only a posteriori definable; an object is instead non-independent, when the rela­tionship that binds it to another object is necessary, namely a priori definable. The term «necessity», however, must not be understood as in­dicating a «subjective incapacity-to-represent-things otherwise», but rather «the objectively ideal necessity of an inability-to-be-otherwise» (Ibid., 12).

The kind of necessity that comes into play in the definition of inde­pendent and non-independent relations is thus ontological and not merely psychological. «What prevents its being otherwise is», in the case of a non-independent object, «the law which says that it is not merely so here and now, but universally so, and with a lawful universality. Here we must note that […] the ‘necessity’ relevant to our discussion of non-independent ‘moments’ stands for an ideal or a priori necessity» (Ibid., 12). The general form that pertains to the necessary lawfulness that presides over the foun­dational relations that obtain among non-independent objects is determined by ontological inclusion exclusion laws, which, on a general level, play the same function of implicational laws as defined by Jakobson within the field of phonology («for instance, the concurrence of nasality with the vocalic feature implies its concurrence with the consonantal feature. A compact nasal consonant (/ɲ/ or /ɳ/) implies the presence of two diffuse consonants, one acute (/n/) and the other grave (/m/)» (Jakobson 1971, 582)).

An object or content A is thus non-independent whenever it necessarily entails the exis­tence or non existence of an object or content B. Against this background, Husserl then distinguishes between two different kinds of sets of objects, namely aggregates and wholes. Aggregates are mere sums of inde­pendent objects, which stand together accidentally, that is without implying a relation of foundation, whereas by wholes Husserl understands a set of non-independent objects, which are unified by a foundational relation, that is to say, with Husserl’s words, «a range of contents which are all covered by a single foundation without the help of further contents. The contents of such a range we call its parts. Talk of the singleness of the foundation implies that every content is foundationally connected, whether directly or indirectly, with every content» (Husserl 2001a, 34).

A whole is thus a set of objects among which subsists a foundational relation, that is to say a relation of necessary implication.

The notion of «whole» proposed by Husserl in the Third Logical Inves­tigation is perfectly comparable to the structuralist notion of «structure». In fact, just in the same way as for the notion of structure, a whole is not merely the resulting sum of its components. Moreover, it includes laws of necessary implication, which are grouped by Husserl under the title of «foundational laws». Finally, it has in itself the principles of its own regulation, since the parts and the relations that compose the whole are mutually determined and do not need any element external to the system in order to function.

6 | Axiomatic principle

Mereological laws are determined and expressed by a combinatorial axio­matics, a model that aims ideally to define and explain the full set of mereological relations that obtain among expressive values in a given system. Combinatorial axiomatic models a) are the general form of scientific theory, b) can be applied to any particular value system or class of objects, c) express the laws that regulate or instantiate given values and systems.

Once a set (whether complete or not) of mutual mereological relations among objects or values in a given system has been identified, it becomes possible to provide models or theories that have an explanatory or operative power on that defined set of objects, e.g. numbers or phonemes. The theory of numbers, for instance, represents a model related to the class of objects represented by numbers, phonology the model relative to the class of objects represented by phonemes. On the basis of the mereological framework that is at the heart of structural phenomenology, one can also provide models for subclasses of objects, namely a theory of cardinal numbers, of real numbers, of complex numbers etc. In other words, by changing the class of objects to be considered, one obtains different theories, which are however always coherent with the more universal, or less determined, principles of structural phenomenology. Structural phenomenology therefore aims towards a general combinatorial axiomatics that allows for a descriptive model of every area of reality, that is to say of every class of objects considered.

Thus, combinatorial axiomatics a) is de facto the general, descriptive form taken by any theory formulated in structural phenomenology, b) can be applied to any class of object c) regulates or expresses relations between classes of objects.

Structural phenomenology is not a model of the a priori conditions of possibility of knowledge or, as Husserl writes with reference to his idea of a pure theory of manifolds a deduction of «all possible theories in a priori fashion» (Husserl 2001a, 155), but rather a general description of the con­crete forms of experience and of their possible modelisation. In this sense, structural phenomenology not only differs from Husserl’s fundamental project of a «theory of science» as developed in the Logical Investigations, but also from some of the most radical instances of structuralism, as for instance the philosophy of mathematics established by the so-called «Bourbaki group» and the structural linguistics developed, among others, by Louis Hjelmslev.

According to the Bourbakists, every mathematical element can be desc­ribed in structural terms, namely as the element of a mathematical structure, as part of a structural relation. There exist different kinds of relation, which can be grouped in three big classes that give life to what the Bourbakists call «mother-structures». These are the fundamental structures, from which all the other mathematical structures must be generated and the entire «archi­tecture of mathematics» – from algebra to the theory of numbers, from analysis to geometry to probability calculus – can be deduced. The mother-structures are, according to the Bourbakists, the «algebraic structures», which are defined by compositional relations (for instance, addition or multi­plication of real numbers), the «order-structures», which are defined by order relations (for instance, x follows y), and finally «topological struc­tures», which are defined by relations of proximity, continuity or limit. All other possible mathematical structures are deducible from the mother-structures either via combination – by simultaneously submitting a class of elements to two structures – or via differentiation – by posing restricting axioms that define a substructure.

If in the Logical Investigations, Husserl defines his analyses as concerning «all sciences equally, since they concern, in brief, whatever makes sciences into sciences» (Husserl 2001, 16), in his 1943 masterpiece, Prolegomena to a Theory of Language, Louis Hjelmslev analogously writes that «[a] linguistic theory […] must seek a constancy, which is not anchored in some «reality» outside language – a constancy that makes language a language, whatever language it may be» (Hjelsmlev 1961, 8). Hjelmslev describes the fundamental idea under­pinning a theory of language in a passage situated in the final pages of the Prolegomena: «The theoretician’s main task is to determine by definition the structural principle of language, from which can deduce a general calculus in the form of a typology whose categories are the individual languages, or rather, the individual language types. All possibilities must here be foreseen, including those that are virtual in the world of experience, or remain without a «natural» or «actual» manifestation. In this general calculus there is no question of whether the individual structural types are manifested, but only whether they are manifestable and, nota bene, manifestable in any substance whatsoever» (Hjelmslev 1961, 8).

What makes the combinatorial axiomatic models of structural pheno­menology different from these theoretical endeavors is that, as stated in the previous points, structural phenomenology is firmly grounded in the lived structures of experience itself and does not admit of idealised, transcendent forms of knowledge beyond it. Hence, firstly, no axiom (or axiomatic model) in struc­tural phenomenology is deducible in a priori fashion, since it must be derived from lived experience. Secondly, there is no fundamental or pure domain – being it logic (Husserl), mathematics (Bourbaki) or language (Hjelmslev) – from which all other sciences must or could be derived. On the contrary, structural phenomenology posits the possibility of developing any number of axiomatic models, without hierarchy or indeed without domain-specific exclusivity (i.e. there can be more than one way to modelise a specific domain of experience). Each axiomatic model, indeed, is directly grounded in lived experience and is legimitised by its own immanent capacity to elucidate the specific expressive value systems, class of objects or domain of experience to which it applies.

As a result, structural phenomenology proposes a «flatter» organisation of the sciences, where the movement of knowledge is not towards ever greater formalisation and generalisation, but a deeper, more complex understanding of the specific system of each level or «region» of experience, or indeed a deepening and «deploying» of our lived experience itself. As such, it unites the scientific impetus behind mathematics and poetics and opens up the path towards constructive inter-disciplinary coop­eration. It also resu­scitates the dream of the «rigorous human sciences» as an integral part of the scientific project of modernity, without subsuming them to the dogmas of naturalism and formalism or the pitfalls of scepticism.

Footnotes

1The most famous example of zaum poetry is Aleksej Kručenych’s «Dyr bul schyl», which does no contain a single standard Russian word: dyr bul ščyl / ubešščur / skum / vy so bu / r l êz

2As prominent a philosopher as as Kit Fine has even written that «Husserl’s Third Logical Investigation is perhaps the most significant treatise on the concept of part to be found in the philosophical literature» (Fine 1995, 463).

At the crossroad between psychology, phenomenology and linguistics : van Ginneken’s notion of « assent »

1 | Van Ginneken and his structuralistic legacy

The figure of Jacobus Joannes Antonius van Ginneken (1887-1945) is not one that can be easily classified: he was at the same time the «most flamboy­ant Dutch linguist of the first half of the 20th century» (Noordegraaf 2002, 150, but see also Noordegraaf & Foolen 1996), an eclectic researcher, an erudite academic professor and a Jesuit priest whose place within Dutch structuralism is quite difficult to ascertain (cf. Kaldewaij 1992, 305). As for his thought, Sobieszczanski (1990) rightly points out his connections to Ger­man linguistics (represented by his master, C. C. Uhlenbeck), to the school of experimental psychology (Binet, Janet, Charcot, Ballet; and in particular associationism, represented by Ebbinghaus), to Völkerpsychologie (Herbart, Steinthal, Wundt) and to the rising phenomenology (mostly Lipps, Bren­tano, Meinong, Husserl), although he didn’t embrace many aspects of these trends. In interrogating van Ginneken’s approach, Elffers stresses the fact that his commitment to empirical data, concrete psychological material and evidence reveals a rather anti-psychological approach (Elffers 2004, 179; 188) towards the intentional nature of linguistic acts. Levelt focuses on how van Ginneken eclectically «‘shopped’ in the psychology of his days» (Levelt 2013, 321), making him one of the fathers of psycholinguistics although exposing his thought to paradoxes and reformulations (Ibidem, 322-323). Ultimately, all scholars apparently agree on highlighting van Ginneken’s com­plex and controversial personality (Noordegraaf, Versteegh & Koerner 1992, 289), whose numerous and often pioneering contributions – the result of his resolute interdisciplinary wanderings on the boundaries between dif­ferent domains2 in the name of his methodological «holistic» (Noordegraaf 2002, 157) credo in multiexplanation («multiéclaircis­sement», cf. Sobies­zczanski 1990, 135) – produced a vast corpus of ideas, notions and suggestions that had an ambivalent echo among his contemporaries, just like his own extro­vert personality and mediating attitude3.

Some of these ideas are better than others in catalysing this sort of ambi­valence: the notion of «assent» (Dutch: beaming, French: adhésion or assentiment), first introduced in van Ginneken’s 1907 masterpiece Principes de linguistique psychologique is undoubtedly one of these: not only does it reproduce both positive and negative aspects of the interference between linguistics, psychology and phenomenology from which it originates, but it also shows how the successive reception of van Ginneken’s ideas was tepid (or cautious?), maybe even superficial, but still undeniably present. In investi­gating the presumed influence van Ginneken had on his contemporaries, a «micro-analysis» (Elffers 2004, 197) is thus required. This perspective can be quite rewarding since it reveals unexpected connections that are worth highlighting not only from purely historiographical perspective, but also from theoretical one.

In this paper, I discuss the concept of assent, tracing its migration up to – as odd as this may seem – one of its most formalistic and «intransigent» outcomes: the thought of the Danish linguist Louis Hjelmslev. Apparently, no one has recognized or pursued such a trail so far. In order to be able to describe this conceptual transition, explaining how a quite «substantialist» and subject-oriented notion ended up being assimilated by a rather formal and objectivating linguistic model, one has to be prepared to give up the representation of structuralism as a monolithic and rigid trend – something that is anyway closer to vulgate than reality.

2 | The Principes : psycholinguistic or linguistic «psychology»?

Far from being a starting point, van Ginneken’s early work Principes de linguistique psychologique was the result of his studies on the mental factors of language, an interest which began in 19034. The work in itself fits within a rich framework of multiple theoretical impulses that can be reduced to three main axes: a philosophical debate about «psychologism», a linguistic focus, the development of psychology, in all its various instances (rational, experi­mental and pathological). Indeed, the importance of van Gin­neken’s Principes lies in their role both as the catalyser and the product of the slow transition between two different conceptions of the psychological foundations of language:

At the end of the 19th century, academic psychology began to aban­don its associationist and representationist basis, still favoured in the works of Steinthal and Wundt. For the study of language, which had leaned heavily upon this type of psychology during the entire 19th century, this implied that words and sentences were no longer con­ceived as directly reflecting mental processes consisting of concaten­ations of representations, corresponding with the sequence of sentence elements. Instead, as a result of the development of «Aktpsychologie» by Franz Brentano (1838-1917) and his pupils, as well as of the experiments of the Würzburger «Denkpsychologen», linguistic struc­tures became to be conceived as abstract elements of contents of intentional psychological «acts» (e.g. of judging) (Elffers 1996a, 80).

However, such a transition was never fully accomplished and all these different components lived together for a while longer, especially since some trends in structuralism remained closer to the old paradigm: associationism was easier to describe in terms of relations, representations were the natural correlates for an ontological idea of structure, and Kant’s «desubstantiating» move towards function was still reverberating in epistemology in the renewed impulse provided by Cassirer (1910).

Van Ginneken’s Principes did not passively linger in this transition phase but throve in it, resembling a dynamic well of suggestions rather than a stagnant résumé of its time. In this respect, van Ginneken’s call for a «holistic explanation» reflects the methodological need for bringing different (and often contradictory) paradigms and ideas together, such as:

  • the representational model and the very notion of «representation», oriented towards a less intellectualistic (or «rationalistic»)5 view that aims to put sentiment and emotion at the base of the cognitive archi­tecture of linguistic acts ;
  • the individual dimension, i.e. the link between the linguistic act (parole)6 and its psychological foreground: linguistic acts have to be grounded on the mental factors of the subject7; thus van Ginne­ken’s linguistic model «ne saura jamais être celle du dispositif, ni celle du système, mais […] scrutera l’acte langagier lui-même, en liaison intime avec son produit immediate» (Sobieszczanski 1990, 136-137);
  • a proto-pragmatic framework, which anticipates in a «cognitive» way Benveniste’s «appareil formel de l’enonciation»8 and bridges the gap between Wundt and today’s enunciation linguistics (Ibidem, 133);
  • the phenomenological horizon, implicitly represented by Brentano (the «linguistic act» having a mental counterpart in the «mental act») but also by Theodor Lipps and Meinong, who were explicitly quoted by van Ginneken. Although remaining somewhat peripheral in van Ginneken’s work, given he was always quite sceptical towards such purely «rational» approaches, such references testify to the deep resonance that the debate on «psychologism» had in the description of transcendental conditions of experience (Erlebnis).

Indeed, van Ginneken’s complex approach can be understood as a parado­xical striving towards an antipsychological model of psychology (see Elffers 2004, 108), his model being too linguistic for psychology and too psycholo­gical for linguistics. In his claim for methodological integration, he provides concepts that lie in a grey zone between psychology, linguistics and gnoseo­logy. His arguments are thus quite vague in relation to their orientation: do his ideas stem from psychology and go towards linguistics, or the other way round ? Are linguistic facts conceived as evidences for explanatory, more basic psychic phenomena or rather vice versa ? As a matter of fact, it is no co­incidence that van Ginneken himself felt at some point the need to admit that he had practiced «linguistic psychology rather than psychological linguistics» (de Witte cited in Noordegraaf 1992, 292), being «not so much concerned with grammar, which mainly took the structure of language as it subject, but with the structure of human mind as it expressed itself in language» (Nordeegraaf, Versteegh & Koerner, 292). This kind of indiffer­ence towards a clear orientation of the model is apparently the main reason why van Ginneken’s concept of assent could be received and «reoriented» by Louis Hjelmslev – this time in a decisively linguistic perspective –, despite the radical difference between the two approaches.

2.1. Consciousness and assent

2.1.1. The interplay of representations

The aim of Van Ginneken’s Principles is to present the ideas and concepts that should form the epistemological ground for the science called «psycho­linguistics». The real object of such a science is the set of causes that govern the mechanisms of language, namely all that is «universally human, both in the speaker and in the listener ; all tendencies and all opera­tions which can be found at least virtually in each individual, or […] the laws and rules which hold true for every language and on which all historical laws of phonetics, morphology and semantics are based and from which all ana­logical actions or apparent irregularities derive […]» (Ginneken 1907, III-IV). Such a topic is discussed in four parts, respectively devoted to 1) the link between thing-representations and word-representations (Les representations des mots et des choses); 2) intelligence and assent (L’intelligence et son adhesion), 3) emotion and appreciation (Sentiment et appreciation), 4) the link between will and automatisms (Volonté et automatisme).

The framework of the first chapter is decidedly that of representation­alism, since it deals with the process which alters the proportion between representations and verbal images, making it progressively more complex. After having discussed verbal images (roughly: words) and representations (mental contents) in themselves – verbal images are said to result from the interplay between four kinds of specific representations (articulatory, oral, visual and graphic) (Ibidem, 13), whereas representations of things are said to constitute the content of verbal images that can stem from all senses (Ibidem, 21) – van Ginneken deals with the process that concerns the development of their mutual relation. Such a process is conceived as a twofold movement 1) from intuitive representations to potential representations and 2) from a one-to-one relationship to a many-to-many relationship (Ibidem, 38). The last movement in particular leads to a combinatory calculus concerning possible associations between verbal images and different kinds of representations, so that corres­ponding psychological categories of words could be established (Ibid­em, 13; 38):

  • [verbal image] + univocal sensitive representation = lightning for view, thunder for hearing, sour for taste … etc. (cf. Ibidem, 36 ff.)
  • [verbal image] + bundle of two different sensitive representations = smooth, rough, …
  • [verbal image] + bundle of one necessary representation + one facul­tative9 = e.g.: trumpet for a necessary visual representation and a facultative oral representation
  • [verbal image] + different representations, each of which can have one variant (a, b, c…) = e.g.: gas for the combination of a verbal image, an olfactory representation, a visual representation a (‘yellow flame’) and a complex representation composed by a visual represen­tation b and an oral representation (that is the bundle ‘blue flame + hiss’)
  • specific [verbal image] + different representations, each of which can have different variants a, b, c, etc.

Although no explicit reference is made in the text to the idea of «Kom­plexqualitäten», such a gestaltic notion appears to be quite consistent with van Ginneken’s idea. Furthermore, the core case of this calculus is the asso­ciation between two elements, a verbal image and a sensual representation: all other cases which result from genetic development are obtained by the «complication» (Ibidem, 38) of such a proportion10. Two remarks have to be made at this point.

Firstly, this conception demonstrates van Ginneken’s still ambiguous idea of (linguistic) «sign»: on the one hand, it seems quite clear that the proper linguistic element of such an association is the ‘verbal image’ (the ‘word’), given that it is supposed to express a mental content, constituting the semiotic counter­part to internal representation; on the other hand, it is the association itself that constitutes the proper linguistic function: «our words, however, are not just simple words ; to our verbal images correspond the images of things» (Ibidem, § 26, 21). Two different definitions of «sign» are syncretised here: the traditional definition of sign (aliquid stat pro aliquo) and the still obscure, intuited rather than fully outlined concept of the sign as a bifacial entity.

Secondly, although the basic constitution of words cannot vary, since the presence of both the verbal image and the sensual representation is required, the representation itself may change its internal quality: a sensual represen­tation can never be absent, and yet its «intuitive strength» or «vitality»11 may fade away; it then may end up becoming completely abstract and devoid of the liveliness of perceptive impressions (see Ibidem, § 30, 26). If intuitive content reaches zero, proper «representation» is no more: all we have is a simulacrum, an unconscious analogon of representation, called potential repre­sen­tation (Ibidem)12. Such potential representations play no small role in language (Ibidem, 29), since they are said to preside over the symbolic functioning of thought. For instance, they are included in words design­ating «very complex things that normally fall within the range of percep­tion» (Ibidem, 28), such as Beethoven’s Pathetique Sonata: when introducing such a title into proper conversation, there is literally no time for an actual and complete representation of the corresponding music to appear in our mind, and yet we understand it perfectly. The very notion of «potential representation» makes clear how one verbal image can mean different things albeit designating just one of them, since just one represen­tation can become conscious. Van Ginneken’s explanation is that only the condensed verbal representation (the word) for the Sonata comes to attention, whereas all the other more or less clear, vivid and complete representations flow underneath the Herbartian threshold of consciousness. Such a network of representations associated to the verbal one is just resumed or condensed («symbolized») by the latter, in just the same way that the algebraic variable a can stand for 3789.57353 (cf. Ibidem, 29), so that following operations can be worked out as if those numbers were actually present to our mind.

The difference between such a condensed representation and the extensive network of potential associations runs paral­lel to van Ginneken’s asymmetri­cal distinction between attention («attention consciente») and mental energy («énergie psychique») which can be unequally distributed among potential representations in connection to parti­cular situations13. A represen­tation that falls within the domain of attention is therefore always endowed with mental energy, whereas every representational disposition cannot be said for that reason to fall within the domain of attention (cf. Ibidem, 50). More­over, attention in itself is mental energy plus self-consciousness. And self-consciousness is intelligence14.

In the following chapters of van Ginneken’s work, the genetic, twofold progress mentioned above, which leads 1) from intuitive representation to potential ones and 2) from one-to-one to many-to-many associations between verbal image and things-representations, are studied assuming the point of view of the dynamics of language (the saussurean circuit de la parole), i.e. both from the perspective of the speaker, who basically «encodes» representations into verbal images (Ibidem, § 51 ff.), and of the listener, who is said to «decode» back from the verbal images the corresponding representations up to the constitution of a complete intuitive representation (a perceptive, specific correlate of sorts) (Ibidem, § 45 ff.). According to van Ginneken, the real functioning of lan­guage can only be grasped by observing this dynamic process under this double light – a claim that was correctly made by Binet and Wegener (cf. Ibidem, 39). But this change of perspective should also prove the reversibility of the proportion between verbal images and representations of things: one thing-representation can correspond to many potential verbal representa­tions, which constitute the alternative resources for expression at the speaker’s disposal.

2.1.2. Apperception and its act

Such a dynamic interplay still fails to explain understanding (apperception or intelligence)15 in itself, as an act of consciousness:

L’écueil sur lequel a infailliblement échoué la théorie de tous ceux qui refusent de voir dans l’intelligence autre chose que le groupement des représentations sensitives, c’est l’explication de la conscience, du moi. Ils ont beau faire s’enchaîner ou se détacher, faire combattre ou concourir des représentations ou des sentiments, tant qu’ils ne supposent pas une nouvelle force, qui conçoit un tel enchaînement, un tel concours comme une unité, cela reste une pluralité, ce qui s’oppose à l’ex­périence qu’a tout le monde de son moi un et indivisible. Car bien que chacune de mes paroles soit prononcée à l’aide de représentations et d’associations qui changent sans cesse, c’est toujours moi qui les pro­nonce toutes, et cela signifie non seulement qu’elles sortent toutes par la même bouche, mais aussi et surtout qu’intérieurement elles sont toutes pensées, visées et voulues par le même moi (Ibidem, 51).

The effort to get around this problem by saying that that the very acts of thinking, pursuing and wanting such representations could in turn be new representations is preempted by van Ginneken, who specifies that this may very well be the case, provided that two conditions are met: such second-degree represent­ations must imply consciousness of 1) themselves and 2) of each particular conscious act included in the former. Even if van Ginneken doesn’t seem to recognize any particular hierarchical order in those condi­tions, it is nonetheless quite clear that the first condition has to be regarded as the necessary one, since it alone makes the point: what has to be explained is the way in which the continuum of representations produces a self-conscious, discrete moment or, better said, how consciousness arise from a simple mereological ensemble of representations. How is it possible that an aggregate of representations becomes a structured, self-conscious totality? Something has to be added to such an aggregate16 (enchaînement, concours, pluralité) for it to become something else than a sum of parts (pluralité) and to be understood (apperçu) as such, i.e. as a unity. But what?

The answer sounds somewhat similar to Ehrenfels’ and Meinong’s con­ception of Gestaltqualitäten: a force must intervene. Such an element cannot stem from the pure interplay of representations, but it derives so to speak from the outside of each representational bundle. Van Ginneken defines this as a «force which is immediately conscious of its own acts» (Ibidem, 52; a definition derived from Lipps, cf. Elffers 2004, 190 ff.) and whose nature is transcendental, since nothing which belongs to the sensible world can be both «active» and «passive» at the same time:

Mais, disent Comte et Spencer […]: aucun organe ne peut être en même temps sujet et objet d’une connaissance, d’une notion. Une seule chose qui en même temps, sous le même rapport serait «agens» et «patiens», une action qui serait à la fois action et réaction d’elle-même, voilà qui s’oppose à toutes les lois fondamentales de la dyna­mique. Et ils ont parfaitement raison […]. Moi, je dis: donc, voici une force, qui s’op­pose à toutes les lois valables et prouvées pour le monde sensible, mais non au-delà. Nous nous trouvons ici en face d’une nou­velle force: quelque chose de non-sensible, de transcendantal (Ibidem, 52).

The argumentation in itself sounds quite circular. However, according to van Ginneken such circularity is rather constitutive, since it results from facts: we are led to formulate such assumptions on the basis of linguistic evidences and empirical facts, disregarding pure deduction and rational argument­ation17. It is only on this basis that the conjecture of a force – which «imposes itself to us [s’impose à nous]» (Ibidem, 51)18 – can be properly described and explained. It is not by chance that, in order to show how such a «force» comes into play, van Ginneken takes into consideration the way it realises itself, namely as an act of subjectivity (connoted in a quite religious way), i.e. as assent19:

L’acte de cette force transcendantale peut être nommé […] d’un terme significatif: l’adhésion (2). Adhérer, c’est être du parti, du sentiment de quelqu’un, s’attacher complètement à une opinion. Mais […] nous pouvons dire aussi que, par la force supra-sensible qui est en nous, nous adhérons à nos propres perceptions et à nos propres représen­tations.
(2) L’ancien terme idea et le nom moderne d’apperception donnent lieu l’un et l’autre à une foule de malentendus. Je préfère désigner l’acte fondamental, primordial de l’intelligence par le terme néerlandais beaming. Le verbe beamen, étymologiquement signifie dire oui, amen. C’est reconnaître, avouer la réalité, la vérité d’une communication (Ibidem: 54).

The first and proper characteristic of consciousness) is thus an act by which human subjectivity (as opposed to purely animal awareness) adheres, or agrees, to the content of its own thought as it own material:

[…] nous avons en nous une autre force plus spécifiquement humaine, par laquelle nous connaissons et savons d’une manière nouvelle et plus parfaite que nous le pourrions en vertu de notre nature animale: Nous avons conscience de nos perceptions et de nos représentations: nous adhérons à notre connaissance sensitive (Ibidem, 55).

The fact that no real alternative to such an active and positive form of acceptance is possible or even conceivable, means that it is not a matter of arbitrary choice, or evaluation (and thus: of judgement), but rather of orientation of thought towards its object. Even if van Ginneken doesn’t make it more explicit, it seems quite legitimate to think that assent constitute just an idiosyncratic term for intentionality – something that transpires from van Ginneken’s quoting of Binet’s theory (cf. Elffers 1996b, 60):

pour qu’il y ait pensée générale, il faut quelque chose de plus: un acte intellectuel consistant à utiliser l’image. Notre esprit, s’emparant de l’image, lui dit en quelque sorte: puisque tu ne représentes rien en particulier, je vais te faire représenter le tout. Cette attribution de fonction vient de notre esprit, et l’image la reçoit par délégation. En d’autres termes, la pensée du général vient d’une direction de la pensée vers l’ensemble des choses, c’est pour prendre le mot dans son sens étymologique, une intention de l’esprit (Binet 1903, 139, cit. in Ginneken 1907, 59).

The architecture of the mental act is thus to be reconstructed as an inter­action between three components or facts (p. 58, 59): [1] the verbal image, [2] the representation of things (whose internal quality may vary, being intuitive and concrete or potential and abstract), [3] assent in itself. The interaction can thus be diagrammatically represented as follows:

{[1] ↔ [2]}

[3]

[3] has to be understood as independent from the other two components and cannot be reduced to any of them (Ginneken 1907, 55, 57, 59), since «such an assent does contain something more than that it assents to, namely: the conscious notion of objectivity» (Ibidem, 55). And yet, it cannot occur alone, for it is tied to the proportional association of [1] and [2]. Indeed, it follows from van Ginneken’s remarks that for assent to occur (or even to be possible), reality must already have been constituted as such ; and yet, this sort of «objective correlate» cannot constitute itself unless having been recognized as such by subjectivity, through the act of assent.

Even if such a perspective could fit with the general framework of pheno­menology, namely with some of the fundamental ideas of Husserl (cf. Sobieszczanski 1990: 140) and Brentano, neither of these thinkers is actually mentioned by van Ginneken as a direct source. Such an absence seems to be consistent with his refusal of a purely speculative and rational approach to psychology – which in turn could have been felt by him as a proper anti­psychologism. That said, the concept of assent is explicitly put in relation with Theodor Lipps (cf. Elffers 2004, 190 ff.) and his notion of Forderung des Gegenstandes (cf. Ginneken 1907, 55, n. 1), as well as with Meinong’s idea of Annahme (Meinong 1902, 69). Before dealing with the linguistic aspect of assent, it is worth investigating these two connections.

2.1.2.1. Assent and Forderungen: Theodor Lipps

By the concept of Forderung, Lipps understands the demand directed at our mind by actual objects in front of us: just by their ‘being there’, they address something like a provocation to our subjectivity, an invitation to consider them as such, namely as a content for thought. In this perspective, a Forderung is the way in which objects relate to me (cf. Raspa 2002, 256), the quality of such an oriented relation towards subjectivity by which the object demands validity (Geltung) as such (Lipps 1903, 150):

Ich „stelle“ etwa einen goldenen Berg „vor“ […] Und dies heißt: […] der Vorstellungsinhalt müsste also ein richtiger goldener Berg sein; d.h. der Vorstellungsinhalt müsste so beschaffen sein, wie ein goldener Berg beschaffen wäre, wenn es solche gäbe, und ich sie wahrnähme […]. Dies „müsste“ ist die Forderung des Gegenstandes. Mein Be­wusstsein davon ist die Anerkennung derselben. Es ist das Bewusstsein des Rechtes des Gegenstandes, nicht nur in dem unzulänglichen Bilde […] vorgestellt zu werden, sondern in der Qualität, die ihm nach Aussage jener Wahrnehmungserlebnisse zukommt. So stellt überhaupt jeder Gegenstand, den ich vorstelle, die Forderung, so vorgestellt zu werden oder als Bewusstseinsinhalt für mich da zu sein, wie er ist. Das Bewusstsein, dass er „so ist“, dass ihm diese Beschaffenheit „zugehört“ […] ist eben das Bewusstsein oder die Anerkennung einer solcher Forderung (Lipps 1903, 60-61).

The subjective counterpart of Forderungen, namely the subject’s reaction to such demands, is indeed recognition (Anerkennenung), which could be understood as a form of agreement. Here again, the general framework seems to fit with van Ginneken’s account of assent: the shared view is that linguistic meanings cannot be explained simply on the basis of representations: they require something else. And indeed, both Forderungen and assents are linked to particular expressive forms, respectively: judgements and morphological categories. However, in the case of Lipps’ theory the resulting judgement is a proper logical category, whereas for van Ginneken assent allows an expla­nation of proper grammatical facts, namely morphosyntactic phenomena that lie underneath words (concepts) and phrases (judgements), thus sug­gesting a rather subconceptual and subpropositional conception of language. This view could very well be the result of van Ginneken’s closeness to proper linguistic debate. Moreover, Lipps theorized also a Negativeforderung, which would be at the base of negation and negative judgements. Nothing similar is found in van Ginneken: as we have seen, assent is conceived as a purely positive (that is: standard, neutral) orientation, since it must explain cons­ciousness or apprehension as such. For the same reason, it cannot stem directly from objects, being an act of subjectivity which occurs in relation to already established representations. In this perspective, then, assent would coin­cide rather with Lipps’ Anerkennung (and thus the actualisation, as we will see) of the validity conceived as the association between verbal images and representations: indeed, it is no accident that van Ginneken speaks of the conventional nature of such an association (cf. Ginneken 1907, 61, 62). As a matter of fact, Lipps also seems to suggest a dialectic relation between subjective and objective Forderungen20, so that the difference on this point should at least be mitigated:

Le leggi degli oggetti sono le leggi delle richieste degli oggetti, che entrano in azione allorché tali richieste vengono esperite. Quali leggi delle richieste esperite, sono anche leggi dell’io […]. Infatti, le richieste provengono dagli oggetti, ma vengono date a noi; per questo sono leggi per l’io […], e quindi per il pensiero. D’altra parte, esse sono anche leggi che l’io pone, proprio perché […] le richieste degli oggetti sono anche richieste dell’io (Raspa 2002: 259-260).

Of course, such a comparison between Forderung and assent is only feasible as long as a broader, not strictly «real» definition of «object» is in­volved. Both notions cannot be said to apply to concrete objects lying in front of us: if this were the case, the assent concerning words of relation (or abstract representations, such as causality) would not be possible. This means that «object» must rather be understood here as an objectivised act of consti­tution instantiated hic et nunc: thus, objects (representations, verbal images, etc.) are said to carry the «quality of my representing», that is the mark of subjectivity.

Finally, one last difference has to be highlighted: according to van Ginne­ken, language is rooted not in pure intellectual, rational activity but, above all, in feeling and emotion. In this respect, assent should thus be understood as a broader cognitive category linked to the «sentiment de la langue» (Gin­neken 1907, 85, passim), namely the intimate, not fully conscious sensitivity that speakers have of the validity of their linguistic acts and representations.

2.1.2.2. Assent and Assumptions: Alexius Meinong

The degree of proximity between van Ginneken’s assent and Meinong’s idea of assumption (Annahme) is trickier to evaluate. This is all the more so as the notion of assumption is most likely invoked by van Ginneken in order to corroborate a specific distinction (namely: real assent as opposed to potential assent), rather than to suggest a proper correspondence between assent and assumption. If a proper comparison were to be carried out – something with lies beyond the aim of this paper – a theoretical counterpoint would in all likelihood appear. By introducing a distinction between assent to perception (or real assent), which can only occur in connection with what lies actually and really before our consciousness (i.e. to what is immediately perceived), and assent to representations (or potential assent), which includes all that has already been experienced and can be experienced again, van Ginneken refers to Meinong’s own distinction between serious experiences and fantasy experiences – a distinction which concerns the nature of the «act» involved in mental experiences:

[…] if a representation of red is of a serious character, it has a percep­tual look because a red-quale is involved. If the red-representation is not eidetic but only reproductive, it is of an imaginary character. Judgments are directed to objectives and involve conviction, whereas assumptions do not involve conviction — they merely involve enter­taining the objectives [i.e. thought’s objects] they are directed at […]). Meinong realized that such an entertaining of objectives without conviction plays a central role in our intellectual and emotional lives. Asking questions, denying, reasoning, desiring, playing games, perfor­ming or producing artistic works would not be possible without assuming. In judging that A or B, for example, one does not judge A and B, respectively — one only assumes them. Meinong’s application of the serious/fantasy distinction to all kinds of mental acts (including the affective and conative dimension) […] leads to remarkable insights into phenomena like art, into understanding the role of emotions in writing and reading fiction, for example (Marek 2013, § 3.3.2).

Even if Meinong’s and van Ginneken’s starting points are of course quite different – the first aiming to a rendering of mental elementary experiences, the second to psychological correlates of language – they display some signi­ficant connections:

  • van Ginneken’s assent resembles a syncretised variation of assumption, inasmuch as it builds on the common feature of «conviction» and «entertaining»21: this amounts to saying that in order to be able to judge ‘A’ and ‘B’ separately, one has first to assume them22;
  • moreover, the semiotic pertinence of assumption, demonstrated by Mei­nong’s reference to artistic acts including emotions, runs parallel to van Ginneken’s focus on the link between assent, language and emotion
  • finally, van Ginneken’s insight of assent not being dependent on the nature of representations, which as we said can be intuitive, real and concrete, but also potential and abstract, is deeply connected with Steinthal’s conception of linguistic representations not being by any means restricted to actual, real state of affairs (cf. the well-known example of the perfectly valid linguistic expression «this round table is square»). This view seems to fit quite well with Meinong’s principle of unrestricted freedom of assumption according to which «thought is free to assume anything, even nonactual and metaphysically predica­tion­ally impossible intended objects», namely «objects assumed by thought independently of their ontic status» (Jacquette 2015, 44). If such a perspective is maintained, Meinong’s idea of a modal moment, restric­ting such a freedom through a «watered-down» idea of factuali­ty23, should be reformulated: since the class of possible, non-subsistent re­presentations is by definition more inclusive than the strong-factual class of objects, and since assent isn’t restricted by such an ontological oriented version of factuality, the idea of a «watered-down factuality» could be the only pertinent one in matters of psycholinguistic facts. Indeed, language and grammar cannot be explained just through bundles of represen­tations: according to van Ginneken, linguistic meanings do not arise from differences in represented objects, but firstly and foremost from differences in assent (Ginneken 1907, 67).

So, what is the proper role assent is said to play in language?

2.2. Language and assent

The link between language and assent constitutes in all likelihood the most delicate and controversial point in van Ginneken’s argumentation. To a certain extent, the paradoxes that others have rightly pointed out (Elffers 2004) derive from van Ginneken’s way of conceiving such a link, which in turn is nothing but a specification of a far broader issue: the relationship between language and thought.

As we have seen, assent is supposed to explain consciousness as such, and yet it seems to be essentially linked to language. On the one hand it is said to constitute the mental counterpart (if not the causal root) of language, on the other hand, the so-called «evidences» for assent are derived wholly from the domain of linguistics and more precisely of morphosyntax, so that assent itself appears to be a specific linguistic category. Such a grey zone should be explained as such, for which two ways lie ahead, depending on whether the intersection or the exclusion between psychology and linguistics is high­lighted. In inclusive terms (both…and), assent should be understood at once as a psychological and a linguistic concept, since it stems from an effort to­wards a properly integrated, psycho-linguistic model. In exclusive terms (neither…nor), assent seems to support a rather antipsychological perspective, since it leads to an idea of mental acts which is basically an «acte de parole», and to a notion of subjectivity that resembles Benveniste’s framework (albeit of course ante litteram): the subject constitutes itself as such through language, as an enunciator. Thus, language appears to be the obvious domain of resort in order to «prove» how consciousness constitutes itself.

The issue is introduced at § 61 (cf. Ginneken 1907, 55). Once again, «the question is whether verbal images and representations of things […] are enough for language or if there is something else, something meaningful and vital, that is assent.» Indeed – van Ginneken tell us – «linguistic facts clearly suggest such an assent» (Ibidem). Without assent, the communicative use (i.e., the linguistic existence) of abstract terms couldn’t be explained: we have to assume that behind the existence of «relational ideas and terms» (noms de relations) lies the intimate belief in their reality (cf. Sobieszczanski 1990, 140) as an autonomous act of subjectivity. In the case of abstract words supporting potential representations, we thus have «a verbal image without any repre­sentation of things, but provided with a disposition of assent»:

lorsque nous rencontrons le mot cause dans un contexte, c’est d’abord l’image verbale qui est éveillée et puis l’adhésion. Quand nous comprenons que quelque chose est la cause d’un autre fait, c.à.d. quand nous avons l’adhésion, il n’est pas du tout nécessaire que nous éveillons l’image verbale cause, mais nous pouvons le faire sans peine […]. Si cette fonction [i.e. the connection between verbal image and assent] se trouve dans l’une des deux, dans toutes les deux ou entre les deux, nous l’ignorons, et c’est pourquoi nous choisissons le terme le plus neuter: une disposition (Ginneken 1907: 57).

Not just abstract words, but even specific codes and signals («langage d’action, qui se sert de signaux», Ibidem, 60) may be read in term of a dispo­sition. A simple association wouldn’t be able to mean anything if there were no disposition to recognize the association as such. The case of Xenophon’s Hoplites running at their commander’s cry «θάλασσα θάλασσα!» (Thalassa Thalassa!) (Ibidem, 61) is supposed to show that the mere mental represen­tation of the sea is not enough to make the Hoplites run24. A quality has to be added to the association of representation and verbal image, and that is the actualisation of such an association: «la voilà en effet cette mer si longtemps attendue» (Ibidem) i.e. the tension of the mind transforming a basic association (called «convention», Ibidem, 62 passim) into a properly meaningful phenomenon. This leads us to believe that, understood as the psychological component of an enunciative act, assent bears the quality of the subject who actualizes such a convention25, or, more generally, the subject’s attitude to­wards his own acts (which does not coincide with the intentional meaning conveyed in such acts).

Let us summarise. In van Ginneken’s threefold model, language appa­rently occurs at two different points:

  1. firstly, it may occur between verbal images and representations [1 ↔ 2], establishing something like a potential, not yet fully meaningful link which can be instantiated in communicative situations ; this link strongly ressembles the basic semiotic function between signifier and signified. At this stage, it would be more appropriate to speak of a condition of discourse ;
  2. secondly, it may occur between an already constituted association and the assent [1+2 ⟵ 3], which represent the subject’s attitude to­wards the association in question. It is at this stage that associations come to express not just the represented content but also the encoded point of view of the subject.

But what kind of «subject» is at play here ? Since grammatical categories are said to derive from a different kind of assent, such a «subject» should be understood as a formal pivot, that is as a class of possible speakers, rather than concrete beings. In this respect, it represents the mental root for grammatical structure, that is for declinabilia26.

According to van Ginneken, each grammatical category corresponds to a parti­cular form of assent as its fundamental mental phenomenon. Van Ginneken’s basic assumptions, which reveal a rather semantic approach, are the following:

  • even if the functional rendering of grammatical categories is specific to each language, a constancy in their meaning can nevertheless be observed. To such a constancy corresponds a common cause (Ginne­ken 1907, 66-67);
  • assent is at the core of meaning itself, thus the distinction between the principal words-classes has to be put in relation to differences in assent. These differences constitute the general meanings (significations fonda­mentales) of such categories (Ibidem, 67) – an idea which strongly resembles Jakobson’s Gesamtbedeutung (principal meaning) and Hjelmslev’s Grundbedeutung (fundamental meaning).

Indeed, van Ginneken has to be credited for having systematically tried to establish such a phenomenological foundation of grammatical categories. To that, a threefold distinction of assent is put forward (cf. Sobiesczcanski 1990, Elffers 2004, 192):

  1. potential assent vs. real assent (Ginneken 1907, 69): this opposition represents the aforementioned difference between abstract representa­tions vs. intuitive, concrete representations (which, incidently, do not necessa­rily coincide with perceptions)27. Thus, real assent is said to establish the grammatical categories of substantives, the present tense and the indicati­ve mode, whereas adjectives, and the other modes and tenses (for example subjunctive, imperative, future, etc.) are grounded in potential assent (Ibidem, 72); it is quite clear, thus, that van Ginne­ken reduces the dif­ference between potential and real assent respectively to the apperception of attributes (qualities) vs. the apperception of the support (substance);
  2. absolute assent vs. relative assent (Ibidem, 73-74). This distinction establishes the two opposite categories of verb and noun, the first stemming from an assent applied to a single, focalised representation of a process (something that is not completely developed in time, being thus more psychologically arousing), the second stemming from an assent to an «anthology» (Ibidem) of correlated represen­tations concerning facts (or «state of affairs»): according to van Ginneken, a state of affairs always demands a comparison with other (previous or complementary) states of affairs in order to be appre­ciated as such (i.e. in their identity);
  3. indicative assent vs. significant assent. This last distinction seems to be sort of a specification for the first one, and is thus the most theore­tically delicate. It draws from Witasek (1901), who separated an iconic reproduction (the «image» resulting from an intuitive representation and which can thus be very detailed) from a symbolic indication (an object’s «condensed» equivalent for thought, which can use such a surrogate as a «shortcut», i.e. as if the intuitive object were actually present; see above)28. Still, there is little difference with potential and intuitive representations, so that van Ginneken is forced to supply more arguments. He basically conceives indicative vs. significant assent to apply to representations independently of their concrete or abstract character, but rather in connection to their autonomous vs. dependent nature, that is on the amount of «mental energy» they demand. Thus, a significant assent should convey a inde­pendent, constant represen­tation, whereas an indicative assent is said to be tied to subjective, variable nuances which presupposes the first (by modifying them or by occurring as their vicar). One may argue that this rather artificial and ingenious distinction, along with the corres­ponding tortuous argu­mentation29, derives from a necessity to classify linguistic facts, and not from psychological evidence ; indeed, it basically covers the distinction between categorematic and syncate­go­rematic terms (cf. Ginneken 1907, 114-117). The very synoptic table proposed by the author (Ibidem, 121) seems to corro­borate such an hypothesis, since it classifies pronouns and auxiliaries under the indica­tive assent, and substantive and adjective under the significant assent30.

Assents

Absolute (verbs)

Relative (nouns)

Real

Potential

Real

Potential

Significant

present

(tense)

indicative (mood)

durative (aspect)

future, preterit (tense)

subjunctive, optative (mood)

aorist, perfective (aspect)

substantives adjectives

Indicative

auxiliaries (tense) auxiliaries (mood) personal pronouns proper names possessive pronouns

numerals

This classification concludes van Ginneken’s long and detailed analysis of the psychological premises of flectional elements of language. Its universal­istic perspective – which should be a consequence of rooting language in cognition – is somewhat dimmed by the acknowledgement that there is no necessary and fixed correspondence between morpho­logical categories and their general meaning, since a compensatory mecha­nism is always possible (Ibidem, 120). Still, such a caveat can be interpreted as another symptom of a rather phenomenological approach, according to which linguistic categories are a way of objectivising (or encoding) human subjective experiences. Langage thus appears to be the medium through which consciousness distances itself from its own produc­tions, fully attaining self-awareness as a «part» of this world:

Pour l’être qui dit moi, la conscience devient aussitôt un facteur de sa propre évolution; dire moi ce n’est pas simplement ‘constater’, c’est commencer à réagir, c’est se faire centre d’attraction, c’est imprimer une unité de direction à ce qui était d’abord épars et sans lien intime ; c’est poser sa personnalité, et, dans une inévitable antithèse, poser la personnalité des autres ; c’est […] par un seul et même acte, entrer en soi et sortir de soi, puisque la pensée ne peut se connaitre sans connaitre autre chose, ni connaitre autre chose sans se connaitre elle-même (Fouillée 1901, cit. in van Ginneken 1907, 64-65).

3 | Unexpected readings

Considering what has been said above, resulting from mostly psychological, phenomenological and semantic considerations, it is quite surprising to discover that Louis Hjelmslev was a very early reader of van Ginneken’s Principes.

It is likely that Hjelmslev got acquainted with van Ginneken’s thought through Otto Jespersen’s Philosophy of Grammar (1924), in which the Dutch linguist is mentioned twice and both times on two topical issues, i.e. the linguistic treatment of negation (1) and of indirect speech (2).

(1) Van Ginneken rightly criticizes the view of Romanic scholars, who speak of a half-negation in the case of French ne – an explanation which at any rate does not explain many of the phenomena in other languages. His own explanation is that negation in natural languages is not logical negation, but the expression of a feeling of resistance; according to him the logical or mathematical conception of negation, according to which two negatives are mutually destructive, has only gained ground in a few centres of civilization and has never struck root in the popular mind. I have my doubts as to the greater primitivity of the idea of ‘resistance’ than that of negation understood exactly as we understand it in such a simple sentence as «he does not sleep» (Jespersen 1924, 331-332).

(2) very often the verb is put in the preterit for no other reason than that the main verb is in that tense and that the speaker does not stop the current of his speech to deliberate whether the thing mentioned belongs to this or that period of time, measured from the present moment. Van Ginneken mentions this: «Je ne savais pas qui il était. Est-ce que je veux dire par-là qu’il est quelque autre maintenant ? Nullement. Était se trouve là par inertie, et par savait seul on comprend qu’il faut entendre la chose ainsi: était et est encore» […]. Or rather, we might say, it is left unsaid whether things are now as they were (Ibidem, 293-294).

Both mentions testify to Jespersen’s attention towards psychological-semantic analysis, but also to the influence van Ginneken had on contem­porary linguistics, including Danish structuralism. The first mention reflects van Ginneken’s conception of the emotional roots of language, although the idea of ‘resistance’ conveyed by negation does not constitute a specific form of assent but of feeling (thus belonging to indeclinabilia)31; the second mention shows van Ginneken’s semantic interpretation of grammatical units resulting from the combination of psychological factors implied therein.

These psychological-semantic considerations were partly shared also by Hjelmslev, who nevertheless gave them a quite different direction. His first reading of van Ginneken’s Principes traces back to the years immediately preceding the publication of his own Principes de grammaire générale (1928). Indeed, large sections of van Ginneken’s book were manually transcribed and annotated by Hjelmslev in a small notebook dated from 22 February 1927 (contained in Hjelmslev’s archive at the Royal Library of Copenhagen, dossier 82). These notes show his attentive reading as well as his interest in the works of scholars quoted by van Ginneken, such as Raoul de la Grasserie (1887, 1898), Georg von der Gabelentz (1901) and Ries (1894), and successively integrated in Hjelmslev’s own paradigm.

In 1927, Hjelmslev’s annotations specifically focus on van Ginneken’s theory of assent, while other parts of his work are generally disregarded. Hjelmslev’s approach was however quite critical: remarks were especially raised about the weak distinction between significant and indicative assent, challenged on the basis of its realism32, and about the doubtful over­generalization of statistically relevant cases33. Even if these remarks let appear Hjelmslev’s own strong epistemological push towards a proper general grammar, they converge in one major objection: van Ginneken’s approach is aprioristic and deductive, thus basically inadequate. As a matter of fact, Hjelmslev’s quite early claim for immanence couldn’t match with the very methodological framework adopted by the Dutch linguist. This however didn’t prevent the former from entertaining a close epistolary correspondence with the latter. Moreover, no real, theoretical refusal of van Ginneken’s semantic positions was put forward by Hjelmslev, but rather a deep methodological reorientation of the link between psycho-phenomenological factors and linguistic phenomena. We have seen that van Ginneken interpreted this link in a unidirectional (albeit controversial) way, since the psycho-phenomenological factors (assents, feelings) are said to be the causes of linguistic structure, whereas for Hjelmslev linguistic forms are the primum both from an epistemological and from a gnoseological point of view: methodologically speaking, only the description of linguistic forms is said to allow access to a systematic study of the human mind. Realistically speaking, linguistic categories aren not only forms subjected to mereological (functional) laws; psycho-phenomenological or semantic substances are just the result of the projection of these forms on the corresponding purport. Van Ginneken tried to estab­lish a psycho-phenomenology which could constitute a sound background for language, whereas Hjelmslev strove to build a formal science of language as a framework in order for semantic, psychological and phenomenological (and even physical34) correlates to be properly described.

Such an inclusive reformulation is clearly at work in Hjelmslev’s essay on pronouns, La structure du pronom (1937), in which van Ginneken is clearly portrayed as an inspiring figure who grasped the semantic role of pronouns even without considering their functional structure (and thus without the need for a proper structural rendering). Of course this rather laudatory presentation of the Dutch linguist could be due to the specific occasion in which Hjelmslev’s essay was published, hosted in a collective volume offered to van Ginneken’s sixtieth anniversary. Yet Hjelmslev’s remarks show once again a deep interest in the semantic phenomena described in Principes de linguistique psychologique. Indeed, Hjelmslev’s aim was to corroborate them by providing a functional, linguistic foundation35:

Dans ses fameux «Principes de linguistique psychologique» le P. J. van Ginneken a montré que les perceptions et les représentations ne suffisent pas pour expliquer l’existence des catégories linguistiques, et que celles-ci (et plus particulièrement les «parties du discours» constituées par les «flexibilia») peuvent recevoir une explication en ajoutant aux perceptions et aux représentations les différents faits d’adhésion qui les accompagnent. Parmi les différences d’adhésion (d’assentiment, de reconnaissance ou de conviction de la réalité d’une perception ou d’une représentation) qui s’observent et qui permettent de définir les différences des catégories linguistiques, c’est la troisième, celle entre l’adhésion indicative et l’adhésion significative, que nous nous proposons d’étudier brièvement ici. C’est par l’adhésion indicative que le P. van Ginneken a défini le pronom. Dans le pronom il n’y a pas de représentation intuitive, il ne reste qu’une représentation in potentia, une «unanschauliche Vorstellung» ; la réduction des détails de la représentation atteint zéro. Par suite l’adhésion cesse d’être significative et est réduite à être simplement indicative. En déter­minant ainsi la nature du pronom le maître néerlandais a créé une formule qui embrasse d’une façon globale ce qu’il y a de vrai dans toutes les définitions tentées depuis l’antiquité […]. La définition du pronom comme «nomen uicarium» […], reproduite constamment sous des aspects divers, détermine, bien que superficiellement, l’emploi auquel se prête naturellement un mot à adhésion indicative, un mot pour ainsi dire sans «signification» proprement dite, et par conséquent utilisable dans tous les cas où pour une raison ou pour une autre il ne s’agit pas de se représenter un objet et d’y adhérer signifi­cativement (Hjelmslev 1937, 51).

By closely following van Ginneken’s steps, Hjelmslev further develops van Ginneken’s distinction between indicative and significant assent, by sug­gesting a corresponding opposition between «grammatical ideas», which modify the meaning of the pleremes they apply to, and the «lexical ideas» conveyed by the pleremes itself. Morphological meanings are thus conceived as sublexical, vague yet well codified nuances (hence their rather automatic and subconscious use) which can be combined with plerematic meanings, more freely chosen and identified by subjects in discourse thanks to their more vivid, «positive» or concrete representational power.

Les deux caractères du pronom qui ont été de tout temps considérés comme fondamentaux, l’ἀναφορά et la δεῖξις, s’expliquent facilement par le même principe. Le fait que le pronom comporte une «sign­ification» (plus correctement: un emploi) particulièrement va­riable, et qu’il semble emprunter tout son contenu lexical au contexte […] n’est qu’une conséquence du même principe fondamental […] tout s’explique et s’unifie par l’idée fondamentale de l’adhésion indicative. Les particularités du pronom s’expliquent par le fait évident que les mots appartenant à cette catégorie ne présentent aucun contenu significatif, aucun contenu «sémantique» dans le sens tradi­tionnel de ce terme. Une simple observation des faits montre en effet que le seul contenu positif qu’on puisse trouver dans un pronom est celui que l’on retrouve d’ordinaire dans les morphèmes. Le contenu positif du pronom est purement morphématique (Hjelmslev 1937, 52).

Thus, van Ginneken’s classification of pronouns as resulting from an indicative assent, in turn implying a «degree zero» of details in re­presen­tations, receive a double intra-linguistic explication by Hjelmslev, on the basis of morphosyntactic phenomena such as conversion and syncretism. We leave the complete argumentation to the reader; let us say that, considering the category of pronouns in a specific language, two cases may occur:

  1. if pronouns include «converted»36 (implicit) morphemes in their base, their content is purely «morphematic», subconceptual: «le fait morphologique indique que dans le pronom l’article est converti, c’est-à-dire absorbé par la base même […] la preuve est fournie par le fait que le concept d’article (de «détermination») […] est incon-testablement contenu d’une façon obligatoire dans les pronoms envisages» (Hjelmslev 1937, 53). «Les pronoms démonstratifs et les pronoms indéfinis sont dans toute langue des articles convertis, même si la langue ignore les articles fondamentaux. Dans les langues de ce type la catégorie des articles est présente pour ainsi dire in potentia, cantonnée dans la base à l’état converti, mais prête à surgir à l’état fondamental dès le moment où la langue se transforme et les conditions y sont favorables» (Ibidem, 55). The representations conveyed by pronouns in which articles37 are converted are quite more abstract and general (more diluted and independent from subjective conscious choice, see above) than lexical meanings: in languages where article-morphemes are in a fundamental state, the very idea of determination could not even be recognized as a proper «concept»;
  2. if morphemes occur in a fundamental state (explicit), the vagueness of pronouns is not due to conversion, but to the fact that their base is constituted by a syncretism38 of all possible nominal pleremes of that language, which in turn enables pronouns to anaphorically «stand for» basically any word. By syncretism is understood a class resulting of the more or less complete overlapping between unities composing it, so that these unities are often unrecognizable as such, their specific identity being vague or diluted over the class. The meaning of the class, then, is «tout et rien» (Ibidem, 56): «C’est ainsi qu’il faut expliquer [le] rôle de nomina uicaria, c’est-à-dire le fait que [les pronoms] renferment toutes les significations nominales possibles, prêtes à surgir alternativement à titre de variantes sémantiques selon les exigences du contexte» (Ibidem).

Concerning the category of pronouns, thus, both conversion and syncretism of the base are the immanent, linguistic causes for psychological lack of details in representations, or for indicative assent. Hjelmslev then finally joins van Ginneken, although from another perspective:

La conversion morphématique et le syncrétisme dans la base confirment du point de vue fonctionnel, intralinguistique, le fait sémantique que dans le pronom les détails de la représentation se réduisent à zéro, et le fait psychologique que le pronom présente l’adhésion indicative (Hjelmslev 1937, 57-58).

From what has been said so far, one may wonder which place within Hjelmslev’s theory is actually reserved to assent as such. Indeed, even after having stressed the necessity of indicative assent in order to understand how grammatical categories are set up in language, only reference to (potential) representations is made. This could mean that indicative assent intervenes rather in the actual usage of grammatical categories, that is when they are actualised in discourse, and not in the constitution of the formal linguistic pattern. Yet such an interpretation does not hold, since grammatical organisation of language precisely represents the formal, basic condition for subjective usages, allowing a deeper insight of mind and consciousness (even if collectively intended). No clear solution is proposed, all the more so as the real issue behind such considerations is far more encompassing, since it concerns the role subject plays within structure. However, hints gathered from what has been said apparently point towards a not completely «desub­jectivised» conception of structure: at the end of the day, precisely because structure is conceived as the support for the speaker’s actual uses, assent could be included in linguistic forms, and actually realised in linguistic acts. Such a difference corresponds to the distinction between a formal definition of the subject, as a syncretism of all possible speakers of a given language (which in turn suggest a proper collective dimension) and a con­crete definition of the subject, fleshed out in its singularity.

The essay on pronouns is just a specific exemplification of Hjelmslev’s approach, according to which grammar encodes (and not simply expresses) human experience and cognition. It represents the theoretical result of a longer research trend focused both on the content and the structure of grammatical classes, which was inaugurated by Principes de grammaire générale but further consolidated in La Catégorie des cas (1935, 1937). As is well known, in this work the claim is put forward that the morphologic category of case represents the way through which language moulds the experience (or the mental representation) of spatial relations. Yet, this research trend, which was to some extent shared by the Danish members of the «glossematic school», reached its peak in Hjelmslev’s paper Essai d’une théorie des morphèmes (1938) in which he put forward a synoptic table39 of general morphematic categories along with their semantic values. Although fitting with a rather Kantian framework, such synoptic table clearly resembles van Ginneken’s. This is even more so as Hjelmslev himself stresses the link between linguistic form («facts of language») and substances («facts of thought») which are moulded by the former and thus manifest them (cf. Hjelmslev 1938 [1971], 166):

forms

substances

Intense (nominal) morphemes

extense (verbal) morphemes

exclusively homonexic government

case

persona, diathesis

Relation
(direction, degrees of proximity, degrees of subjectivity)

exclusively heteronexic government

comparison

emphasis

Intensity (scalar degrees of qualities)

both homo- and heteronexic government

number-gender

aspect-time

Consistency (compactness, concentration, discreteness)

alternatively homo- and heteronexic government

article

mode

Reality

(reality – unreality, desired realization, non-realization)

The resemblance between Hjelmslev’s and van Ginneken’s tables, even if more inspirational than factual, testifies to the difference in orientation which distinguishes the two approaches but which also allows us to see some points of conjunction. In order to further develop such suggestions on common ground, a deeper analysis of substance levels, along with their specific (i.e. non-linguistic) formal (i.e. mereological) structure has to be undertaken: a program which was scarcely sketched out by Hjelmslev himself. In the same perspective, conversion could be a fruitful concept to be exploited as an interface between content-forms and content-substances. Moreover, the task of a proper reconstruction of the theoretical network between (linguistic) structuralism, phenomenology, and French psychology still lies ahead of us.

As for the fil rouge we have tried to follow so far, it seems quite clear that the research trend started by Hjelmslev after 1928 goes far beyond the simple mapping of linguistic categories, ultimately aiming to reframe the link between language and thought. For the very conception of such a program, van Ginneken remained an important reference for Hjelmslev, representing the crossroad between linguistics, psychology and – it should be added – phenomenology.

 

Footnotes

1 FNRS – Université de Liège (U.R. Traverses / Centre Sémiotique & Rhétorique)

2 Elffers rightly points out three main interferences: between linguistics and psy­chology, between linguistics and sociology and between linguistics and biology (Elffers 2004, 184).

3 As proof of van Ginneken’s renown, it seems worth to mention some of the most representative names of those linguists who participated in the Mélanges de linguistique et de philologie offered in his honour on the occasion of his sixtieth birthday (1937): R. Jakobson, P. Menzerath, V. Brøndal, L. Hjelmslev, S. Kar­cevskij, V. Mathesius, J. Vendryes, J. Vachek, N. Trubetzkoy, E. Benveniste, J. Kuriłowicz, A. Gardiner (cf. Dehérain 1938).

4 E.g. «Van Ginneken’s Principes de linguistique psychologique can be regarded as an elaboration on his Lingua review from 1903» (Noordegraaf 1992, 303).

5 The main objection van Ginneken raised against Hoogvliet’s view in 1903 (cf. Noordegraaf 1992, 290).

6 More exactly, van Ginneken investigates the «circuit de la parole», since his attention is focused both on the speaker and on the listener. See following note.

7 Cf. «Comme cependant toute science doit se baser sur les faits concrets, la linguistique commence pour moi par la genèse intime, concrète et individuelle de tous les phénomènes linguistiques […] Si en effet nous prenons comme point central […] l’histoire de la genèse intime du mot parlé dans la personne qui parle, et l’évolution des mots perçus dans celui qui entend […] ; si cette série éternellement variable de procédés psychiques constituent au fond l’objet complet de toute notre linguistique, je crois qu’il y a assez de raisons pour maintenir la qualification de «psychologique»» (Ginneken 1907, II-III).

8 If we accept Benveniste’s definition «L’énonciation est cette mise en fonction­nement de la langue par un acte individuel d’utilisation» (Benveniste 1974, 80), one could say that van Ginneken’s aim is to identify the mental factors, or the mental conditions, of such an individual act of utilisation.

9 That is: that may not occur. See further in the text.

10 This does not prevent verbal images to be representations in their turn.

11 Cf. «Intuitif ne veut dire ici, qu’une certaine vivacité de la représentation, qui fait que ce qu’on se représente intérieurement ressemble tant soit peu à une perception réelle» (Ginneken 1907, 22). An intuitive representation is thus a representation which is equally vivid than perception (cf. p. 26). Clearly enough, in this case van Ginneken’s background is Hume’s gnoseological model (cf. Sobieszczanski, 139).

12 As usual, van Ginneken gives us a mass of references to similar notions by other scholars – which alas makes thing even more obscure (cf. Ginneken 1907, 27).

13 Van Ginneken apparently speaks of representational disposition («disposition repré­sentative», Ginneken 1907: 50) when representations are considered in connec­tion to particular situations of their rise. For instance, «when we speak in French and want to say that something is green, the verbal image of vert has more mental energy than the English green» (cf. van Ginneken 1907: 49).

14 All this proves that van Ginneken’s concept of unconscious is closer to the idea of «subconscious» as not completely impenetrable by consciousness but rather as always potentially conscious.

15 Such a synonymy is posited by van Ginneken himself.

16 Curiously enough, van Ginneken doesn’t explicitly adopt the traditional gestaltist vocabulary, and yet the reference appears to be quite clear.

17 Indeed such a view is confirmed by van Ginneken’s skepticism towards «rational psychology» (see once again Noordegraaf 1992, 290).

18 This kind of argument of «faith» fits very well with van Ginneken’s own pers­onality, and with the basic feature of assent itself (cf. Elffers 1996b, 58).

19 Quite curiously, in discussing his definition of assent van Ginneken makes no reference to the English empiricism and more precisely to Hume’s or Locke’s definitions.

20 Such a claim points towards a rather constitutive perspective. And yet, this dialectic apparently ends up in taking subjectivity as the proper inclusive pole (cf. Raspa 2002, 261). One could even goes beyond that by saying that subject is (culturally) predisposed to grasp objects’ Forderungen, thus getting closer to van Ginneken’s idea of about the role of language in experience.

21 In dealing with abstract objects (namely with potential, non-intuitive represen­ta­tions) we take them into consideration as if «c’étaient des choses perceptible, et notez le bien, dans la conviction intime de leur réalité» (Ginneken 2007, 56): thus, «il y a une adhésion: on ne saurait expliquer la conviction in­time de la réalité par cette représentation pure et simple» (Ibidem). There is al­ways something more than pure perceptions: «j’adhère à la réalité présente et en même temps à la manière d’être de ce qui a été perçu, à l’existence pratique» (p. 68).

22 In this perspective, «conviction» is understood as a particular case of «enter­taining». Such a merging is only possible by adopting a rather subpropositional attitude, by refusing the centrality of judgement as a distinctive factor.

23 Which is said to affect non-subsistent objects assumed as subsistent: thus, the well-known «square round table» can only be assumed as a fact in a «watered-down» sense (cf. Marek 2013, § 3.3.2, 4.4.3).

24 «In the Hoplites […], in addition to the reproduced representation, arises an assent; in other words, for every process of signification the association between the signal’s representations and what was designated is not enough: communi­cation is only made possible by the relation between the representation of the signal and the assent to what it was designated (Ginneken 1907, 61).

25 Which strikingly resembles Lipp’s idea of «logical validity». Note that van Ginneken speaks of «purity» of representations (Ibidem, 69).

26 Indeclinabilia apparently have another mental root, namely sentiment (Ginneken 1907, § 151; 120, 122 ff.; cf. Sobieszczanski 1990, 141), which determines even more kinds of assent (for instance: assent of equality, of causality, etc., see Ginneken 1907, 123 ff.). Interestingly enough, by conceiving sentiment as «facteur sémantique», and by proposing an actual typology of possible feelings, van Ginneken seems to anticipate more recent trends in semiotics (for instance the «semiotics of passions» developed by Greimas & Fontanille 1991). As a matter of facts, this represents a quite controversial feature of van Ginneken’s theory: after having stressed the centrality of assent, to restrict it to grammatical classes of inflectional elements would mean to substantially downsize its reach. At the same time, such claim presupposes the assumption of the distinction between declinabilia and indeclinabilia being universal.

27 The difference between representations (both potential and intuitive) and perceptions is illustrated in the following way by van Ginneken: «Mais il se présente de cas où la perception pour une raison ou pour une autre donne lieu au doute. Et dans ce cas nous avons à l’occasion d’une perception non une adhésion de réalité, mais de potentialité. Par contre une pure représentation peut quelquefois refléter indubitablement la réalité […] Une telle représentation a alors une disposition à l’adhésion de réalité et équivaut sous ce rapport à une perception» (Ginneken 1907, 69).

28 Cf. «La connaissance intuitive donne une image de la chose, achevée dans les détails, tandis que la connaissance indicative ne fait qu’insérer cet objet dans la pensée par un symbole, un signe, une indication […]. La connaissance indicative est comme le billet de banque, qui sans valeur aucune en soi-même, n’emprunte sa valeur extrinsèque qu’à l’or de la banque dans lequel on peut le convertir dans des circonstances favorables, in casu l’attention. La connaissance intuitive au contraire a comme le louis d’or son prix et sa valeur en soi-même» (Witasek 1901: 4).

29 Such an explication apparently involves the indicative/significant assent as an act of second-degree, applying to first-degree assents (potential/real, absolute/relative) – which raises even more issues.

30 The fact that proper nouns and numerals are classified under indicative rather than significant assent can be explained through their denoting a quality (respec­tively personal and definite, thus real, and collective, thus abstract) of an indepen­dent entity. Curiously enough, van Ginneken seems to agree to the linguistic (grammatical) interpretation of proper nouns as a specific kind of pronouns (cf. Hjelmslev 1928).

31 This is a quite important remark, since, assent could only be positive. Negation as such is thus derived not from assent but from feeling : this shows that van Ginneken does not conceive negation as an inflectional element (unlike Hjelmslev, who conceived it as belonging to category of mood, see here note 36).

32 Cf. «Maaske tilføjelserne fait og chose, der synes kompromitterende for teorien; fait og chose bliver ene afgørende for den videre bevis-førelse: det er dem (og ikke direkte l’adhésion) der anfører til forklaring af at substantivet forbindes med tal-ord og han lokalbøjning, mens verbet har tidsbøjning, osv.» (Maybe it’s the addition of facts and things that seems to jeopardize the whole theory; facts and things are the only crucial elements for further argumentation: it’s these (and not directly assent) that explains that nouns combine with numerals and local inflection, whereas verbs have tense inflection, etc.).

33 Cf. «De morfologiske ’beviser’ […] angaar kun det, der i reglen eller ofte er tilfoldet: substantivet har ingen tidsbøjning, osv. osv. Der bliver saa tilbage at give betingelserne for, at undtagelser indtræder, hvad v. G. ikke har gjort forsøg paa. Metoden er overhovedet udpræget deduktiv, apriorisk» (The morphological ‘evidences’ […] refer only to what is normally or frequently the case: nouns have not tense inflection, etc. etc. It would then be possible to provide conditions under which exceptions occur – something that van Ginneken has not even attempted. Clearly the method is mostly deductive and aprioristic).

34 Cf. Hjelmslev’s reductivist model presented and discussed in Hjelmslev 1954.

35 «Ceci permettra de donner, sur la base de la définition sémantique et psychologique qui a été si heureusement trouvée, une définition intra-linguistique, c’est-à-dire purement fonctionnelle, de la catégorie du pronom» (Hjelmslev 1937: 52).

36 For a discussion of «conversion», see Cigana 2016.

37 Pronominal conversion however does not concern just articles: for instance modal verbs are said to be verbal pronouns with conversion of morpheme of mood (Hjelmslev 1937: 57); the verb «do» (faire) is conceived as an exocentric pronoun with syncretism of many verbal meanings (Ibidem); prepositions and conjunctions appear to be adverbial pronouns defined by their government (Id.: 59); even standard negation is defined as the «conversion of negative mood» (Ibidem), just in the same way as interrogative pronouns stem from the conversion of interrogative mood (Id.: 53). Pronouns in themselves constitute thus a «transversal category» (Wiwel cit. by Hjelmslev 1937: 57), as van Ginneken is credited of having pointed out too.

38 Cf. Hjelmslev 1961, § 18: 87 ff.

39 We propose it here in a slightly different way.

Where is Meaning Going ? Semantic Potentials and Enactive Grammars

1 | Semantic potentials : cotext, context and encyclopedia

Lexical units have an identity that essentially lies in action. Words are defined by what they can do in the utterance (or textual segment) they occur in. The notion of « semantic potential » – introduced by Halliday (2013)1 – defines such peculiar actions. In Norén and Linell’s words, the semantic potential of a lexical unit or, in general, of an expression depends on the production of meaning in relation to other expressions : « […] the semantic potential of a given expression is its capability to produce meaning […] in combining with other expressions in peculiar contexts […] » (Linell & Norén 2012, 390). A reference to encyclopedia or, in a broader sense, to knowledge of the world provides its full operative identity to the notion of semantic potential. In other words, the productive (or semiopoietic) capabilities hypothesized by semantic potentials depend on two relations. An expression is both connected to its contextual indexes (or the constituents of the utterance it belongs to) and the relationships with the repertoires of heterogeneous experiences (physical, symbolic, aesthetic…) it is associated to within a specific culture and society. The intertwining of such relationships, along with the variety of interlocutionary acts, guarantee that lexical meaning varies.

According to Evans (2009), lexical meaning is protean – and is so because words have semantic potentials sensitive to cotext, context and encyclopedias : « words are ‘protean in nature. That is […] they can shift meanings in different contexts of use […]. The variability in word meaning arises from the partial activation of the semantic potential to which a word facilitates access » (Evans 2009, xi-xii). The fact that a word can be used differently in different utterances (or textual segments) depends on the articulations of the associated semantic potential – by « articulation » we mean each local nexus between chunks of co-text, context and encyclopedia. So the question is : where do semantic potentials come from ? Previously, I said that the semantic potential of a lexical unit lies in its capability to produce meaning in relation to other units, interlocutory acts and encyclopedic chunks. Our question about semantic potentials can be rearranged in a question about how words – and the expressive resources of a language in general – can acquire semiopoietic capabilities. This is what we are going to focus on. But for a deeper analysis, I will start by introducing a second working hypothesis derived from a research body called enactive grammar (see at least Bottineau 2012).

2 | The « subtle body » of words

According to this hypothesis, each lexical unit is the outcome of sensory-motor operations that locutors and co-locutors can reproduce as vocal experiences occurring in an ordinary dialogic context. In my opinion, the key point of this proposal lies in the reproducibility of such operations within dialogue (interlocutory acts). Looking back at our question (how does a word get its semiopoietic capabilities ?) there are, at least, two features we have to keep in mind. I will try to analyze each of them and then outline an answer.

2.1 Reproducibility : each word is a part of the other’s discourse

Reproducibility has to be regarded as the possibility (within the locutors and co-locutors expressive apparatus) of producing something that someone else has already produced, or better to produce it a second time. Considering that such « something » is nothing but the sum of the sensory-motor operations underlying the dialogic circulation of words, that possibility is actually the act of replaying – with broad variations – the vocal actions shaping a word (or a whole expressive sequence) in someone else’s speech. In Bottineau’s words : « A word, by definition, is a recurring acoustic segment which everyone can come across starting from the other one’s replies. […] Every locutor can reproduce such figure in a proper context : a word, considered as an occurrence inside the sensory and motor experience, works as a vocal action unit » (Bottineau 2012, 45). Lexical (or expressive) units are made of reproducible vocal stuff, so that a form can transit from one speech to another. This is where the idea of speaking as an essentially (and mostly unconscious) sophisticated technique of interlocutory quotations comes from. In other words, any locutor can bring in his/her speech the chunks of someone else’s speeches: « The units of verbal concatenations (words, morphemes) are cut off quotations we are unaware of […], chunks of someone else’s speech and concatenations analogously reproducing those of other ones (functional units, constructions, stereotypes) » (Bottineau 2013, 17). Let us now analyze the second feature.

2.2 Reproducibility : each word enacts trans-individual content

Reproducibility must not be regarded just as replaying the vocal actions made by someone else’s mouth, but as reusing the lexical material built up during such actions. After all, any locutor can « import » in his/her speech chunks of someone else’s speeches because he/she is able to reuse the same forms already used by others.

From the use viewpoint, the possibility of replaying the vocal material of a word is equivalent to using it in different dialogic contexts. Each repetition (or reuse) demonstrates two different aspects. On the one hand, we have an analogous (or similar) use to the previous ones. So, reuse is the interlocutory device that grounds language learning : the locutor learns how to use a word in a certain way just by using it analogously. Thus, « when a locutor reproduces the occurrence of a word in a given context, such word is analogous to an open number of early occurrences the locutor experienced in his/her previous interactions […] A locutor’s learning process of words meaning takes place within interactive situations » (Bottineau 2012, 45). On the other hand, there are strategies which – through learning – trigger the diffusion of knowledge that locutors and co-locutors have built in the course of their previous verbal interactions. The interlocutory reuse is thus a mighty « cognitive detonator », that is a specific modus operandi of language activity which guarantees the propagation of collective representations as contents that individual uses can re-activate. In plain terms : a locutor who learns to use a word in a specific way inherits a shared praxis (action schema) which will be affected by personal use. It is remarkable that such a schema is inheritable because it is a shared one and is linked to experiences crossing the individual past as virtual – or trans-individual – significations (cf. Simondon 2005, 304-305). Therefore, « […] each reuse recalls, as a reminiscence, a network of individual mental association made of the relationships with others […] That’s why reusing significants does not enact individual representations (impossible to share), but common, normative conceptualizing models where the subjective and the common converges in the interactional anchoring » (Bottineau 2013, 17). Further : « In reusing a word, the users first remind […] what they have learnt in their multiple, verbal interactions where the word /dog/, as a vocal action unit, came out in a given intentional and discursive context » (Bottineau 2012, 46). Our working hypothesis can be extended also to the literal meaning of any word or expression. The first meaning of a word – what a dictionary usually codifies as the first lexical meaning – is par excellence the outcome of a shared action schema. A locutor who uses /dog/ to speak about a dog in « flesh and bones » can do it because he/she has acquired an attitude where it is expected to use /dog/ in that way and it is so because the word is related to a network of trans-individual experiences stemming from previous verbal interactions : « The first meaning of a word is actually […] the reactivation of knowledge acquired through intentional and discursive contexts of its early analogous occurrences » (Ibidem, 47). Each word is the activator of trans-individual contents (experiences, knowledge, significations) born from performing multiple discourses. Moreover, considering that the activated contents vary according to the performances, each form gathers – or, federate (see Bottineau 2010, 283) – heterogeneous and some times disconnected contents : « The very principle of the word is that the vocal token is used as an operator of reminiscence to federate disconnected sets of experiences ». On that account, we can look at lexical polysemy as the outcome of such federations (or collections): « This collection may turn out to be inconsistent, or even contradictory, paving the way for polysemy » (Ibidem, 283, my italics). After these preliminary remarks, I will now try to answer our question.

3 | Outlining an answer

The answer I propose is compatible with the hypothesis of enactive grammar. To cut a long story short : words have semiopoietic capabilities because they transit from one domain of discourse to another – and the trans-individual significations they activate during this transition are manipulated by the actors of interlocution: « The interest of parole in langue lies in its ability to activate non-subjective, interactive notional and combinatorial schemes [i.e. trans-individual contents] acting on the community which continuously call it back » (Bottineau 2013, 17). We have to note that transitions are possible because words have their own sensorial qualities – or, paraphrasing Lacan (2002, 294), « subtle bodies » – which make possible the transition from one discourse to another. In other terms, any given word is made of vocal stuff that can be replicated, it can therefore pass from mouth to mouth and take different positions in different utterances. The variation of lexical meaning depends on the switching of similar positions. Consequently, the semiopoietic capabilities of each word (or expression) are inscribed in the primary sensory material they are made of, that is the peculiar type of a replicable medium that allow dialogic circulation.

4 | It’s a circular reasoning ! So what ?

In short, words inherit their semantic potentials from the dialogical contexts in which they occur – whereas the conditions allowing the transitions from one context to another depend on the fact that the produced vocal material can be reproduced. The relation to the enaction paradigm lies here in the following apparent pleonasm : any word – and broadly speaking any verbal expression – is the outcome of sophisticated « corporeal technologies » which enact coordinated mouth movements in order to phonate. In Bottineau’s words, « enactive grammar […] considers parole as an orchestrating of mouth gestures […] adapted, for coordination and subjection to a federating finality, phonation » (2013, 16). Of course, the reproducibility of the vocal material is a possibility taken into account by such technologies considering that the mouth is equipped with movements which can reproduce the sound patterns at the origins of any word. Thus, the words’ dialogical circulation – and the lexical meaning variations – are guaranteed by particular action strategies enacted by the actors of interlocution. This is surely a very fascinating perspective, but – in addition to the hypothesis of semantic potentials – runs the risk of appearing as a circular reasoning. I will try to maintain somewhat polemically that this is neither a fault nor a limit of the mixed approach proposed here (enaction – semantic potential), but an advantage which provides a description consonant with lexical polysemy. Before making this argument, it is necessary to point out its circularities or, at least, the most patent one.

4.1 Ineluctable circularity

I said that words can be used in a variety of different ways because of their semantic potential which are in turn influenced by co-texts, contexts and encyclopedias. Following on from the suggestions of enactive grammar, I maintained that semantic potentials are semiopoietic capabilities inscribed in the vocal stuff of words because of the dialogical context in which they occur. My conclusion has been that these potentials are a dialogical inheritance of words. And here is the ineluctable circularity : words are usable in different ways thanks to the semantic potentials they receive from the dialogical contexts in which they are…. used.

I wish to make this circularity even more striking : the fact that words can be used in different ways depends on their semantic potentials, which stems from the fact that words can be used in different ways. Briefly put : words are used in different ways because they are used in different ways. There is no doubt that this is a tautology. We have just to find out if it is a side-effect of (my own) bad reasoning or if it is a peculiar feature of human language activity. In other words : my tautology could in fact grasp a specific modus operandi of that activity and that modus is circular – just as we have described it.

4.2 Not reassuring ideas….and too reassuring ones

Perhaps the most annoying aspect of the above tautology is that it makes words look not reassuring. Put metaphorically, they look like empty shells. According to a certain type of lexical semantics, that is surely the case. For example, Keyser (1987) stated that words are not endowed with previous semantic information and that lexical meaning is dislocated in the co-textual and contextual (or dialogical in Bottineau’s terms) fabrics that each word occupies. A certain type of philosophy of language inspired by Wittgensteinian language games maintains a similar point of view. In particular, according to such a perspective (often labeled « meaning eliminativism » (see Jaszczolt 2012)), words and lexical expressions are void of semantic contents independently of the context of use in which they occur. Assigning a core-meaning to them is just an ad hoc myth in disagreement with the observed phenomena. For my part, I will not state that words are empty shells. At the same time, I am not going to welcome the « literalist » myth of a core-meaning independent from use either. To put it with one more metaphor : I don’t think that words are semantic atoms – in the Democritean sense. I envisage instead a different solution that is capable of mediating between the two mentioned metaphors (empty shells/semantic atoms). Consequently, I will first try to explain why words are neither empty shells nor semantic atoms.

4.3 Neither empty shells, nor semantic atoms

The metaphor of empty shells in reference to lexical units is misleading because it is incompatible with a peculiar property of utterances : compositionality. An utterance is compositional because its meaning is a function of its constituent meanings as well as how these meanings are mixed together. Lexical units have to contribute to building up the enunciative meaning because of the compositional constraint. Put differently, the constituents of utterances are phrases, that is clusters of words – and the meaning of utterances rests on the meaning of these words (mixed together variously). The elementary intuition at the heart of compositionality seems to state that the local (lexical meaning) determines the global (utterance meaning). In order to determine meaning in a compositional way, words have to get their own meaning independently from the utterance in which they occur. If it weren’t so, compositionality would be an idle device : « Compositionality seems to imply that the meaning of a complex sentence is locally determined, by nothing else than what is internal to it, i.e. the meaning of its parts and its mode of composition. So the parts must have a meaning prior to the complex expression itself » (Pagin 2002, 117). This is why words cannot be empty shells.

In fact, the compositionality constraint is not the unique specific property of utterances. There is at least one more property that some authors such as Larrivée (2008, 74) have called « decompositionality », where any utterance – or, in a more specific way, any text – determines the meaning of its constituents. Next to the compositional determination, there would be a decompositional determination moving in the opposite direction : i.e. from the global to the local. « The research follows the idea that the global determines the local – a reformulation of the structuralist postulate where the system of relationships sets the value of units – decompositionality opposes the traditional notion of compositionality ».2 Such second order of determination, which makes the pair with the Fregean principle of context (it is its extended version), is totally compatible with the eliminativist assumption that words are devoid of core-meaning. As a matter of fact, if the word-meaning is a function of the meaning of the utterance (or text) in which the word occur, then there is no lexical meaning before use, because it is just use that provides utterances with form. And, considering that utterances are nothing but vocal material produced for being listened to, the determination of lexical meaning is fundamentally dialogic and decompositional as well. This is why words cannot be semantic atoms.

5 | Towards mediation : gestaltist compositionality and pragmatic compositionality

Our well-grounded refusal of the empty shell/semantic atom metaphors leads to a provisory conclusion : both compositionality and decompositionality are complementary constraints that play a role, in different directions, in building up dialogic meaning. When I say « dialogic », I refer not only to all the operations implied by locutors and co-locutors in actual discourse situations, but, in particular, I mean to avoid the adjectives « lexical » and « enunciative » which, in spite of being fundamental from a descriptive viewpoint, only partially capture a far more extended and broad phenomenon – interlocution –, where determining meaning goes from local to global as well as from global to local.

Basically, a locutor’s semantic operations (however simplistic they are) cover simultaneously both domains of determination : from the parts to the whole and from the whole to the parts. If, on the one hand, the meaning of an utterance (or a discursive segment) is accessible to the hearers via the meanings of its parts (compositionality), on the other hand, the meanings of its parts are determined by the utterance’s meaning (decompositionality). Over the last twenty years, numerous studies have clarified this crucial aspect of semantic construction, providing us with two fundamental tools for analysis : gestaltist compositionality (Victorri & Fuchs 1996 ; Récanati 2004) and pragmatic compositionality (Jaszczolt 2009 and 2012). According to gestaltist compositionality, both decompositional and compositional determinations are integrated in a single generative mechanism, which is to say a single and simultaneous movement of reciprocal « parts/whole – whole/ parts » determination: « […] Computation has to take into account simultaneously all the reciprocal influences. That’s why we propose to call such mechanism gestaltist compositionality » (Victorri & Fuchs 1996, 178).

As for pragmatic compositionality, it is a generative mechanism analogous to gestaltist compositionality which implies a greater amount of heterogeneous factors. In addition to the linguistic material of an utterance (syntax + lexicon), it invovles the extra-linguistic circumstances of uttering (discourse situation), an articulated series of encyclopedic components (or socio-cultural defaults) and some properties of the human mind (or cognitive defaults). All these elements go under the name of « merger representation » , which is the main input of pragmatic compositionality : « […] a merger representation is a merging of meaning deriving from different sources: lexicon, utterance structure and many others […] » (Jaszczolt 2009, 138). In detail, « the idea of pragmatic compositionality […] is this. There are various sources of information that contribute to the main meaning conveyed by the speaker and recovered by the addressee […] we identify five main sources: word meaning and sentence structure (WS), world knowledge (WK), discourse situation (DS) and two kinds of default information: stereotypes and presumptions about society and culture (CS) and specific properties of human inferential system (IS) » (Jaszczolt & Allan 2011, 21). The hypothesis of semantic potentials plays a fundamental role in gestalt compositionality : considering that each utterance is a Gestalt (or a co-determined whole), the contribution of each lexical unit in building the dialogic meaning is the semantic potential it is endowed with. If no interactive constraint of utterance comes into play, we cannot identify what the contribution of sub-enunciative constituents will be ; we have also to remember that the constraints works as reciprocal « parts/ whole – whole/parts » determinants.

Thus, the contribution of sub-enunciative constituents has to be sufficiently indeterminate (and sensitive to co-textual variation, i.e. « flexible ») so as to obtain a provisory identity within the utterance. Semantic potentials seem to offer the required characteristics : « <It is necessary> to consider the utterance as a « Gestalt » where the relationship between the whole and the parts are absolutely bidirectional. In this view, each component of the sentence interacts with each of the others, in no precise predefined order. What is important is the relative strength of each interaction which acts as a con­straint upon the potential of meanings carried by each polysemous element » (Victorri 1994, 242).

In pragmatic compositionality, merger representations replace semantic potentials, but – except for a few differences I will not explain here – they play, in my opinion, an analogous role. The material of merger representations is flexible too ; it is subjected to interactive constraints which progressively refine their semantic range. Nevertheless, the expected constraints are not just cotextual ones, they are also encyclopedic, situational and, so to say, default. In any case, the essential point is unchanged : starting from gestaltist and pragmatic compositionality (where the latter inherits and amplifies the properties of the former), the building of dialogic meaning implies interactive constraints which shape heterogeneous and highly flexible contents.

Whatever the form such contents take (semantic potentials/merger representations), sub-enunciative constituents – in particular lexical ones – differ both from empty shells and semantic atoms. The recovering of semantic potential, in spite of the circularity it implies, is thus fundamental. As such, I will now take into consideration one more working hypothesis born in a research program known as intercultural pragmatics (see, Kecskes 2014).

6 | Words encapsulating contexts

According to this hypothesis, words « encapsulate prior contexts of their use » (Kecskes 2014, 139). That is to say that the actors of interlocution have memory of the linguistic uses they have made – and this memory (or repertoire of past experiences) is both individual and collective. It is individual because it is performed by a person. It is collective because its uses are performed with others, replay others’ uses or both. We could say that lexical units are the carriers of their usage history as well as of the experience of the user. The building of dialogical meaning is thus a mix of individual and collective elements interacting dialectically: « First, lexical items encode the history of their use […] i.e. the situations in which they have been used […]. Second, words encode the experience of individuals. Consequently, when individuals enter into conversation with other individuals, the words and utterances they use are selected and formulated according to their prior experience. This means that any conversation is a unique mix of individual and social factors » (Kecskes 2011, 13).

Kecskes’s research can be useful to clarify why words are usable in many different ways. One will remember the tautology mentioned just a few para­graphs above : words can be used differently because they are used differently. Well, the metaphor of contextual encapsulation, with its general idea that the actors of interlocution memorize the previous usages of a word or an expres­sion, can provide a reasoned answer that puts aside the ghost of the hollow shells metaphor.

My thesis is as follows : although lexical meaning is not separated from use – Wittgenstein, of course, maintained that meaning is use – the contribution of words in building meaning does not exclusively depend on the utterance (or discourse situation) they are used in. If it were so, words would be empty shells and any compositional mechanism (classical, gestaltist or pragmatic) would be ineffective. But, according to Kecskes (2011 and 2014) lexical units can accumulate their preceding contextual uses, or activate these uses in the memory of locutors. Locutors can thus retrieve the one or the other particular previous use during an actual conversation and reintroduce it within the dialogue they are performing. The metaphor of contextual encapsulating is related to this retrieving ability (mnemonic activation) and emphasizes the role of previous experiences in building meaning : « when individuals enter into conversation with other individuals, the words and utterances they use are selected and formulated according to their prior ex­perience » (Kecskes 2011). A typical case is the micro-dialogue Kecskes has examined (2011, 11) :

Jill: I met someone yesterday
Jane: Good for you.
Jill: He is a policeman
Jane: Are you in trouble ?

The first two lines seem to set the classical scene of two friends speaking about a romantic situation, but the atmosphere totally changes when it turns out the « someone » is a policeman and Jane thus suddenly thinks of trouble. Why ? It is patent in the author’s opinion : the word « policeman » activates a negative context in prior experience of use. The question is the interlocutory device that reintroduces the prior use in the situation (or « actual situational context ») : « Jill wants to talk about some kind of romantic involve­ment. She says that she met a policeman. This word has a highly conven­tionalized nega­tive context attached to it, which the actual situational context cannot override as Jane’s question demonstrates » (Kecskes 2011, 11). We could say that Jane misinterpreted Jill. Be that as it may, the expression « policeman » still deceives Jane’s expectations about Jill’s statement because it has – or encapsulates – a prior context associated to experiences different from Jill’s positive ones : « Jill’s public context is changed as a consequence of her positive experience with a policeman ». Howewer, this is not the case whith Jane. Consequently, « policeman » is not an empty shell, but it carries a prior context of use. What we argued about lexical polysemy is absolutely compatible with this general premise, provided we describe lexical units as carriers of prior and multiple contexts of use. Kecskes works (2014, 140 ; 2008, 391) seem to agree with this possibility.

In psycholinguistics, there is a well-known experiment which – in spite of its aim – can be of help in grounding this idea : the listening (or reading) of single words (see Numberg, 1979). The author explains that he presented sequences of words to different group of locutors (native and non-native English) and asked them to write down what they first thought about after reading or listening to each word. When the researcher recorded the results, he noticed that everyone answered without asking him to specify any actual, situational context ; in addition, when polysemy arose they individuated more than one prior context of use (according to a hierarchical order) for the same lexical units, and of course the answers were different for each person. I will not go into the detail of Kecskes conclusions or the importance he gives to lexical polysemy phenomena. But I think that the reference to a plurality of stored usage contexts in some lexical units is a terminological hint useful to ground our analysis of the proposed description.

Other statements by Kecskes can be taken into consideration, e.g. « each lexical item is a repository of contexts » (Kecskes 2008, 388). In light of this statement, we can restore the notion of semantic potential. I am well aware that this stretches the epistemological premises of the contextual encapsulation metaphor. Kecskes himself has affirmed that he has had some problems with the semantic potential hypothesis because words are not considered as a repository of prior contextual uses : « According to Evans, words are purely linguistic units that make access to conceptual knowledge struc­tures. These structures represent only ‘‘semantic potentials’’ that are realized in language use. He acknowledges that words have some kind of ‘‘meaning,’’ whatever it may be called. […] I have several problems with this approach. Evans ignores that words encapsulate prior contexts of their use » (Ibidem p. 391).

Despite this statement – which concerns more the defender of the hypothesis than the hypothesis itself – I think we can try to integrate semantic potentials with contextual encapsulation. It is a simple move we have to make : we have just to use « semantic potential » as an expression referring to all the prior contextual uses of a certain lexical unit. Again, this is stretching the rules : there are different semantic potential theories, but – as far as I know – none of them has proposed something similar. For example, some theories identify semantic potentials with sets of encyclopedic knowledge (see Evans, 2009) ; others with sets of encyclopedic and lexical knowledge (see Allwood, 2003); yet some others with particular cases of affordances, or « resources », that words – or, in a broad sense, language expressions – give to the actors of interlocution (see Linell, 2009; Evans, 2013). Maybe, we can find a reference in Récanati’s papers (see 2004) where semantic potentials are defined as « sets of legitimate situations of applying » or, in other words, as sets of contexts of use approved by the members of a speech community (Récanati 2004, 151-152). It is not difficult to see a connection with my proposal : a context of use approved by a community is something which regularly circulates among its members, a sort of repeated use that – just for this reason – the actors of interlocution recognize and memorize. So, it is a very short step from here to the idea that semantic potentials are sets of prior context of use ready to be activated (or encapsulated) ; it depends on how we look at the already formulated idea of « legitimate situation of applying ». Apart from Récanati, such a short step has not been taken yet, neither by the proponents of semantic potentials – who are not familiar with the metaphor of contextual encapsulation – nor by Kecskes (2008; 2014), who thinks contextual encapsulation is « something more » than semantic potentials : « linguistic unity has some kind of regular reference to certain contexts in which it has been used. This is more than just the « semantic potential Evans speaks about » (Kecskes 2008, 388).

7 | Disputations and proposals: semantic potentials as storage of prior contextual uses

The reasons for the above disagreement have to do with the fear of a sort of vicious circle. The hypothesis of semantic potentials – in its different articulations – aims to explain the contextual variation of meaning so as to prevent the risk of circularity. The supporters of any version of these hypotheses – Récanati’s included – interpret this theory as a plausible answer to the question about what allows the variations of use of lexemes : words can be used in different ways because they are endowed with semantic potentials. Thus, in Linell & Norén (2007, 389) we find that the « semantic potential of a lexical item […] make(s) possible all the usages and interpretations of the word […] that the language users find reasonably correct […] in the actual situation of use » [my italics]. As I showed in the previous paragraphs, the risk of circularity is not avoided and the only available answer sounds like a tautology : words can be used in different ways because they are used in different ways.

Another important matter is that the refusal to integrate semantic potentials and contextual encapsulation can derive – in my opinion – from a deeper theoretical concern related to the foundations of the meaning building. Kecskes (2008) thinks that semantic potential à la Evans forces a description of this process exclusively as a particular case of contextual dependence. In other words, the building of meaning would merely depend on the action of the actual context (or discourse situation) on the semantic potentials of lexical units. The metaphor of contextual encapsulation, instead, assumes a more sophisticated mechanism where each lexical unit can create, in turn, its own usage contexts : « context is created merely by uttering the word or the expression » (Kecsker 2008, 401).

For example, in the conversation between Jill and Jane, the word « policeman » activates, in one of the interlocutors, a prior context of use disagreeing with the first lines of the dialogue. Such activation – or « creation » in the author’s words – strictly depends on hearing or uttering a word or, better, it does not depent on the entire situation of the discourse, but only on one of its local constituent, which constrains the semantic operations of Jane in a particular way. Thus, « policeman » can import in Jill and Jane conversation a context of regularity which has a rebound effect on their conversation so as to shift it to a different topic. If, instead of « policeman », the heard/uttered word or expression had been another one – say « teacher » or « athlete » – there would be a rebound effect, too : a context of regularity is imported within the situation where each word occurs. Of course, the effects differ, each one can be related to a specific context of regularity. A careful evaluation of this feature leads to a more articulated and richer idea of the construction of meaning : if each lexical unit can import one or more contexts of regularity in the discourse situations it takes part in, then dialogic meaning is the outcome of a play of interfaces between actual discourse situations and prior encapsulated contexts of use : « the process of situational meaning construction includes both the « unpacking » (stored private contexts expressed in meaning values of lexical units) and the « constructing » (interplay of private contexts of interlocutors with the actual situational context) » (Kecskes 2014, 139).

Consequently, there are two kinds of actions involved : the actions of the actual context on the semantic potentials of lexical units and the actions of the prior contexts of use on the actual context. In Kecskes words : « people attempt to fit their language to a situation […] that their language, in turn, helped to create in the first place» (2008, 389). I completely agree with this, but – in contrast with Kecskes (2008; 2011; 2014) – I don’t find this to be a real alternative hypothesis to semantic potentials. By the way, the author is right when he emphasizes his differences with Evans (2009) because his radical constructivism is not compatible with contextual encapsulation and its consequences. As I said, there are different versions of the semantic potential hypothesis and some of them seem to be totally compatible with contextual encapsulation. The perspective of Récanati (2004) is one of them. The most developed (and most radical) convergence can be found in Violi (2003). According to Violi, each lexical unit (word, expression, etc.) can determine – « create » in Kecskes language – its own contextual applicability (or « insertion ») : « words not only are specified by contexts, but they works as activator of contexts […]. In a certain sense, the lexical units themselves create their own conditions of applicability » (Violi 2003, 331). If enunciation is the device at the bottom of such determinations, semantic potentials are the encyclopedic material, that is where enunciation operates : « words do not refer to fixed meanings, they are connected to […] a complex semantic potential, intrinsically encyclopedic […]. Enunciation is the prise en charge of a virtual semantic potential […] which determines in a specific context of uttering the local meaning the text will have » (Ibidem, 331-332). The conceptual scheme outlined here shows how the two ideas (semantic potentials and contextual encapsulation) are consistent with each other : for each lexical unit there is a semantic potential which allows the device of enunciation to determine (or create) the variable conditions of its applicability in context. Although, there is no explicit reference to the metaphor of encapsulation it is quite clear that the above-mentioned idea leads to analogous theories, such as considering words – and the utterance which shapes them – as activators (or creators) of contexts.

8 |Divergent viewpoints

Nevertheless, there is a point of this argument that contrasts with one of the key-concept of the metaphor : the context of use. We know that it is an indispensable concept for Kecskes (2008; 2011; 2014), but for Violi, by contrast, it is not so. Their ideas are so different that Violi (2003) not only considers contexts of use as useless, she rejects them totally. This is a quite paradoxical consequence of her extremely eliminativist approach towards meaning. To put it briefly : if meaning lies in use – or better, if use creates (as uttering) the conditions that define how to apply a word – then having recourse to context as the main agent of semantic construction is redundant on the one hand, and misleading on the other. It is redundant because it does not provide anything new to the principles of semantic eliminativism : if meaning is use, then use will be the main agent of semantic construction and not the context. It is misleading, because it brings back – in a weaker form – the hypothesis of an abstract core-meaning, or – in Violi words – a semantic type subjected to the constraints of context : « I stated elsewhere that words work as strong abductive mechanisms ; the instructions to construct a situation and its interpretation […] so creating their own applying conditions. If it is true, we could go farther, and argue about the notion of context. As a matter of fact, it is based upon – and reproduces – the usual idea of the type/ occurrence relationship, where a type (invariant) is the lexical meaning scheme and the context is its variables of application. If variables are the unique and actual starting point to go back, time after time, to meanings, then the concept of type turns out to be weak as well as the context one, considering they are two complementary notions » (2003, 332). Hence she also rejects usage contexts to describe the semantic variations of each words as actual lexical repetitions (or actualized occurrences), each corresponding to an articulation of the semantic potential : « We should think of actualized occurrences which specify – time after time – the semantic potential, rather than the usage contexts modifying an invariant scheme » (Ibidem, 332). I partly agree with this. Violi is right when she argues about an unconditional reference to context, in particular if such a notion is not defined first, or when the idea of context is a sort of semantic construction not conforming to the exclusive action of external constraints. There is another crucial point : if context (whether linguistic or extra-linguistic circumstances, etc.) is considered as a kind of mechanic filter separated from the lexical units it works in, the core-meaning myth can survive to any contextualist statement. We have just to admit that all the semantic resources called « core-meaning » are sensitive to contextual factors. The duality type/occurrence Violi speaks about exemplifies very well this particular compromise : type is to core-meaning as an occurrence is to one of its contextual variant.

The metaphor of encapsulation – and all its underlying epistemology – is free from such dualistic drifting. It conveys a richer and more articulated idea of context. In fact, the constraints defining the construction of meaning are both external and internal. « Context » indicates both the action of the actual discourse situations on lexical units (external constraints) and the action of lexical units on the actual discourse situations (internal constraints). The contribution of each unit does not correspond to introducing semantic types (at least deformable ones), but importing prior contextual uses, which is to say uses already categorized elsewhere. As for the construction of meaning, there is a shifting from dualism – implying types and deforming repetitions – to a dialectic vision (see Kecskes 2008; 2011; 2014) – implying situational discourse and a context of regularity (see Violi, 2000). As such, there is no reason to give up context of use. They are quite flexible theoretical constructions able to cover external and internal constraints : the context of use can be both the discourse situation shaping the semantic potential of the lexical unit and the lexical unit contribution in building up the discourse situation. An accurate use of the adjectives « actual/prior » erases any ambiguity. The idea of semantic potential as a set of prior contextual uses provides coherence to such constructions. A reference to encyclopedia can strengthen this idea.

9 | Encyclopedia as a stage

The reference of Violi (2003) to Eco’s notion of encyclopedia (see Eco 1984; 1997; 2007) exactly defines the research domain. Eco (1984, 109) considers encyclopedia as « the library of all libraries », or the repertoire of any given interpretations : « the encyclopedia is […] the set of all the recorded interpretations, conceivable in objective terms as the library of all libraries » (Violi 2003, 324). So, the semantic potential of each lexical unit would be a local storage of interpretations.

I think everybody can agree with this : if semantic potentials are made of encyclopedic stuff – and according to Eco (1984) encyclopedia covers all the given interpretations – then each potential is a local storage of interpretations, which is to say it is relative to the correspondent lexical unit. Some difficulties can arise from the undefined status of interpretation. What is an encyclopedic interpretation ? Well, we can find some clear, even if not so definitive, indications. For example, Eco (2007, 60-61) reduces the potentially boundless range of encyclopedic interpretation – that is encyclopedia tout-court – to « anything that has been said » by mankind and survives in books or cultural artifacts of any kind, such as images, or any (non-verbal) « evidence » that plays a role in semiosis and so is an interpretant in Peirce’s sense : « Encyclopedia […] takes care to record anything that has been said in society […] what has been said has been registered in all the books, all the images, all the evidences which act as reciprocal interpretants in the semiosis chain ». The reference to Peirce’s interpretants correctly identifies the encyclopedia, but it does not answer our question. An interpretant3 is a sign that allows one to interpret another sign (representamen) which can be, in turn, interpreted : « The encyclopedia is ruled by Peirce’s principle of interpretation […]. Any expression […] can be interpreted by other expressions, and these ones by other ones […] » (Fadda 2013, 174). But what do we mean by interpretation ? Peirce’s statement does not solve the mystery. Indeed, if encyclopedia can be seen as a network of interpretants and if each interpretant guarantees (or tracks) the possible interpretations, then, in order to grasp the modus operandi of encyclopedia – and of its specific peculiarities called « semantic potentials » – we have to understand what « interpretation » means. This is not a simple task : « interpretation » is a word overcharged with meanings, some philosophically controversial. We will nonetheless try to find an answer, taking into consideration some of its current usages: « the interpretation of a musical composition », « the interpretation of theatrical roles », etc. Our choices depend on the similarity of « interpretation » with the idea of « performing ». Interpreting a musical composition means performing it, actually playing it. The same goes for theatre. An actor plays a role on the stage ; just like a musician, an actor « performs », or better provides with a form something temporary. Providing something temporary with a form – I will call this mise en forme – is, in my opinion, the specific feature of any encyclopedic interpretation and any semantic potential, being the last one in a local section of encyclopedia. This might sound unusual for Eco’s semiotics, but my viewpoint comes from a peculiar feature of encyclopedia, we are going to examine under the filter of enactive grammar.

10 | Encyclopedia « through the eyes » of enaction : here is circularity

Notwithstanding metaphors or specific terminology, the encyclopedia is « all that mankind has uttered » (Eco 2007, 60). Such reference to the uttered – and utterable, to go beyond Eco’s definition – fixes the general terms of the enactive description centered on interpretation as performing or mise en forme. In particular, the reference to the actual existence of the encyclopedia creates a connection with enaction. As we have seen, in Eco’s view (2007, 60) the actualization is made thanks to a variety of cultural artifacts activating semiosis : books, images, etc.

Enactive grammar makes it possible to take into account – in addition to the above-mentioned artifacts — the material body of locutors equipped with a series of sophisticated corporeal technologies. The actual existence of the encyclopedia, in the enactive view, is guaranteed both by « the library of all libreries » and – above all – by the sensory-motor operations of the locutors in a situation of discourse. The entire idea of encyclopedic interpretation as performance or mise en forme lies in our in-depth enactive view : if the encyclopedia is the totality of what is (or can be) uttered, then the actual conditions of existence ofwhat is uttered (or utterable) are firstly guaranteed by the sensorial endowment of interlocutors, which is to say the vocal, auditory, postural – in a word multimodal (see Bottineau 2013) – resources that the locutors activate to perform (or interpret as in music or theatre) the portions of discourse from which the encyclopedia is woven. Consequently, the interpretations of each interpretants can be referred to as the mise en forme or enactions of the correspondent lexical unit – any mise en forme is its corporeal manifestation. This may be sound daring, and it is, in a way : interpreting the encyclopedia in Eco (1984; 1997; 2007) and Violi (2003) is referring mainly to procedures that make it possible to go back to the meaning of signs through other signs – and through enaction in Bottineau’s sense (2010; 2012; 2013). In most of the cited texts, corporeity remains a step that must be thought about. Moreover, although this is not explicitly connected to enaction, it is identified with the physical means that allow the enunciative conversion of encyclopedia in effects of local meaning. According to Violi, « since a sensitive body takes in charge an open potential of meaning » (2003, 333). If corporeity is recognized as the device at the bottom of significance, the enactive approach, daring as it is, is legitimate: such conditions are related to procedures that are able to re-build (or recreate) the meaning of a sign, but none of them can set it up independently from the sensorial body of a speaker, because this one is the meaningful device which put them into form. Hence, the circularity : words can be used in different ways because they are endowed with semantic potentials (or local portions of encyclopedia) which encapsulate (as in Kecskes 2008; 2011; 2014) prior contextual usages as performances or enactions (as in Bottineau 2010; 2012; 2013). Finally, words can be used in different ways because they are used (enactivated) in different ways.

11 | Final Remarks and open questions

We have examined three topics : a) semantic potentials; b) enactive grammars and c) contextual encapsulations. Why can words be used in so many different ways ? This question has been our starting point and has, in turn, led us to the above-mentioned three topics. The first topic seemed the ideal candidate to outline a provisory answer : words can be used in different ways because they are endowed with semantic potentials. But then a second question (where do semantic potentials come from ?) led our investigation towards different topics. Enactive grammars provided a suitable framework to place semantic potentials in the reproducible vocal material of each lexical unit. As for contextual encapsulations, they made it possible to identify each potential with a storage of prior contextual usages. Step by step, our analysis has led us first to identify and then to justify an inner circularity in human language : « words can be used in different ways, because they are used in different ways ». I’ll summarize the peculiar passages of each step and then I will focus on three further questions which will be the object of future research.

11.1 Semantic Potentials

Our reference to semantic potentials has been useful to focus on some problems with lexical polysemy: a) how to explain the contextual variation of lexical meaning; b) how to integrate such variation within compositionality. We have decided to give relevance to the answer developed in the last twenty years. That is why semantic potentials have a central role. In short: a) lexical meaning varies contextually because it is the outcome of semantic potentials sensitive to the constraints of co-text and the actual situation of discourse ; b) the lexical meaning’s contextual variability is compatible with compositionality because words are not empty shells but carriers of semantic potentials ready for the compositional construction of meaning. Just to clarify what we mean by « ready »: we investigated two versions of compositionality which « take up », each one in a specific way, the contextual variations of the lexical meaning: gestaltist compositionality and pragmatic compositionality.

11.2 Enactive Grammars

Enactive grammars have helped us to find out the origin of semantic potentials. We were able to explain how lexical units gain their semiopoietic capabilities. The explanation is based on two considerations: a) any word is made of reproducible vocal material, it can go « from mouth to mouth » and have a different positions in different discourses; b) the variation of lexical meaning is a consequence of such position switching. Thus, words have semiopoietic capabilities because they transit from a domain of discourse to another – each transition is allowed by the reproducibility of the vocal material. Consequently, semantic potentials are a dialogic inheritance of words included in the primary sensorial material they are made of.

11.3 Contextual encapsulations

Thanks to contextual encapsulations we have justified the implicit circularity of our mixed approach (semantic potentials + enaction). This circularity works in the following way : words are usable in different ways because they are endowed with semantic potentials deriving from their being used in different dialogical contexts. In short : words can be used in different ways because they are used in different ways. The hypothesis of contextual encapsulation allows such circularity as a natural possibility of enunciation : any word can encapsulate (or re-activate in the memory of interlocutors) its own prior contextual usage. Thus, the genesis of lexical meaning – and, in a broader sense, of dialogical meaning – is based upon the mnemonic retrieval (or importation) of already recorded usages. Hence the above-mentioned circularity and the semantic potentials as storage of prior contextual usages.

11.4 Open questions : plurivocity of use, discourse situation and dialogue

Our investigation has been based upon some notions considered as primary – or established. In particular, usage, discourse situation and dialogical context. For example, lexical polysemy has been defined in terms of a primary notion, which is to say, the usability of a word in many different ways. Something similar has been done with semantic potentials which, on the basis of contextual encapsulation, has been defined as storage of prior contextual usages. As for the « discourse situation » and « dialogic context », each of them have played an auxiliary role in clarifying all the crucial steps of the investigation : from the introduction of enactive grammars to the alternative versions of compositionality, from the criticism of the core-meaning myth to the study of decompositionality, up to the enactive reading of encyclopedia. And yet, « use », « discourse situation » and « dialogic context » are plurivocal concepts we have to clarify in the applications and the different approaches which have emerged in the philosophical/linguistic debate during the last years. In my essay, I have decided to bypass such questions and to trust in my reader’s intuition. Nonetheless, there are three questions related to the three notions I have described: 1) What do we mean with « use of a word » ? (see Medina, 2011); 2) what do we mean with « discourse situation » ? (see Maingueneau; 2002); 3) what do we mean with « dialogical context » ? (see Desclés & Guibert, 2011). These are open questions about fields of investigations and confrontations that, though not completely new, are generally unusual for the problems we have dealt with here. It will be up to future researches to find an answer. Conclusions are just a way to take a breath and go on.

 

Footnotes

1In French philosophical literature, we find an analogous expression in the early half of the last century. See Ricoeur 1975
2The word « decompositionality » is probably due to Rastier who, after using it, seems however not to give it much importance: « The analysis describes a reverse process to the one authorized and imposed by the compositionality principle, but in the passing fro the whole to the parts, such decompositionality does not offer nothing more than the inverse ones » (2003, 101).
3For a complete introduction to Peirce’s interpretant see Fadda 2013, 165-198.

L’expression entre expérience et physionomies du sens : éléments pour une phénoménologie sémiotique

1 | Le concept de «forme sémantique» : premier survol

La notion de forme sémantique a fait son apparition dans le champ des sciences du langage à une époque assez récente, au sein d’une linguistique que l’on pourrait qualifier – dans une acception très étendue – de textuelle. A l’apparence intuitif, le syntagme forme sémantique recouvre un double statut : d’une part, il semble jouer le rôle d’un simple outil descriptif, visant la reconnaissance des formes à partir de leurs dimensions méréologiques et mélodiques. D’autre part, avec la publication de l’ouvrage de Pierre Cadiot et Yves-Marie Visetti Pour une théorie des formes sémantiques (2001), la notion de forme sémantique devient le véritable concept pivot1 d’une théorie du langage et de la sémiose à vocation phénoménologique et dynamiciste, à la fois étroitement liée et prise dans un rapport dialectique avec la pragmatique post-wittgensteinienne, l’herméneutique textuelle et le refonte du structu­ralisme biodynamique de René Thom.

Parmi ceux qui font de la forme sémantique surtout un outil descriptif, c’est François Rastier (2001) qui – dans le sillage de la tradition structuraliste dont il s’affirme un héritier (bien que de façon critique) –, a reconnu que le champ problématique de la forme sémantique est construit à partir du thème, certes central, de l’identification et de la reconnaissance des unités. Comment reconnaît-on une forme ou une unité sémantique? Quels ordres ou niveaux de description de l’analyse linguistique implique-t-elle? Quels en sont les caractères définitoires et, par conséquent, les procès de constitution? La réponse réside pour Rastier dans l’élaboration d’une sémiotique des cultures de type textualiste et herméneutique. A la base de cette proposition – en résumant de façon quelque peu abrupte le propos du linguiste –, on trouve un double geste de refus théorique. D’abord, le refus de l’idée d’une compositionnalité universelle du sémantisme : le sens d’un morceau textuel, quel que soit son format de manifestation linguistique, se construit toujours selon des orien­tations contextuelles, de genre et d’interprétation pratique-pragmatique. On ne peut nullement concevoir la signification comme une simple structure reliant des procédures de juxtaposition ou composition d’une batterie d’élé­ments primitifs, à leur tour prétendument dotés d’un sens autonome et défini. Dès lors, une sémantique lexicale adéquate ne peut que rejeter toute hypothèse compositionnelle et son universalisme plus ou moins implicite selon les divers courants2.

Le deuxième refus concerne le contrepoint théorique du composition­nalisme, à savoir l’encyclopédisme infini et la nature labyrinthique du sens. Rastier a certes admis à divers endroits que le savoir linguistique peut avoir une dimension encyclopédique (cf. Rastier 1987, 251), car toute connais­sance lexicale encyclopédique peut représenter un interprétant sémique. En même temps, il en conteste la plausibilité épistémologique, conceptuelle et même descriptive. Le sens linguistique, ainsi que les unités sémantiques, ne peuvent pas être captés et décrits dans les termes d’objets en dérive continuelle et infiniment interprétables, au sein de contextes aux statuts opaques. Au contraire, le sens se réalise toujours dans un contexte défini, qui tout en ne coïncidant pas avec un assemblage d’éléments sémantiques primitifs, se présente néanmoins comme une classe ouverte mais définie, les taxèmes, «c’est-à-dire […] la petite batterie de mots (de sémèmes) composant l’univers perti­nent dans la situation (tex­tuelle, sociale, subjective» (Salanskis 2003, 166).

Selon Rastier, la problématique de la forme sémantique en tant qu’outil descriptif s’insère justement à ce point : si le sens résulte de l’intersection d’une dynamique singulière interne aux relations structurelles des langues et d’une activité pratique-herméneutique plurielle, agonistique et dialectique (mais non infinie ou à la dérive), le concept de forme sémantique permet de rendre compte de ces deux dynamiques complexes de composition de toute performance sémiolinguistique et sémiotique. En effet, d’une part, la forme sémantique exprime l’impossibilité de scinder structures et contenus dans les procès de construction textuelle ou sémiotique. De l’autre, et plus largement, la révision des notions de forme et d’unité sémantique dans un contexte inter­prétatif, permet de penser l’entrelacs du sens, de la praxis et du langage. Rastier souligne que la sémantique des textes montre les contacts que les parcours interprétatifs mettent en scène dans les différents plans du langage ; d’où en suit la possibilité non seulement d’affirmer la solidarité entre ces plans, mais de faire face au préjugé (millénaire) selon lequel le sens est in­dépendant des langues. Une approche sémiotique à la fois textualiste et herméneutique est donc obligée de penser aux concepts de forme sémiotique et d’unité sémantique en tenant compte de l’autonomie structurelle des langues et de la dimension intimement praxéologique des formes langagières. C’est dans ce cadre que s’avère nécessaire une innovation conceptuelle liée au problème de l’individuation, la construction, la stabilisation et les reconnaissances des formes. Comme l’a écrit Rastier :

au palier textuel comme aux autres, les unités résultent de segmen­tations et de catégorisations sur des formes et des fonds sémantiques, que l’on peut désigner du nom général de morphologies. Leur étude se divise en trois sections : liens entre fonds […]; liens entre formes ; et surtout liens des formes aux fonds, cruciaux pour l’étude de la per­ception sémantique (Rastier 2001, 65).

L’étude des morphologies nécessite une inversion méthodologique et thé­­orique. S’il est possible de décrire les unités par une multiplicité de rapports, de procès et de composants les constituant, il faut repenser aussi la notion de forme ou de Gestalt en un sens dynamique. En d’autres termes : parler de morphologies équivaut à parler de gestalts fluctuants et en évolution pérenne, se structurant selon une multiplicité d’éléments qui s’intègrent réciproquement, mais pas nécessairement dans une relation de type hiérarchique. On ne peut pas réduire la morphologie à sa seule dimension de construction géométrique et spatiale, comme proposé jadis par la linguistique cognitive californienne. Au contraire, l’unité émerge par un ensemble d’interactions différenciées de plusieurs composants dont les relations ne sont pas nécessairement hiérar­chisées mais plutôt des relations de synchronicité ou de simultanéité. Ainsi, l’analyse d’une forme sémantique peut passer par des stratégies descriptives diverses : i) une description paradigmatique à travers l’insertion dans un répertoire de formes ; ii) une description syntagmatique se focalisant plutôt sur la concaténation de formes (description syntagmatique) ; iii) une descrip­tion herméneutique, faisant émerger le résultat du parcours de constitution ou reconstitution de la forme ; ou iv) une description référentielle, qui sou­ligne, quant à elle, les tissus relationnels des formes linguistiques aux formes non langagières.

2 | La «théorie des formes sémantiques» entre phénoménologie sémiotique et herméneutique textuelle

Dès lors, la question du sens linguistique semble ne pas pouvoir faire l’économie des rapports avec l’insertion au sein des macro-dispositifs textuels d’une part et des pratiques interprétatives orientées selon les contextes de l’autre. La réflexion de Rastier a le mérite d’avoir entrevu la nécessité de reprendre le concept de forme pour en renouveler la puissance épistémo­logique et descriptive, à même de tenir ensemble les deux dimensions que l’on vient de mentionner (macro-textuelle et pragmatique). Pourtant, il reste rattaché à une logique souffrant des mêmes problèmes hérités du structu­ralisme linguistique. La notion de taxème, par exemple, demeure limitée par un destin compositionnel, malgré les efforts de Rastier. C’est dans ce contexte problématique de discussion autour de la linguistique textuelle et énonciative ou cognitive que la théorie des formes sémantiques (dorénavant TFS) prend pied. Pour Cadiot et Visetti, la TFS est un programme de recherche trans­disciplinaire, dont l’enjeu principal consiste dans un modèle phénoménologique de l’activité du langage, capable de rendre compte de l’expérience sémiogénétique. Ils envisagent deux nœuds problématiques à approfondir : i) l’entrelacs constitutif entre langage, langues et expériences sémiogénétiques, en focalisant le chiasme entre perception, sémiose et socialité du sens ; ii) l’élaboration et la description des parcours de constitution de formes propre­ment linguistiques. Il s’agit d’un cadre théorique qui insiste sur la reprise de thèmes de la tradition gestaltiste et phénoménologique, dont la finalité ex­plicite est la description en style phénoménologique de la valeur linguistique – que l’on peut saisir dans sa continuité avec l’expérience sensible et pratique, sans pour autant oublier les exigences descriptives de la linguistique textuelle et interprétative (Visetti & Cadiot, 2006). Ainsi, il deviendrait envisageable de décliner ensemble la logique de la singularité du phénomène (et de l’expérience) linguistique dans sa dynamique interne, et sa dimension plus textuelle, discursive, énonciative. Le concept de forme sémantique devient le pôle d’attraction de ces deux tensions constitutives de la linguistique : d’une part elle est une sorte de phénoménologie herméneutique de la singularité linguistique (l’acte de parole de la tradition saussurienne) ; de l’autre, elle est destinée à devenir une récognition des attestations textuelles, avec ses sédi­mentations formelles, expression de la productivité langagière humaine.

La TFS a l’ambition de proposer un modèle perceptif-constructif et praxéologique du langage, en mesure de comprendre celui-ci comme une activité de construction et de déformation constante de formes par des procès d’individuation, d’identification et de détermination d’ordre, tout au long de phases hétérogènes mais simultanées de stabilisation. Pour atteindre cet objectif, deux itinéraires méthodologiques et théoriques distincts s’avèrent nécessaires.

D’abord, une critique des approches immanentistes en linguistique (struc­turalisme, linguistiques énonciatives et cognitives) qui supposent que l’on puisse reconstruire l’activité de langage à partir d’une ontologie présumée des entités linguistiques. Dans ce genre de linguistique, certains usages linguis­tiques – dénominations, distinctions entre noms et verbes (reflex de la distin­ction ontologique entre substances et procès) seraient des éléments primitifs, i.e. des emblèmes de ce qui est originaire dans l’activité de langage. En pre­nant appui sur ce genre de conviction, les approches immanentistes pensent que la signi­fication constitue un format mental de représentation du réel, en postulant une césure nette (ontologique !) entre sens et référence, ou entre langage et réalité. En revanche, la TFS conçoit ces usages non pas comme des éléments primitifs de la praxis langagière, mais des stabilisations temporaires, résultant du travail constant de thématisation mise en œuvre par la conscience langagière. La thématisation est une activité de contact avec le monde que la conscience langagière met en place et, il s’agit, comme écrivent Visetti et Cadiot :

d’une dynamique de construction et d’accès à un posé, motivé et profilé linguistiquement, mais toujours plus pauvre ou plus riche que ces accès partiels. Soulignons qu’il s’agit d’un accès global, pris lui-même en tant que posé : donc une trace en construction d’un ensemble d’accès (de modes d’accès), avec l’enregistrement d’un posé à quoi l’on a accédé. La thématique comprend bien le thétique, par quoi nous entendrons ici l’extériorisation du posé, avec les modes d’individuation que cela peut à chaque fois impliquer. Mais elle ne se réduit pas à ce terme présumé, étant d’abord les thèmes qu’elle déploie, c’est-à-dire dans les formes de son propre passage en direction – sans doute – d’une extériorité dont il est impossible de dire à quel point elle commen­cerait exactement dans ce mouvement de sortie du langage (Cadiot & Visetti 2001, 138-139).

Du point de vue méthodologique, la procédure descriptive envisage non pas le repérage d’invariants linguistiques de tout genre, mais une mesure de l’extension d’usage des mots, pour en saisir l’instabilité constitutive, les ou­vertures plastiques et génériques qui font résonner le langage avec un horizon pratique et sémiotique en transformation constante. C’est sur ce fond de généricité instable que les formes linguistiques se déploient, afin de se stabi­liser et en même temps de se laisser rouvrir à de nouvelles déterminations. Comme nous l’avons écrit ailleurs avec Visetti et Piotrowski, il s’agit de penser les processus de signification comme des déterminations ouvrant non pas seulement sur des horizons de sens, mais aussi toujours à la recherche d’une reprise de nouvelles déterminations en attentes (Bondì, Piotrowski & Visetti 2016).

Le deuxième passage, plus constructif, de la théorie, consiste dans l’éla­boration du modèle. On va concevoir l’activité de langage comme une perception/construction de formes, puisque vie perceptive et vie linguistique exhibent, pour ainsi dire, une communauté d’organisation et une analogie constructive. Aussi, la TFS envisage de valoriser le fait que, au fond, derrière quelque chose qui se présente comme un ensemble de niveaux stables mani­festés dans les langues, se cache en fait une dynamique de déploiement et d’interaction entre divers régimes en coalescence. Donc, d’un côté il faut poser cette première question : de quelle façon peut-on comprendre le lan­gage comme activité de construction dynamique de gestalts sémiotiques, sans pour autant réduire le concept de Gestalt – comme en linguistique cognitive – à la seule dimension topologique et spatiale? De l’autre côté, il faudra reprendre la problématique du corps en tant que matrice de construction sémantique, dans le sillage de la tradition gestaltiste et phénoménologique, ainsi que comme lieu de l’union et du travail simultané de perception, action et expression. La phénoménologie (en particulier merleau-pontienne) sur laquelle nous prendrons appui, pense au corps comme toujours déjà capté dans une trame d’interrelations denses de signification ; la corporéité consti­tue une trame intentionnelle qui œuvre par reprises incessantes de ce qui a été déjà thématisé, par immersion dans les horizons et par les motifs qui y sont rattachés à l’état aléatoire, latent etc. En ce sens, la logique des formes séman­tique est une logique de l’expression, c’est-à-dire une théorie des temps et des dynamiques d’organisation, d’extériorisation et de reprise de l’expérience ver­bale elle-même. La TFS envisage ainsi de parvenir à une critique d’une série de problèmes et thèmes ayant empêché le développement d’une théorie dyna­mique du langage : la tension entre subjectivité du sens et partage inter­subjectif du sémantisme ; la distinction entre sens et référence ; la vision de la langue comme code etc. Au contraire, pour la TFS la langue est une saisie du monde et en même temps une saisie du discours d’autrui dans le monde : une pratique de co-expression dans lequel le rapport entre sens et référence s’articule comme une relation d’extension réciproque plutôt que de simple correspondance. Dans ce cadre, la notion d’expérience fait son retour au sein de la théorie linguistique elle-même, comme Cadiot et Franck Lebas l’ont remarqué :

non seulement les options phénoménologiques sont d’une grande compatibilité avec l’observation de toutes les strates et les dimensions du langage, mais encore elles livrent une solution générale au pro­blème de l’articulation sens-référence (…). L’essence de cette solution réside dans un retour à l’expérience : le monde est une constitution compatible avec l’expérience parce qu’il est constitué par l’expérience (Cadiot & Lebas 2003, 5).

La conséquence du point de vue théorique est un effort de reformulation de ce que veut dire la situation discursive concrète :

la solution générale de l’articulation sens-référence est alors énonçable avec une extraordinaire simplicité : les objets de la parole sont propres à l’activité linguistique en tant qu’ils sont en partie constitués par la dynamique langagière, mais sont aussi les mêmes que ceux auxquels le langage réfère. Ceci cesse précisément d’être paradoxal dès le moment que le réfèrent n’a d’autre essence que ses propriétés extrinsèques. Il y a ainsi, en contradiction avec les thèses ‘dualistes’, continuité entre le monde conçu par la pratique langagière et le monde conçu par les autres pratiques (Cadiot & Lebas 2003, 5).

Ainsi, comme observent les auteurs, il devient possible de résoudre l’arti­culation sens-référence, en constatant que

la signification se fonde dans, et est fondée par, les termes mêmes de la conceptualisation, dans le même temps que le langage redevient une pensée particulière, la parole une expression, la langue une pratique (Ibidem, 6).

On se focalise sur le lien profond entre l’activité de signification en tant que pensée, l’acte de parole en tant qu’expression et la langue en tant que pratique. Précisons cet aspect : si le rapprochement entre langue et pratique d’expression vise à construire une perspective linguistique orientée en un sens phénoménologique, il est nécessaire de mettre en relief les relations entre corporéité et dimensions langagières. Ce rapprochement permettrait en effet de cerner en même temps : i) la spécificité linguistique par laquelle on pourra formuler une hypothèse forte sur les relations entre faculté de langage et faculté perceptive ; ii) une spécificité linguistique qui traverse et perméabilise toute strate du langage, et sur laquelle on pourra construire l’idée de forme sémantique.

Aux antipodes de la langue-code, cette conception de la langue voit dans la production linguistique une expression corporelle particulière, et substitue à la notion d’interprétation celle d’une saisie de l’expres­sion d’autrui. La signification, par hypothèse fondamentalement trans­posable, c’est-à-dire indépendante d’un support objectivé, révèle au plan du système une polysémie généralisée. La polysémie n’est plus un ‘défaut’ du système linguistique, au contraire le langage devient inconcevable sans elle (Ibidem, 6).

3 | Activité dé langage, microgènese et physionomie de l’expérience sémiotique

Qu’en est-il de la faculté de langage dans ce programme de recherches? Il semble en effet que la problématique de la faculté de langage, travaillée au sein des recherches d’ordre cognitiviste, ne soit pas prise en compte, avec une sorte de désintérêt pour le statut du langage comme caractère spécifique de l’humanité. Les choses sont plus subtiles. La TFS, en effet, veut penser la construction du sens comme un procès en continuité avec la construction du sens perceptif, un supposant donc un primat de la perception, celle-ci étant comprise comme horizon de description de l’activité de langage. On ne veut pas comprendre le rapport entre faculté de langage et langues historiques et naturelles dans les termes d’une instanciation ou d’une application de règles, ni dans les termes d’un ensemble de connexions neuronales. Ce qui est intéres­sant aux yeux de la TFS, c’est la conception de la relation entre faculté de langage et langues dans les termes d’une relation dynamique/intentionnelle entre une activité corporelle (à la fois constructive et synesthésique) et l’émer­gence de formes particulières, dont le sens se stabilise et devient matière en circulation, réglant, contraignant et déterminant la vie relationnelle des agents sociaux. C’est dans cette dialéctique émergentiste que l’on approfondit la problématique du rapport entre faculté de langage et langues. Si la signi­fication est considérée comme l’objet principale de la théorie dans ses phases de construction, alors il faut comprendre la nature du corps perceptif pouvant donner vie à ce type de dynamiques. En effet, en décrivant les dyna­miques corporelles et intentionnelles de la vie linguistique, il est obligatoire de décrire aussi quel type de processus perceptif réalise cette perception linguistique/sémantique. La continuité établie entre perception et langage, qui permet de penser l’ancrage cognitif et corporel de l’activité linguistique, ne se borne pas – comme c’est le cas dans les linguistiques cognitives – à une perception spatiale ou spatialisante, mais esquisse une perception complexe, contrainte du point de vue culturel, et inglobant les dimensions temporelles, synesthésiques, évaluatives et praxéologiques. La description et la définition de la signification, la relation entre l’activité que la produit et les langues dans lesquelles elle se sédimente, sont relatives à ce complexe gestaltiste dans lequel il émerge dans toutes ses phases.

Le noeud philosophique de cette question est, en premier lieu, la nature multimodale de la Gestalt sémantique et sémiotique ; et, en deuxième lieu, la question de la signification en relation avec l’expérience linguistique : elle peut être vue comme une physionomie, dont la structure temporelle est micro­génétique. L’activité de langage, par conséquent, se profile comme une struc­ture perceptive-anticipative. Si l’intérêt théorique est donc la description de l’activité de langage comme une perception/construction de formes, le premier objectif est l’identification et la spécification du concept de forme. Par forme nous entendons une unité organisée, contrainte par certaines pro­priétés particulières: i) une organisation a lieu toujours au sein d’un champ, dont la dimension spatiale n’est pas fondamentale pour son extériorisation; ii) elle se déroule par des degrés d’individuation et de localisation très variables; iii) elle correspond aux modes d’unification qualitatifs et praxéologiques, et non seulement morphologiques et de position; iv) la forme se différencie selon des dynamiques de constitution à des strates multiples, en organisant de l’intérieur les dynamiques déployées et extériorisées dans l’espace-temps.

Que se passe-t-il donc lorsque nous comprenons un énoncé? Quels sont les strates qui s’activent? Ou, puisqu’il s’agit de strates simul­tanées, quel est le domaine qui apparaît comme le plus pertinent dans la compréhension/ production du sens? La compréhension d’un énoncé se met en place, dans cette perspective, dans les termes d’une capture physionomique du sens. Qu’entend-t-on par physionomie? En suivant les suggestions de Köhler et les réflexions de Werner, nous entendons par physionomie la dimension propre­ment expressive des formes perceptives et perceptives-sémiotiques. Percevoir une signification veut dire dans notre discours saisir l’animation intérieure d’une forme perceptible et disponible dans l’espace externe des échanges continus. La dimension physionomique concerne la perception de la globa­lité de la forme – sans pour autant se contenter des configurations morpho­logiques – et en même temps la compréhension de l’intentionnalité que chaque élément porte en soi. Concevoir les structures performatives de l’échange linguistique en tant qu’expressions animées veut dire chercher à en repérer les processus internes de constitution, à savoir ses régimes ou ses phases d’organisation. Mais, du point de vue de l’idée de sémiose que l’on veut développer, la perception d’unités physionomiques, telles que les perfor­mances sémiolinguistiques, implique l’expressivité et l”intériorité animatrice – que nous avons appelé ailleurs intentionnalité des mots (Bondì 2012) – comme mode principal de constitution des formes. La perception sémiotique est une perception physionomique qui exige la co-présence d’un champ et d’objets pratiques générant des modes d’individuation du sens, à partir de cet horizon complex de l’action langagière. Si nous percevons le feu, par ex­emple, on ne se limite pas à voir le phénomène thermique et lumineux de combustion de certaines substances (forces cinétiques et configurations morphologiques), mais aussi – et de façon concomitante et pas sécondaire – en tant que flux de chaleur, violent, déstructeur, génératif, palpitant de couleurs dansantes, fascinant etc. L’ensemble de ces qualités actives et dyna­miques constituent la physionomie du feu. Elle est la condition d’une perception multimodale, synesthésique et simultanée du feu : c’est à l’inté­rieur de ce processus de perception simultanée qu’advien­nent les dynamiques de déploiement du sens. Or, l’activité perceptive constitue un ensemble d’actions, dans lesquelles ces propriétés s’anticipent réciproquement : chaque action constitue un motif générique pour l’autre. Toute formation, par consé­quent, anticipe des aspects latents, qui peuvent (ou non) être déjà présents au niveau potentiel dans la physionomie. En élargis­sant le strate perceptive jusqu’à y englober l’activité linguistique et l’organi­sation sémantique, on assiste à un processus semblable dans la constitution du signifié, qui ne se construit pas via des composants qui s’additionnent, via des traits plus ou moins minimaux, ou via des protoypes ou sens référentiels supposés pre­miers ; le signifié ressemble plutôt à la physionomie du mot, à savoir à la globalité de ses potentialités expressives. Recourant à une méta­phore quelque peu abusée, on pourrait dire que le signifié est l’expression d’un visage. L’animation intérieure d’un visage en reprend sa généricité, en anticipe des profiles et des dimensions du motif visuel et, ce faisant, elle crée un parcours d’individuation et de spécialisation
de telle expression, de telle singularité expressive. Il est en de même pour l’émergence du signifié linguis­tique. Il est la singularisation ou, mieux, le résultat d’un processus génératif qui en partant de motifs plus génériques et instables monte vers les individu­ations des formes. L’animation expressive de ces formes, en couplant toutes les dyna­miques pratiques et sémantiques dont elle dispose, doit en quelque sorte rester dans l’ombre, ou à l’horizon, en obtenant le statut de champ co-génératif du signifié émergent. Ainsi, ces dynamiques peuvent demeurer opération­nelles dans la construction de ce singulier perçu/signifié. La méta­phore du visage, aussi banale soit-elle, souligne le chiasme originaire et para­doxal du rapport entre perception et signifié : une dimension perceptive et construc­tive de l’activité de construction et une perceptibilité immédiate du sens. Ce chiasme permet de penser à la faculté de langage : loin de la concevoir comme un module cognitif, elle devient une activité polymorphique de constitution symbolique – où par symbole nous entendons des formes sémantiques. Les formes sémantiques sont des formes dont l’animation expressive intérieure garantit le mouvement, le jeu anticipatif et transformatif, c’est-à-dire la dynamique d’activité formatrice et en même temps de milieu constitué dans lequel les sujets parlant agissent. Puisque les langues, en tant que formes sémantiques, possédent ce double statut – activité de formation et réseau fourmillant de point d’appui et de déplacement qui garantit l’insta­bilité et la stabilisation des formes – la faculté de langage ne peut pas être un module cognitif, externe à cet ensemble d’activités morphogénétiques.

Il reste un dernier aspect qu’il est important de souligner pour rendre compte de ces gestes discursifs que sont les formes sémantiques : c’est le pro­blème de la temporalité, qui soutient la dynamique à strates multiples que l’on vient d’évoquer. Il s’agit d’une temporalité que l’on doit comprendre au sein de la théorie microgénétique des phases d’organisation des Gestalts. Comme nous le rappelle Victor Rosenthal (qui en a redéfini dans les années récents les contours théoriques) la microgenèse représente le développement à l’échelle du présent d’un perçu, d’une expression, d’une pensée ou même d’un objet de l’imagination. La microgenèse, en effet, peut être conçue comme l’émer­gence de l’expérience immédiate en tant que phénomène dont les antécédents procèdent d’une dinamyque de différentiation génétique. En fait, toujours selon Rosenthal, tout processus de perception et d’expression se déroule dans le temps présent par un processus microgénétique de différenciation et de développement (Rosenthal 2004, 16). La microgenèse décrit l’expérience perceptive non plus dans les termes d’un flux d’information ou d’intégration d’éléments qui intéragissent, mais en dévoilant la structure dynamique du présent et de son intrinsèque temporalité. Elle permet de montrer la nature de déploiement progressif et en même temps immédiat du sens. Chaque expé­rience immédiate porte en soi les germes de ce dont on aura expérience et dont la teneur s’annonce de façon latente et insuffissament déterminée. Le déploiement progressif dont parle la microgenèse propose un parcours qui, afin de décrire la constitution d’un objet d’expérience, oscille entre la géné­ralité catégoriale et indéfinie d’une part et la spécification constante par les différentes thématisations qui font émerger l’objet selon la typologie de l’expé­rience d’autre part. La microgenèse peut décrire l’émergence d’une expérience immé­diate dans les termes d’un développement : l’hypothèse de base, discutable mais suggestive, est une analogie entre le parcours ontogénétique d’un indi­vidu et le parcours microgénétique, c’est-à-dire une multiplicité de syntaxes micro-temporelles coexistantes dans le présent de l’expérience et réglant la «vie» même de l’expérience en question. En tant que processus de construction dynamique des formes, la microgenèse dépend de la dynamique psycho­génétique des processus biologiques dont la durée est extrêmement variable. C’est pour cela qu’elle suppose une intuition continuiste du champ de l’expérience, et elle est conçue comme une processus vital dont la dynamique génère le couplage structurel entre organisme et milieu. La microgenèse, donc, est la modalité temporelle constitutive de l’émergence des formes : un procès de co-constitution entre forme et champ en mesure de faire sens.

Faire sens, dans la perspective adoptée ici, est toute activité propre d’un processus cognitif/perceptif, où forme et champs se déployent l’un en relation à l’autre au sein d’une dynamique temporelle de différenciation graduelle et de stabilisation. La description des totalités organisées (ou formes séman­tiques) est alors à examiner dans la perspective des tensions qui en règlent le développement. Dans le contexte d’une théorie du langage, la microgenèse est un outil pour comprendre les aspects de solidarité entre l’architecture morphologique de l’objet linguistiqus d’expérience, le sens – c’est-à-dire la production de pregnances reconnaissables et utilisables dans les actions d’échange symbolique – et les valeurs, à savoir les différence particulières que les parcours de sens locaux assument dans des contextes spécifiques. La micro­genèse, en conclusion, représente la variante ou l’élargissement de la notion de forme ; elle en récupère les aspects phénoménologiques, jusqu’à une époque récente peu considérés en théorie linguistique.

En effet, la forme, ainsi entendue, invite à considérer à nouveau les rapports entre vie linguistique et vie perceptive, à retenir l’une en continuité avec l’autre, parce que la microgenèse permet de tenir ensemble la dimension génétique de l’expérience et sa simultanéité structurale. Une forme n’est pas en soi porteuse de significations propres, mais elle est constamment modulée par des tensions thématiques du champ : pour cette raison, la structure ancitipative de sa constitution met en crise l’idée qu’il est possible de repérer des points d’arrêt ou des points de commencement. On ne voit pas le début et la fin d’un processus morphogénétique en sciences du langage, mais un continuum morpho-praxéologique. La structure continue de la microgenèse – une multiplicité de processus locaux intéragissant dans une structure glo­bale, comme par exemple un énoncé – se traduit en une modulation conti­nue des formes et en une individuation d’unités dans le champ. Dans ce processus, le langage en tant qu’activité constitue une forme particulière d’anticipation systémique sur la perception, une individuation exceptionnelle qui ouvre les infinies possibilités de sens que le langage prospecte. Citant le phénoménologue Bernard Waldenfels, Rosenthal et Visetti écrivent :

l’expérience n’est pas tout à fait muette, puisque nous lui trouvons un sens ; mais elle n’est pas d’elle-même éloquente, puisqu’il faut la dire. Or l’expression linguistique est un phénomène paradoxal : elle prétend s’appuyer sur une antériorité du phénomène qu’elle signifie, mais elle antidate ainsi son processus, en s’attribuant toute entière à un passé pré-langagier. Si l’on admet, à l’inverse, que la parole fait exister ce qu’elle profère, les formes non immédiatement langagières de l’ex­périence ne peuvent en être que des motifs, et non des fondations. Le temps local de l’expérience que l’on cherche à dire ne trouve alors ses articulations qu’en s’intégrant au temps global d’un mouvement d’ex­plicitation (Rosenthal & Visetti 1999, 214).

La nature paradoxale de l’activité de langage réside dans sa continuité pro­fonde avec la structure temporelle de l’expérience (perceptive et langagière). Le modèle microgénétique de l’expérience comporte une logique génétique de la progression dans la différenciation, une gradation qui permet de saisir la signification comme une physionomie hautement complexe et que la parole appelle, évoque, anticipe, mobilise et stabilise sans arrêt. Et cela tout en demeurant ouverte aux innovations que l’on ne saisit pas explicitement dans les motifs à l’œuvre de façon plus ou moins latente. La signification, en som­me, représente l’expression animée d’une gestualité perceptive corporelle et multi­dimensionnelle. La vie perceptive et la vie linguistique sont deux univers qui renvoient toujours à un corps-au-monde, toujours tramé dans les réseaux intentionnels des dynamiques microgénétiques se manifestant dans les phases de thématisation. Vie linguistique et vie perceptive sont donc expressives dans la mesure où elles se fondent sur une dynamique génétique orientée vers un à-venir, lisible dès le moment de l’émergence des figures, qui anticipent au sein des horizons leurs métamorphoses. Mais c’est l’émergence des figures elle-même qui devient horizon pour des nouvelles expressions inépuisables, que l’on peut idéalement toujours inscrire dans la pratique lin­guistique, sans s’y réduire. Les formes sémantiques, alors, formes linguistiques de l’expérience, se trouvant et bougeant dans un milieu sémiotique dont elles forment le tissu, ne constituent pas des assemblages d’unités pré-données, mais sont à com­prendre à partir de l’intégration réalisée par leur microgenèse, dans une diffé­renciation génétique paradoxale du champ de l’expérience. C’est Merleau-Ponty, dans la Prose du Monde, qui résume et ouvre le sens de la dynamique perpetuelle des formes et sa logique de l’expression :

l’expression n’est jamais absolument expression, l’exprimé n’est jamais tout à fait exprimé, il est essentiel au langage que la logique de sa construction ne soit jamais de celles qui peuvent se mettre en concepts, et à la vérité de n’être jamais possédée, mais seulement transparente à traver la logique brouillée d’un système d’expression qui porte les traces d’un autre passé et les germes d’un auter avenir (Merleau-Ponty 1984, 59).

Restent ouvertes maintes questions liées à l’elaboration d’une phénomé­nologie sémiotique, qui veuille prend au sérieux le défi structuraliste selon lequel ce qui fait signe se configure comme tissu relationnel diversifié, orien­tant nos narrations et nos liens sémantiques au monde. Mais il temps de prendre congé du lecteur : une prochaine étape d’écriture s’annonce

 

Footnotes

1 Concept oserais-je dire, au sens que Deleuze et Guattari confèrent à ce mot : un appareillage capable de se laisser transposer à travers différents domaines et de capturer toute une cartographie et une stratigraphie des potentiels du phénomène considéré.

2 Ex.: les théories des champs lexicaux au sein d’un certain structuralisme des années 1960-1970 ; le compositionnalisme provenant de la philosophie analytique contemporaine et même le compositionnalisme gestaltiste.

Phénoménologie et sémiotique : deux approches complémentaires du sens

1 | Phénoménologie, structuralisme et sémiotique

Apparier, pour les comparer, la phénoménologie et le structuralisme prête le flanc à des objections gnoséologiques. Quand même leurs contours admet­tent un certain flou de part et d’autre, on saurait difficilement mettre sur un pied d’égalité un projet disciplinaire comme s’est pensé la phénoménologie à partir de Husserl et le dessin interdisciplinaire, composé après coup, qui a rassemblé dans le structuralisme des pensées inspirées par des éléments de méthode issus de la linguistique structurale. Certes, on a pu faire corres­pondre la figure doctrinale du structuralisme avec un paradigme théorique au sein de l’histoire de la linguistique elle-même1, mais l’on voit bien combien le point de vue rétrospectif commande ici.

Si le dessin interdisciplinaire du structuralisme a pu se concrétiser sous forme de projet disciplinaire, c’est au bénéfice de la seule sémiotique2, tout au moins de cette partie de la sémiotique connue, dans les milieux anglo-saxons, comme «sémiotique structuraliste» (Sonesson 2015, 42). Toutefois, entre structuralisme et sémiotique, le lien n’est pas de coalescence, et bien des sémioticiens se déclarent désormais «poststructuralistes», soit qu’ils enten­dent rompre avec le structuralisme (par exemple, Jean-Claude Coquet3), soit qu’ils prétendent le dépasser (par exemple, Jacques Fontanille4).

On ne saurait toutefois substituer simplement la sémiotique au structura­lisme dans la comparaison avec la phénoménologie. Les chronologies res­pectives de la phénoménologie et de la sémiotique ne s’ajustent guère. En outre, ce serait prendre aussitôt le risque de donner à cette comparaison l’allure d’une confrontation. Selon Karl-Otto Apel (1978), en effet, le projet de philosophie première, en tant qu’organisation du savoir (sinon en tant qu’organisation du monde lui-même), a connu trois paradigmes : d’abord, un paradigme métaphysique développé par la philosophie grecque jusque dans les commentaires de la Renaissance ; ensuite, un paradigme épistémologique, «de Descartes à Husserl»5 ; enfin, un paradigme sémiotique venant supplanter, ou du moins ayant eu la prétention de le faire, le paradigme épistémologique ; selon ce dernier paradigme, la signification première et dernière réside dans le langage, voire dans le discours. Apel, avec cette proposition audacieuse, sinon outrée, d’une sémiotique considérée comme philosophie première ne visait pas particulièrement, il est vrai, la sémiotique structuraliste et poststructura­liste ; au contraire, il faisait (généreusement) concourir Frege, Wittgenstein, Peirce et Saussure au projet d’une sémiotique «transcendantale» (terme curieusement emprunté à la phénoménologie pour servir au prétendant de sa destitution). Il n’empêche que certains, parmi les poststructuralistes, ont entendu cette proposition et ont poursuivi son argumentation (notamment Parret 1983 et, plus récemment, Beividas 2015a).

Ce n’est pas dans cet esprit que l’on cherche ici à préparer une rencontre entre la phénoménologie et la sémiotique structuraliste et poststructuraliste. Plutôt que de considérer qu’une telle rencontre ait déjà eu lieu, nous postu­lons qu’elle tarde à advenir, quoique la revue Metodo lui ait récemment consacré un volume (Bondí & La Mantia 2015). La formulation d’une telle hypothèse est servie par le constat de Sonesson (2015) : les phéno­ménologues, dans leur ensemble, lisent peu les sémioticiens, et pas davantage ne lisent-ils les linguistes ; quant à la connaissance que les sémioticiens peu­vent avoir de la phénoménologie il faut reconnaître qu’elle demeure souvent superficielle.

On peut déplorer cet état de choses mais aussi chercher à en déterminer quelques raisons. La plus évidente consiste dans la diversité, sinon l’hétéro­généité, de ces champs disciplinaires. Il y a sans doute autant de phénoméno­logies que de phénoménologues, et le compte est analogue pour la sémiotique et les sémioticiens. On peut souligner à cet égard le fait que Denis Seron (2001, 168), dans son Introduction à la méthode phénoménologique, parle des disciplines phénoménologiques et qu’on trouve sous la plume de Piotrowski & Visetti (2015, 75 n. 3) la même syntaxe au bénéfice des disciplines sémiotiques. Ce qui est donné à lire (et à croire) par ce pluriel disciplinaire est que les projets respectifs de la phénoménologie et de la sémiotique visent à étendre leurs réalisations sur des domaines de savoir susceptibles d’auto­nomie (quoique accordés entre eux), correspondant chacun, en gros, à une discipline scientifique. Entrevoir la possibilité d’un dialogue entre la phéno­ménologie et la sémiotique invite, ce nous semble, à tenir compte de ce caractère programmatique qui leur est commun, au lieu d’être nécessairement basé sur des «encouragements» de type historique signalant la rencontre entre tel phénoménologue et tel sémioticien.

Il faut pourtant mentionner que si les sémioticiens se disent désormais poststructuralistes, ce n’est pas seulement pour suivre le mouvement des modes théoriques en linguistique ; c’est aussi parce que ces sémioticiens dits de «l’école de Paris» ont fait une rencontre décisive qui les a amenés à remettre en cause certains postulats liés à la méthode structurale. Cette ren­contre est, justement, celle de la phénoménologie, au point que l’on parle, dans l’histoire de la sémiotique, d’un «tournant phénoménologique» (Pano­setti 2007, 22 n. 21 ; Beividas 2012, 709). Certes, ce n’est pas avec la phénoménologie transcendantale de Husserl que cette rencontre s’est faite, plutôt avec la phénoménologie toute hylétique de Merleau-Ponty. Les sémio­ticiens y sont allés chercher des qualités propres au sujet, à la subjectivité : les modalités, les passions du corps, les vecteurs de la sensibilité. Leur intérêt a été encouragé par celui que Merleau-Ponty a eu pour le langage et pour les thèses structurales. D’aucuns observeraient un échange de bons procédés : la sémiotique se serait «phénoménologisée» dans le moment où la phénomé­nologie s’est penchée sur le langage. Deux objections nous dissuadent d’y voir la consécration du dialogue attendu. Primo, la phénoménologie du langage n’est pas toute la phénoménologie, seulement un domaine spécialisé de celle-ci, et ne modifie pas en profondeur son projet. Ce serait tout autre chose si s’était imposée une phénoménologie langagière (et non plus transcendantale) des actes intentionnels. Secundo, la sémiotique acquise à la phénoménologie merleau-pontyenne ne s’est jamais intéressée aux signes et, somme toute, très peu aux langages au sens où Saussure les avait définis, c’est-à-dire comme systèmes de signes. La sémiotique parisienne se préoccupe de la signification des textes, plus précisément de la textualité présente dans les textes, pour la raison que cette signification échappe, pour une large part, à la visée des lin­guistes et aux moyens que ceux-ci mettent en œuvre pour saisir les signifi­cations langagières. Le programme d’extension qui a conduit les sémioticiens à s’attacher à l’analyse d’énoncés non verbaux (images de toutes sortes, pièces de musique, expériences gustatives, jusqu’aux «scènes de la vie quotidienne») repose d’ailleurs, non sur une qualité sémiotique commune (en tant que «signes», suivant la sémiotique peircienne, ces énoncés sont tout sauf équivalents), mais bien sur une homologie de fonctionnement des signi­fications. À ce titre, la sémiotique n’aurait donc plus aucune «monnaie d’échange» à offrir aux phénoménologues.

2 | Deux essais sémiotiques de philosophie première

Cependant, même au sein de ce courant sémiotique poststructuraliste, tirant une grande part de son inspiration de la pensée phénoménologique et attaché à l’analyse de textes, d’images, de pièces de musique et, plus géné­ralement, de toutes les formes de pratiques socio-culturelles, il reste un désir d’en découdre avec le projet fondationnel réservé à la philosophie première.

Ce que le sémioticien semble chercher à revendiquer, c’est le primat de la sémiose, quoi qu’on entende exactement par là — de fait, ce n’est pas clair et la notion varie d’un auteur à l’autre. Deux entreprises ont encore évolué récemment dans cette direction.

La première est celle du Groupe µ, comme elle s’est fait connaître dans une forme achevée par la parution en 2015 d’un ouvrage au titre ambitieux, bien fait pour remplir la prétention à une philosophie première : Principia semiotica. Sans doute le Groupe µ marque-t-il ses distances avec le projet structuraliste de la sémiotique, la rupture s’affichant avec la revendication d’une étiquette «cognitive». Il n’empêche qu’il hérite de questions ou thèses structurales, en particulier celle de la négativité à l’œuvre dans la sémiose. Un des objectifs de l’ouvrage consiste ainsi à réconcilier négativité (ou différence) et positivité sur la base d’une physiologie de la perception6.

L’incipit du chapitre II, intitulé «L’origine et la nature du sens», se montre non moins ambitieux que le titre général et l’explicite :

Telle est la spécificité de notre démarche face au problème de l’Aufbau. Si le philosophe pouvait dire être c’est être perçu (ce qui suppose qu’il y a une instance perceptive) les acquis de la physiologie de la perception permettent d’ajouter : percevoir c’est sémiotiser (ou, au mode passif : être perçu c’est être sémiotisé). Et donc de conclure l’enthymème : être, c’est avoir du sens (Groupe µ 2015, 74).

Quelques observations à propos de ce passage : l’auteur y pratique l’allu­sion philosophique (notamment par ce terme allemand d’Aufbau que rien n’est venu préparer). Tel est bien en effet l’horizon des thèses avancées, mais cet horizon demeure vague et lointain. Jamais l’auteur ne s’avance sur le terrain d’une discussion proprement philosophique. Sur une bibliographie abondante (courant sur plus de vingt pages), on ne trouve mentionnés que quelques rares philosophes ; par ordre alphabétique : Bachelard, Carnap (dont le titre cité contient justement ce terme d’Aufbau), Cassirer, Merleau-Ponty deux fois (Phénoménologie de la perception et Le visible et l’invisible), Peirce, Popper et deux fois Whitehead, soit moins de dix références. Pourtant le type de difficultés qui, dans le passage cité, intéresserait un philosophe (par exemple un phénoménologue husserlien) saute aux yeux : le remplissement du supposé enthymème conduit à tenir pour équivalent être sémiotisé et avoir du sens ; mais la forme active du premier terme, sémiotiser, manque d’un correspondant clair qui rendrait actif le second ; serait-ce signifier ou plutôt faire signifier ?

Dans la suite de l’ouvrage, le Groupe µ parcourt méticuleusement les étapes qui enchaînent la perception (d’un «stimulus», écrit-il) à la connais­sance, sans jamais mentionner le précédent husserlien, pourtant dédié exacte­ment à la même entreprise. Ce parcours est celui de la sémiose — un avatar du logos ? —, plus exactement de l’anasémiose, puisque l’auteur considère que l’explication exhaustive de ce parcours implique qu’on prévoie un mouve­ment inverse allant de la connaissance à la perception, sans remarquer, là encore, que la phénoménologie transcendantale, science de la conscience, représente selon Husserl un départ analogue pour la constitution des sciences (de la perception).

On le voit, l’entreprise sémiotique de philosophie première double ici, comme une parallèle floue (selon l’expression heureuse de Claudine Normand [2012, 6]), celle conduite au début du siècle précédent par la phénoménologie.

Le second travail que l’on voudrait brièvement rapporter est celui d’un sémioticien brésilien, Waldir Beividas, qui, quant à lui, s’inscrit pleinement dans le projet de la sémiotique «parisienne» — «greimassienne et post­greimassienne», comme on la nomme parfois aussi. L’hypothèse théorique semble radicale et s’oppose cette fois directement au projet phénoméno­logique, du moins dans sa variante merleau-pontyenne : il s’agit de récuser le primat de la perception. Pourtant, aussitôt que posée, l’hypothèse reçoit des paraphrases et des conditions d’énonciation qui lui font perdre beaucoup de son tranchant polémique, au point qu’on ne voit pas ce qui l’empêcherait d’être accueillie parmi les commentaires phénoménologiques contemporains. Celle-ci s’appuie du reste sur une «nuance philosophiquement décisive» énoncée, dans des termes husserliens, par Bachelard au premier chapitre du Rationalisme appliqué, nuance selon laquelle il y a une «primauté de la réflexion sur l’aperception, rien moins que de la préparation nouménale des phénomènes techniquement constitués» (Bachelard 1949, 103 ; cité par Beividas 2015, 177). En lieu et place de la perception, Beividas propose ainsi de mettre la «sémioception», c’est-à-dire une perception opérant à travers les catégories du langage verbal. Ce faisant, il n’entend pas quitter le terrain de l’épistémologie, à l’image de ses maîtres à penser (Saussure, Hjelmslev et Greimas), c’est-à-dire qu’il évacue toute question ontologique, de sorte que son hypothèse paraît somme toute moins radicale que celle du Groupe µ7.

Dans les deux travaux sémiotiques qui viennent d’être évoqués, on observe donc bien des velléités d’intervention sur le terrain de la philosophie première, celle qui sert de fondation à la connaissance et à la réalité perçue, mais cette intervention est animée par des prétentions disciplinaires plutôt polémiques et biaisée par diverses formes de dénégation à l’égard des posi­tions philosophiques antérieures, en particulier à l’égard de celles développées par les phénoménologues. On en revient ainsi au constat d’ignorance et de mécompréhension qui se sont durablement établies entre la veine structura­liste (ou poststructuraliste) et la veine phénoménologique, alors même qu’une rencontre entre sémioticiens et phénoménologues ne manque pas de pré­textes et d’intérêts communs.

3 | Questions de définition

On souhaiterait que la rencontre entre la sémiotique et la phénomé­nologie, au lieu d’être marquée par des oppositions plus ou moins fondées, soit à la recherche de convergences et de complémentarités. Or qui dit convergences suppose un cadre dans lequel les convergences peuvent se faire reconnaître. Un lexique commun, auquel on accorde, sinon des définitions équivalentes, du moins un intérêt égal peut constituer un tel cadre.

Les sémioticiens doivent tirer au clair les prétentions qui sont les leurs. Les postulats épistémologiques et les questions ontologiques ne sont pas inter­changeables. Lorsque, par exemple, le Groupe µ, déclare qu’être, c’est avoir du sens, il entend bien avancer une proposition épistémologique que leur ouvrage argumente pas à pas, mais il évacue la question ontologique de l’être, c’est-à-dire la recherche propre au sens de l’ «être» : dans quel sens d’être être équivaut-il à avoir du sens ? La question importe beaucoup aux yeux du philosophe mais demeure inaperçue du sémioticien.

Hjelmslev avait pourtant fait un pas en vue d’une formulation qui rendrait cette question ontologique intelligible dans le cadre de sa théorie du langage. Il avait avancé la triade forme – substance – matière, réservant les deux premiers termes aux formes de l’être dans la connaissance tandis que le troisième est, sinon préalable à la connaissance, du moins visé comme tel par elle8. Toutefois, la reprise de ces concepts hjelmsléviens par les sémioticiens n’augure pas qu’ils aient suffi à rendre plus apparente la question ontologique soulevée par la connaissance du langage. En effet, ces concepts ont été constamment rabattus sur une conception trivialement réaliste, selon laquelle matière et substance ne sont d’ailleurs plus nécessairement distingués.

On aimerait que les phénoménologues de leur côté se montrent plus scru­puleux de l’extension accordée aux concepts philosophiques. À brasser trop large, le risque est pris en effet que la définition de certains concepts ne soit plus soutenue par l’usage ordinaire alors même que les termes qui ont charge de les désigner dans le discours philosophique sont empruntés à la langue commune, tels langage, expression ou signification.

Pour ce qui est du langage, l’analyse a montré qu’il est abusif de parler de «langage formel» ou de «langage mathématique» si par là on laisse entendre que ces supposés langages fonctionneraient de manière analogue et pour des raisons similaires aux langues (dites, par contrecoup, «naturelles», bien que les langues ne se rapportent nullement à la nature et que c’est au contraire en elles et par elles que quelque chose peut reculer en deçà de l’état de nature). Beividas (2015b), que nous rejoignons complètement sur cette question, a mis l’emphase sur le principe de l’arbitraire tel que Ferdinand de Saussure a essayé de le formuler en vue de la compréhension du concept de langage — essayé seulement, car beaucoup reste à faire pour une élucidation com­plète. C’est en vertu du principe de l’arbitraire que la langue est constituée de formes qui ne sont ni des idées ni des catégories, bien que ces formes connaissent un fonctionnement propre dans l’esprit humain, indépendant de leurs manifestations sensibles multiples. Ces manifestations, prises une à une ou dans leur ensemble, rendent compte «imparfaitement» des propriétés de fonctionnement des formes de langage, une à une isolément ou reliée à toutes les autres, comme il en est des manifestations empiriques, tracées sur une feuille de papier ou incarnées dans la surface d’un objet matériel, de l’objet singulier que représente, par exemple, le concept de triangle chez Husserl9.

De même, le concept d’expression (Ausdruck, chez Husserl, mais aussi chez Wittgenstein) paraît également dévoyer le sens usuel en attribuant à un objet (un signe, une proposition) le pouvoir d’exprimer quelque chose ; celui-ci n’en fournit que le moyen10 car seuls les êtres à qui l’on prête une intention­nalité sont ordinairement capables d’un acte d’expression. Le fait remar­quable, au demeurant, est qu’en exprimant quelque chose, toujours et inévitablement, ces êtres s’expriment par la même occasion. La conjonction de la réflexivité et de la transitivité est définitoire de l’expression et mériterait d’être conservée dans toute conception philosophique soucieuse d’un monde commun.

Pour ce qui est de la signification ou, plus largement, du sens, les choses sont plus embrouillées encore car les distinctions savantes imprègnent désor­mais l’usage ordinaire de ces mots. Dans tous les cas, la question de leur extension semble déterminante, et en cela cette extension est problématique. Si l’extension accordée à la signification est constitutive de son concept, alors son intelligibilité dans le discours philosophique, comme d’ailleurs en sémio­tique, demeure très en deçà des fonctions qui lui sont imputées ; cela est également valable pour le sens. Est-ce toujours selon le même concept de signification (ou de sens) que l’on décrit, en phénoménologue ou en sémio­ticien, les phénomènes psychiques, les actes intentionnels, les expériences vécues, les œuvres artistiques de toutes disciplines, les pratiques culturelles ? Un grand nombre des discussions théoriques qui animent ces disciplines tournent précisément autour de cette question mais prennent rarement le risque d’une mise à plat.

4| Convergences

De même que des convergences se donnent à comprendre à l’intérieur d’un cadre commun, des complémentarités peuvent être établies sur fond de convergences11. Ces convergences peuvent toutefois être nuancées par des dif­férenciations secondaires, touchant au contexte ou à l’aspect. Nous pointons dans les paragraphes qui suivent quatre motifs de convergence entre l’app­roche phénoménologique (comme elle se trouve instanciée chez Husserl) et l’approche sémiotique : la description, la réduction, la variation et l’analyse qualitative. Ces quatre motifs, articulés dans l’une et l’autre disciplines sous la forme d’une méthode, permettent alors de discerner des différences plus générales, peut-être aussi plus fondamentales, par lesquelles on voudrait assigner la phénoménologie et la sémiotique à des tâches complémentaires. Cette complémentarité sera observée d’une part à l’égard des objets, d’autre part quant aux descriptions.

Description. — La phénoménologie et la sémiotique convergent quant à l’horizon descriptif de leur approche. Il y a deux façons de mettre en valeur cet horizon, et toutes deux sont applicables autant à la phénoménologie qu’à la sémiotique. D’un côté, un horizon descriptif oblige à admettre que ces disciplines ont un objet qui ne soit pas strictement formel12, au contraire de la logique formelle et des mathématiques pures. D’un autre côté, cela signifie également que la saisie descriptive de ce type d’objet trouve à s’opposer à d’autres : normative, explicative, interprétative, applicative, etc. Il convien­drait d’expliciter soigneusement les fonctions attribuables à chacune de ces saisies. On risquerait toutefois de se trouver devant un jeu inextricable d’arguments théoriques contradictoires. Le constat d’une pluralité des saisies, avec les tensions épistémiques qui sous-tendent leur différenciation, doit suffire ici et permettre d’indiquer, au moins par la négative, comment se profile la saisie descriptive. Une description se signale par une (au moins une) forme de retrait : la description d’un objet n’est pas tout l’objet et elle n’est pas non plus tout ce qu’on peut en dire ou en faire dans une pratique de connaissance. Autrement dit, même si la saisie du sens que la description accomplit s’accompagne d’une visée spécifique (caractérisable, par exemple, en termes de neutralité, d’intelligibilité, de complétude…), d’autres visées sont prévues par cette saisie même, alors que les saisies normative, explicative, interprétative, etc., sont généralement menées avec une visée plus exclusive13.

Cette convergence d’horizon n’exclut pas des conceptions très différentes sur les attendus de la description. C’est ce qui fait dire, par exemple, à Pierre Swiggers (1981, 263) que les descriptions structurales offrent un aspect tech­nique sans comparaison avec les descriptions phénoménologiques14. La sémiotique, à cet égard, répond sans conteste aux attendus des descriptions structurales.

Réduction. — La description dans les deux disciplines considère plusieurs niveaux de saisie, et ces niveaux sont suffisamment distincts pour constituer des saisies spécifiques. L’effet de hiérarchie qui s’ensuit entre les différents niveaux conduit à l’observation d’une procédure descriptive où la forme de retrait va s’accusant. C’est ce retrait croissant, que Husserl nomme «ré­duction phénoménologique», qui donne à la description ses caractéristiques principales, conduisant en particulier à distinguer des descriptions empiri­ques et une description pure. En sémiotique, le retrait descriptif se donne à lire sous l’aspect d’une formalisation accrue, vers ce que Greimas a appelé des «structures élémentaires» (ou, plus tardivement, des «structures profon­des»). Ce qu’on appelle «immanence» en sémiotique est un écho de la «pureté» de la description phénoménologique : plus la description est ré­duite et formalisée, moins elle admet le mélange et le contact. Il s’ensuit que le niveau qui accuse le plus grand retrait descriptif est, dans les deux disciplines, celui qui régit tous les autres, quand bien même la procédure descriptive ne l’atteint qu’en dernier.

Doit-on pour autant assimiler les deux procédures ? Une aporie touchant au vocabulaire dissuade d’y conduire sans examen : la phénoménologie accomplissant la description pure de son objet est dite «transcendantale», alors que la sémiotique la plus formalisée est celle qui se conduit en stricte immanence. Certes, transcendantale n’est pas directement opposé à imma­nence (c’est transcendance qui l’est) mais, aux yeux du sémioticien, il y aurait comme un embarras à admettre qu’une description immanente est trans­cendantale. Pour le phénoménologue, la difficulté se présente peut-être plus vivement à travers l’équivalence que donne à poser avec pure la conception sémiotique, héritée de Saussure et de Hjelmslev et en tant que telle opposée au formalisme logique15, de la forme.

Variation. — Comme procédure de description la méthode conduit à une réduction mais comme instrument elle se donne comme un éventail d’épreuves par lesquelles passe l’objet décrit. Ces épreuves font varier l’objet dans un environnement contrôlé par la procédure ; une telle variation est donc, si l’on peut dire, «expérimentale» ; elle ne se contente pas de collec­tionner des variétés de son objet mais produit ces variétés de manière à ce qu’elles fassent directement sens pour la description. Dans la phénoméno­logie husserlienne, cet instrument méthodologique se nomme «variation eidétique» ; la sémiotique, elle, hérite d’un instrument que la linguistique structurale nomme «commutation».

Sowa prétend que la variation phénoménologique se singularise par le fait qu’elle seule admet, à titre d’épreuve descriptive, des variations qui ne dépendent que de l’imagination, alors que «dans le cas des lois empiriques, une validation ou une falsification à l’aide de contre-exemples simplement concevables serait absurde» (2009, §60). Pourtant ce n’est pas toujours pour des raisons empiriques qu’une formalisation sémiotique est corrigée ; des raisons proprement théoriques, liées à des impératifs de cohérence descriptive, conduisent également aux variations d’objets formalisés. Si une différence devait subsister à ce sujet entre analyse phénoménologique et analyse sémio­tique, elle résiderait plutôt dans le sort qui est réservé dans la description aux instruments de leur méthode respective. En sémiotique, ces instruments font intégralement partie de la description de l’objet. Nous y revenons plus loin.

Analyse qualitative. — Enfin, il convient certainement de préciser que la phénoménologie comme la sémiotique partage avec un certain nombre de disciplines des sciences humaines le choix d’une analyse qualitative, telle qu’on peut les opposer aux analyses quantitatives prônées dans les sciences naturelles comme dans les sciences sociales (sociologie, psychologie et, de plus en plus, linguistique).

5 | Complémentarités

Pourvu qu’on admette que phénoménologie et sémiotique peuvent trou­ver un accord sur ces prémisses méthodologiques et, sinon sur toutes les nuances de différenciation, du moins sur la présence d’options méthodo­logiques plus poussées, une relation de complémentarité mérite d’être en­visagée entre ces deux approches du sens, eu égard à la variété des domaines d’objets qu’elles s’assignent (et qui conduisent à prévoir des disciplines phénoménologiques non moins que sémiotiques) ainsi qu’à la difficulté de décrire ces objets.

Le lecteur aura compris que c’est depuis la sémiotique que nous avons rendu compte jusqu’ici des rapports, actuels ou potentiels, entre celle-ci et la phénoménologie, même si nous nous sommes efforcés à respecter un certain degré d’impartialité. Nous ne pourrons pas poursuivre plus avant cet effort, faute de compétence. Qu’on prenne donc acte du fait que les deux formes de complémentarité que nous allons donner à lire se présentent comme des apports de l’approche sémiotique à l’égard de la description phénoméno­logique du sens. La dette contractée par la sémiotique à l’égard de la phéno­ménologie ayant été reconnue plus haut, il nous semble que, ce faisant, nous pourrons aller directement à l’essentiel.

Le premier apport concerne les objets visés par la réduction. Les objets sur lesquels Husserl a élaboré la méthode phénoménologique — les objets de la géométrie, tel un triangle, ou les objets de l’arithmétique, comme le nombre 3 — ne sont pas, comme il le supposait, seulement des objets de haute science, parmi les mieux compris et les plus exploités par le moyen d’une investigation épistémique (en l’occurrence celle de la mathématique) ; ce sont aussi des objets qui ont, d’un point de vue sémiotique, une spécificité. Cette spécificité réside en ceci que leur forme idéale (celle-là même que manipulent Euclide ou Pythagore dans leurs théorèmes et démonstrations) est directe­ment corrélée aux idées qu’on leur associe, de sorte que toute modification des propriétés que l’on assigne à cette forme entraîne une modification dans l’idée que l’on en a, et vice versa. Supposez le triangle, en tant qu’objet idéalement formé, associé à l’idée d’avoir trois côtés. L’idée est ici comme l’essence de la forme, son objectivation pure dans la conscience. Que la forme idéale soit modifiée, par exemple de manière à ce que les côtés soient de longueur égale, et l’idée de triangle en est modifiée d’autant, d’exactement autant, sans reste (le triangle équilatéral est un triangle et possède toutes les idées assignables à un triangle), ni contingence dans ce qui s’y modifie («côtés-de-longueur-égale» apporte à l’idée du triangle un supplément de sens strictement identique s’il est associé, par exemple, à l’idée d’un quadri­latère). Il n’en est pas de même, tant s’en faut, pour la totalité des objets du monde. Les objets langagiers, en particulier, connaissent une spécificité sémiotique tout à fait distinctes de celles des objets mathématiques. Les formes idéales du langage verbal ne sont pas directement coordonnées aux idées qu’elles induisent, elles ont une «vie propre», de sorte qu’elles se modifient sans qu’il en résulte nécessairement une modification d’idées. La conséquence réciproque est également avérée : une propriété peut être ajoutée à une idée langagière sans que rien en transparaisse dans sa forme objective16. L’explication de cette non-coordination des formes idéales et des idées dans le langage ne peut se réduire à admettre à son endroit un caractère conven­tionnel. L’objet idéal «3» a également un caractère conventionnel et cepen­dant, en mathématique, toutes les propriétés qui affectent cet objet ou un autre indifféremment choisi pour représenter l’idée du nombre 3 seront susceptibles d’être directement coordonnées aux propriétés de l’idée du nombre 3. Dans les langues ce n’est pas un principe acquis de conventionalité qui est à l’œuvre mais, pour reprendre la formule de Saussure déjà évoquée plus haut, un principe invétéré d’arbitrarité par lequel les formes sont indirectement coordonnées aux idées qu’elles induisent, de sorte que les modifications des unes ne se reportent jamais exactement sur les autres et vice versa. La méthode sémiotique procède à la description des «autres objets du monde» (en particulier des modes d’expression artistiques et, par extension, c’est-à-dire de manière plus risquée, des pratiques culturelles dans leur ensemble) en portant à leur endroit l’hypothèse d’applicabilité du principe d’arbitrarité. Non pas que la sémiotique puisse ou qu’elle doive démontrer par avance que tel est le cas ; la pertinence de son hypothèse méthodologique est évaluable (ou «falsifiable», si l’on tient à qualifier la méthode de scienti­fique, ainsi qu’il est prétendu pour la méthode phénoménologique) à travers les descriptions que l’application de la méthode sémiotique permet.

Ainsi, quant aux objets, la méthode sémiotique nous paraît complémen­taire de celle de la phénoménologie dans la mesure où, premièrement, toutes deux s’appliquent à différents domaines empiriques, suivant un certain nom­bre de préceptes méthodologiques convergents ; et, secondement, chacune connaît pour enjeu d’établir la pertinence d’une hypothèse relative à une procédure descriptive élaborée à partir de domaines d’objets dotés de spé­cificités nettement distinctes, les objets mathématiques pour le phéno­ménologue, les langues pour le sémioticien.
Le second apport de la sémiotique est directement issu de son structuralisme. Si la linguistique structurale a inspiré des chercheurs de tant de disciplines, c’est que le concept de structure qu’elle met en œuvre n’est pas simplement substituable aux notions de forme, de configuration ou de cadre spécifique à partir desquelles Merleau-Ponty a pu parler de «structure du comportement» puis relire Husserl en rapportant une «structure de la perception». Le concept structuraliste de structure permet de produire une description raisonnée de possibilités, le factuel correspondant à l’une de ces possibilités. Il apporte la garantie que la description ne se donne pas pour norme ou pour explication téléologique, comme le risque en est toujours couru dans la description historique.

L’apport sémiotique consiste à appliquer le concept de structure à la description du sens en le dégageant de tout domaine particulier. Cela revient à intégrer la procédure méthodologique de la variation dans la description même de l’objet à décrire. Que ce soit à travers un carré sémiotique, un schéma tensif ou par toute autre représentation structurale, le sens est le produit de sa variation. Ce qui signifie, d’une part, que sa description est contenue tout entière dans les relations entre les variétés de l’objet ; d’autre part, qu’il est affecté d’un degré et d’un mode de présence (canoniquement, quatre modes sont prévus : le réalisé, l’actualisé, le potentialisé, le virtualisé). Ainsi, le sens n’est-il pas visé seulement comme certitude ou essence de l’objet ; il accompagne la saisie de l’objet tout au long de sa réduction par la méthode descriptive. Nous dirions volontiers, pourvu que le lecteur ne juge pas la formule trop triviale, que la sémiotique donne les moyens «d’amé­nager les restes» de la réduction phénoménologique.

6| Conclusion

Pour mener la présente comparaison entre phénoménologie et sémiotique, nous avons d’emblée renoncé à deux perspectives. La perspective historique aurait probablement rendue cette comparaison beaucoup plus diffuse, et si intriquée avec d’autres rapports disciplinaires, qu’il aurait été impossible de développer la thèse optative qui s’est annoncée dès l’intitulé de cet article. La perspective disciplinaire aurait cherché, quant à elle, à ramener la sémiotique dans le giron de la phénoménologie, ou l’inverse, comme d’aucuns ne se sont d’ailleurs pas empêchés de l’envisager. C’est une technique argumentative bien connue que celle consistant à rendre caduque une conception adverse par l’état dans laquelle on la fige, tout en donnant à sa propre conception une grande latitude d’adaptation et d’accueil.

La complémentarité entre deux approches disciplinaires demeure néan­moins une thèse fragile. D’une part, certains scénarios moins heureux ne manquent pas de témoignages : ignorances réciproques, rivalités, incom­patibilités. D’autre part, les convergences sur lesquelles une complémentarité peut être envisagée sont toujours révisables. Aussi devons-nous reconnaître que la complémentarité visée entre l’approche phénoménologique du sens et l’approche sémiotique est circonstanciée. Il nous semble en effet que le sens n’a jamais été aussi menacé par des programmes disciplinaires de liquidation infiltrés jusqu’en sciences du langage et en philosophie. C’est le sens, donc, entre objet et méthode, et cependant inaliénable, qui a constitué l’enjeu de cette comparaison17.

Footnotes

1 Par exemple, chez Hagège : «une demande générale quant à la linguistique de la parole, grande oubliée du structuralisme post-saussurien, mais aussi de la gram­maire générative, qui la relègue dans la performance» (Hagège 1984, 108) ; ou chez Ducrot «la “linguistique moderne”, terme qui recouvre à la fois le compara­tisme, le structuralisme et la grammaire générative» (Ducrot 1984, 171).

2 Angermuller (2013: 44 sqq) a montré que le structuralisme n’a jamais réussi, en France, à s’imposer dans la division traditionnelle des disciplines universitaires et que son hégémonie intellectuelle dans les années 1960 et 1970 tient à des par­cours individuels excentrés, entre grandes écoles et médias. La sémiotique, à l’initiative de Greimas et sous l’impulsion des linguistes, tel Jakobson qui organisa en 1966 un colloque de sémiotique à Kazimierz en Pologne, est la seule pensée qui s’est donnée sous la forme d’une institution collective (une «école»).

3 Voir Coquet (1997, 4).

4 Voir Fontanille (2008), comme qualifié notamment par Catellani & Versel (2008, 11).

5 Je reprends ici les termes de la présentation qu’en donne Herman Parret (1983, 378).

6 Entre parenthèses, c’est également cette réconciliation que cible l’article récent de Piotrowski et Visetti (2015), mais en l’établissant cette fois à l’aide de la phéno­ménologie de Merleau-Ponty et de la lecture évaluative que celle-ci fait de la thèse saussurienne de la négativité du signe.

7 Elle se laisserait d’ailleurs aisément raisonner selon la théorie du groupe liégeois, puisque ce que Beividas décrit comme «sémioception», en le marquant d’une emphase argumentative, correspond à ce que le Groupe µ appelle «catasémiose», soit la manière dont les catégories linguistiques font retour sur les perceptions et finissent — cet aspect terminatif est essentiel — par les supplanter.

8 Qu’on nous permette de renvoyer à notre ouvrage sur la théorie du langage (Badir 2014), en particulier aux pages 142 à 161 consacrées à cette triade.

9 En suivant sur ce point la lecture qu’en donne Seron (2001, 26).

10 Nous résumons ici la seconde partie d’une étude dédiée à Wittgenstein (Badir 2013). Par ailleurs, l’étude de Flack (2011) rapporte, en les mettant en relation, les usages du concept d’expression chez Husserl, Jakobson et Merleau-Ponty.

11 Nous laissons ici de côté la question des emprunts théoriques et méthodologiques pour ne considérer que des convergences in abstracto. Swiggers (1981) doute que le structuralisme, représenté en l’occurrence par la figure de Jakobson, ait pu, sur bien des points pourtant convergents, être influencé par la phénoménologie husserlienne.

12 Au demeurant, c’est en raison du type de «description non empirique» propre à la phénoménologie que l’on doit préciser (sans entrer ici dans le détail de l’argumentation phénoménologique sur ce point) la qualité non strictement formelle des objets. Ce point est bien mis en lumière par Seron (2001, 28-29).

13 La distinction que nous employons ici entre saisie et visée a été décrite en sémiotique comme une différence entre deux types d’intentions (deux types de rapport entre sujet et objet) : la saisie rend compte d’une définition de l’objet (par exemple elle saisit l’objet en tant qu’il est empirique), tandis que la visée correspond à une intensité inhérente à la praxis épistémique (elle définit ce qu’il y a à connaître de l’objet). Voir Fontanille & Zilberberg (1998, 33).

14 Cité par Flack (2013, 121) auquel nous renvoyons également le lecteur.

15 Greimas (1966, 61) n’hésite pas même à écrire que «le concept hjelmslevien de la forme du contenu [est] révolutionnaire dans la mesure où il a signifié la mort du formalisme» !

16 Voir les illustres exemples fournis par Saussure de décrépit (1916, 160) et de courte-pointe (1916, 238). L’idée corrélée à l’adjectif décrépit a été modifiée, à une époque donnée, en raison du rapprochement que les usagers ont fait entre cette forme scripturale idéale et cette autre forme que constitue le participe passé décrépi (formes qu’on trouve répertoriées à des entrées distinctes d’un dictionnaire, décrépit et décrépir), sans que rien dans la forme décrépit n’indique l’altération d’idée qui s’est opérée. Pour courte-pointe, c’est le procédé inverse qu’on observe : l’idée à laquelle ce mot est associé n’a pas été modifiée, tandis que sa forme idéale est passée de coute-pointe à courte-pointe, sans qu’il en relève d’une intention de quiconque à ce sujet mais pour la raison que le mot médiéval coute est devenu inusité et que le mot composé a trouvé à se justifier comme le résultat de composition avec un autre mot simple.

17Une version antérieure de ce texte a fait l’objet d’une présentation lors d’une journée d’étude organisée à l’Université de Liège en novembre 2016. J’ai plaisir à remercier Arnaud Dewalque, Patrick Flack, Herman Parret et Denis Seron pour les remarques dont ils m’ont fait part à cette occasion ainsi qu’à la lecture du présent texte.

Cassirer et la création du structuralisme

1 | Un mystérieux structuralisme

Ernst Cassirer reste quasiment absent des dictionnaires et traités de linguistique et de sémiotique. Rarement mentionné, il n’est presque jamais discuté. Eco en retient surtout son ouvrage sur Kant, Greimas ne le men­tionne pas.

Bien des auteurs majeurs, en linguistique et en sémiotique, évoquent le structuralisme et en débattent en se référant diversement à Jakobson, Lévi-Strauss ou Hjelmslev — mais dans la période 1955-1975, comme si les décennies précédentes s’étaient effacées dans l’oubli. Or, le structuralisme est dans l’entre-deux-guerres un courant majeur de la pensée linguistique et plus généralement scientifique : en témoignent notamment les formalistes russes, le Cercle linguistique de Prague, celui de Copenhague.

En outre, l’image du structuralisme a été troublée par une historiographie biaisée et des condamnations hâtives. Ce fut dès le milieu des années 1950 la condamnation, par Chomsky et ses partisans, des « structuralistes », étiquette attribuée à des distributionnalistes nord-américains que leur positivisme séparait pourtant des structuralistes européens. Ce fut au milieu des années 1960, à Paris notamment, la confusion passablement journalistique sous cette même étiquette d’auteurs aussi divers voire opposés que Lévi-Strauss, Foucault, Lacan, Althusser, Genette, Todorov, Greimas et le Barthes d’alors. Par ailleurs, dès la fin des années 1960, un courant déconstructionniste prit l’avantage, récusant le projet scientifique voire simplement rationnel des sciences sociales. Des structuralistes d’hier se proclamèrent soudain post-structuralistes et c’est encore un topos de nos jours, tant en linguistique que dans les études littéraires, que de stigmatiser les pesanteurs normatives et le simplisme d’un structuralisme largement fantasmé. Un retour aux textes et à une historiographie objective est donc d’autant plus nécessaire que la confu­sion post-moderne s’appuie sur des clichés parés aujourd’hui de toutes les séductions de l’évidence.

2 | Apparents paradoxes de « Structuralism in Modern Linguistics »

Pour fil directeur de cette étude, nous prendrons l’article de Cassirer « Structuralism in Modern Linguistics ». D’abord prononcé comme une conférence le 10 février 1945 devant le cercle linguistique de New-York, ce texte parut posthume en août de la même année, dans le premier numéro de la revue Word (97-120), alors que Cassirer venait de décéder le 13 avril1. Le lecteur qui sur la foi d’une lecture sommaire du titre de Cassirer cher­cherait une étude sur la linguistique structurale serait déconcerté. Il s’agit sans doute, indirectement, et par une sorte d’ironie socratique que suggère la cita­tion inaugurale de Platon, de rappeler aux linguistes le statut philosophique de questions qui se posent encore à eux, et par un mouvement complé­mentaire, d’éclairer à leurs propres yeux les déplacements philosophiques considérables qu’a apporté le développement contemporain des sciences de la culture, linguistique comprise bien évidemment. Diverses questions sur­gissent alors, suscitées par des paradoxes qui frisent la provocation.

Dans cet article sur la linguistique, pourquoi l’opposition entre Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire prend-elle tant de place ? Sans doute parce que la réflexion morphologique s’est alimentée par la prise en considération des formes naturelles.

Pourquoi « le structuralisme en linguistique » et non « la linguistique structurale » ? La linguistique contemporaine même n’occupe pas une place centrale, et c’est le structuralisme et son archéologie depuis Kant, Goethe et Humboldt qui retient l’attention principale, comme si le structuralisme avait préexisté à la linguistique ou du moins présidé à sa constitution en science.

Pourquoi ces citations de poèmes de Clemens Brentano sur l’eucharistie ou de Schiller sur le règne de l’idéal ? Elles figurent dans l’excursus final sur la signification du terme Gestalt, qu’ils emploient tous deux, le premier pour désigner les deux espèces du pain et du vin, et l’autre l’âme. Au-delà, dans cette conférence adressée à des linguistes, Cassirer illustre apparemment la pertinence de la littérature pour l’analyse lexicale, mais plus profondément le vœu de restituer l’unité de la culture, en l’occurrence entre les lettres et les sciences2. Plus profondément, l’art et le langage sont pour lui les deux formes symboliques majeures qui revêtent pour sa pensée une exemplarité telle qu’il complète souvent les réflexions sur le langage par des considérations sur l’art.

Malgré la remarquable clarté didactique dont Cassirer ne se départit jamais, ces questions et les conjectures qui pourraient leur répondre témoi­gnent assez de la complexité des problèmes que soulève cette étude.

3 |Étapes d’un argumentaire

La philosophie contemporaine du langage reste sans liens déterminés avec la linguistique. Wittgenstein, Austin, Searle, ne citent aucun linguiste et ne tiennent aucun compte des recherches linguistiques contemporaines, se condamnant non seulement à discuter sur des unités problématiques qu’elle a récusées comme le mot, en ignorant le morphème et le phonème qui ont jadis révolutionné la conception du langage et des langues3.

En revanche, Cassirer prend d’emblée la mesure de la révolution scientifique introduite dans la première moitié du XIXe siècle par la lin­guistique historique et comparée et il l’égale à la révolution galiléenne en physique. Il la considère à bon droit comme exemplaire pour l’ensemble des sciences de la culture, malgré ses contradictions ; et il rappelle justement l’opposition entre le psychologisme de Hermann Paul et le naturalisme physicaliste des néo­grammairiens – qui se perpétue de nos jours entre cognitivistes et formalistes.

Après un développement sur la Gestalt et le rapport consubstantiel entre formes et champs, Cassirer suggère que le mérite de la linguistique est d’avoir « oublié » la logique pour lui préférer la méthode historique. Cela repose évidemment le problème des rapports entre langage et pensée, mais délivre la réflexion du poids millénaire du parallélisme logico-grammatical qui a confi­guré la problématique de la philosophie occidentale du langage.

Si, dans le premier tome des Recherches Logiques, Husserl a rompu le lien entre logique et psychologie, que devient alors la distinction entre vérités logiques et vérités contingentes, vérités de raison et vérités de fait ? Pour les linguistes structuralistes, il s’agit certes de maintenir l’exigence de rationalité propre à la démarche scientifique, mais sans se satisfaire de cette distinction. La linguistique ne peut être ni une discipline purement formelle ni une simple discipline d’observation ; et, de fait, avec le Mémoire de Saussure, elle était parvenue dès 1879 au stade prédictif.

Cette dualité tient à la dimension diachronique de la linguistique, qu’elle partage avec les autres sciences de la culture, qui sont par principe des scien­ces historiques. Si elle décrit en synchronie des systèmes organisés par des relations d’oppositions fortes (comme en témoignent les systèmes phono­logiques et morphologiques), elle doit aussi décrire les évolutions de ces systèmes. Comme les phénomènes persistants peuvent être tout aussi contin­gents que ceux qui ne le sont pas, il faut admettre des nécessités hypo­thétiques ou relatives, dont l’exploration est heuristique : nous dirions à présent que les modèles probabilistes (qu’ils soient fréquentistes ou bayésiens) sont les plus adéquats pour les sciences de la culture, ce que confirme l’essor actuel de la linguistique de corpus.

Les structuralistes ont conçu les structures tantôt comme des micro-systèmes formels (par exemple les structures élémentaires de la parenté selon Lévi-Strauss, ou le carré sémiotique selon Greimas et Rastier), tantôt comme des morphologies – et la Morphologie du conte de Vladimir Propp illustre bien la théorie des formes qui se développe à partir de Goethe (que Propp cite maintes fois en épigraphe) jusqu’à Waddington, puis de nos jours de Thom à Petitot. C’est donc un enjeu majeur pour le renouvellement du structura­lisme que de clarifier les rapports entre les conceptions formelles et morpho­logiques des structures.

La morphologie concorde en outre avec une épistémologie nouvelle, et le développement que Cassirer procure ici sur les théories de Goethe, y compris celle des couleurs, témoigne d’une conception génétique et dynamique de la connaissance, bien différente de l’évolutionnisme darwinien, radicalisé à présent par le néo-darwinisme.

Le structuralisme cependant serait-il un organicisme et la conception morphologique de la structure entraîne-t-elle nécessairement une métaphore organique ? La question se pose quand on voit comment Cassirer consacre plusieurs pages à Cuvier pour caractériser ce que Radl nommait l’idéalisme morphologique. Le parallèle entre formes naturelles et formes linguistiques s’imposait déjà à Meillet quand il définissait le fait linguistique même comme « un ensemble dans lequel tout est interdépendant », tout en citant… Cuvier. De cette définition du fait, on en vient aisément à la définition de la struc­ture même, telle que la formule Hjelmslev, comme une « entité autonome de dépendances internes ». Le fait n’est alors plus accessible par lui-même (ce qui récuse tout positivisme) : c’est la structure qui permet d’appréhender le fait comme tel, et non pas la disposition de faits préalablement reconnus qui permet à la description de (re)connaître une structure. Aussi, l’on ne peut rapprocher deux faits isolés en négligeant les systèmes qui les instituent. Cela se traduit dans le saussurisme, dont Meillet est l’un des premiers repré­sentants éminents, par le principe que les unités ne préexistent pas aux relations mais au contraire en résultent, ce qui met fin à toute ontologie des substances.

Après avoir rendu justice à Cuvier, si vilipendé jadis par les darwiniens, et à qui il confère à bon droit la stature d’un épistémologue, Cassirer poursuit son parallèle entre l’évolution de la linguistique et celle de la biologie en s’appuyant sur le holisme de Haldane et de Bertalanffy. Il semble poursuivre là une réflexion amorcée par Jakobson et favorisée par le vitalisme roman­tique des formalistes russes, mais toutefois son propos dissocie nettement linguistique et biologie par une critique de Schleicher.

Nous sommes ici devant une question fondamentale, car Cassirer entend bien préciser la distinction entre sciences de la nature et sciences de la culture ; et pour cela, il lui faut caractériser la spécificité des structures sémio­tiques. En critiquant l’organicisme romantique de Schleicher, il précise que la langue est « organique » mais sans aucunement être pour autant un « orga­nisme ». L’exemple de l’œuvre littéraire ou philosophique, celle de Dante et celle de Kant, vient ici appuyer son propos. Shakespeare, Goethe et Bee­thoven viennent même en renfort, pour anéantir ensuite la thèse de Max Müller que les lois linguistiques s’imposent à nous comme des lois physiques.

En effet, les langues dépendent entièrement de nous, comme Whitney l’avait rappelé : elles sont nos oeuvres. Si la linguistique n’est donc pas une science de la nature, faut-il pour autant la ranger parmi de problématiques « sciences de l’esprit » (Geisteswissenschaften) ? Les partisans d’une séparation radicale, tant Dilthey que Rickert, ne laissent aucune place à la linguistique – ce qui suggère qu’elle n’est ni une science de la nature ni une science de l’esprit. Elle leur échappe si bien par sa « logique » propre que la prendre en considération pourrait bien conduire à la récusation globale du concept même de « sciences de l’esprit », car le Geist n’est pas une entité substantielle, mais bien un antique protagoniste de la métaphysique.

Dès lors, par un armistice bouleversant, c’en est fini de la gigantomachie millénaire entre matérialistes et idéalistes. L’Esprit (Geist) devient alors pour Cassirer un nom générique pour « le monde de la culture humaine » (1945, op. cit., p. 114 [The world of human culture]). Comme cachée dans une incidente, cette suggestion apparemment terminologique met fin au dualisme millénaire qui oppose le sensible et l’intelligible, et qui fut encore aggravé, dans le domaine de la théorie de la connaissance, par le romantisme tardif de Dilthey et de ses successeurs.

Par exemple, le son linguistique est évidemment matériel, mais le pho­nème est bien, dans les termes de Saussure, une « image acoustique » et Troubetzkoy, que cite alors Cassirer, renchérit en le définissant comme incorporel. La phonétique relèverait-elle donc des sciences de la nature, et la phonologie des sciences de la culture ? À tous les paliers de description, la sémiosis unit le sensible à l’intelligible, si bien que l’on a pu parler sans fard de perception sémantique (cf. Rastier 1991, ch. VII).

Le sémiotique échappe ainsi aux catégories de l’ontologie classique. Le langage peut être considérée comme une sorte de milieu, « l’atmosphère dans laquelle nous vivons et nous mouvons, dans laquelle nous trouvons les condi­tions de notre existence », écrit ici Cassirer en ébauchant une conception écolo­gique du langage comme partie du milieu sémiotique propre à l’huma­nité. Il relève donc, en tant que « forme symbolique », de la sémiotique et non de la physique.

La linguistique reste cependant sous le régime épistémologique commun à toutes les sciences – et, ajouterais-je, le paradigme indiciaire qui permet à Cuvier de reconstituer des espèces disparues à partir de restes incomplets ne diffère pas dans son principe de celui qui permit de reconstruire les langues disparues comme l’indo-européen.

Le lien avec le problème universel de la morphologie peut alors être réaffirmé, puisqu’en la matière les idées de Goethe demeurent la « boussole intellectuelle » de Wilhelm von Humboldt, si bien que Cassirer souligne la paraphrase délibérée que Humboldt fait d’une poésie de Goethe, Die Meta­morphose der Pflanzen. Mieux encore, et ici Cassirer revient au néokantisme de sa jeunesse, Humboldt prolonge Kant à propos des langues, alors même que depuis Herder on s’accorde à lui reprocher amèrement de n’en avoir pas tenu compte4. La relecture de Kant permet alors de revenir aux conditions du développement de la linguistique, puisque Kant rompt aussi bien avec l’empirisme de Locke qu’avec l’intellectualisme de Leibniz ; cette relecture généreuse de Kant n’est cependant possible qu’à travers la bienveillance de Humboldt à son égard. Enfin, Cassirer conclut et approfondit son propos par un retour historique sur le concept éminemment morphologique de Gestalt qui prend sa source dans le schématisme kantien.

La linguistique structurale se trouve ainsi justement ressaisie dans le cadre de la linguistique historique et comparée dont elle semble tout à la fois l’origine et le prolongement. La méthodologie qu’elle a mise en œuvre a une portée générale qui intéresse l’ensemble des sciences de la culture. C’est en effet le problème de la sémiosis qui a permis de dépasser le dualisme tradi­tionnel entre matière et esprit, pour concevoir la dualité entre expression et contenu, sur un fond général qui dès lors ne peut plus être celui de l’Esprit, mais celui, purement sémiotique, de la culture. Parallèlement, l’assimilation de la linguistique aux sciences de la nature se voit récusée, et le projet même d’une naturalisation devient inconcevable.

Enfin, le propos ne se limite pas à la linguistique au sens restreint mais re­connaît dans le structuralisme « l’expression d’une tendance générale » de la pensée scientifique contemporaine, et qui ne se limite même pas aux sciences de la culture.

La philosophie de la linguistique structurale ici à l’œuvre dépasse la linguistique pour en mettre en évidence la portée épistémologique générale. Dès lors, on ne saurait regretter le peu de détails que Cassirer distille sur la linguistique de la première moitié du XXe siècle : il s’agit bien plutôt de montrer, en se référant comme par concession aux auteurs majeurs, Saussure, Meillet, Brondal, Troubetzkoy, Jakobson, comment situer le concept même de structure au sein de la tradition morphologique qui, comme le projet d’une linguistique historique et comparée, remonte aux Lumières et tout particulièrement à l’Aufklärung.

4 | Du schème à la structure

Pourquoi cependant revenir à Kant dans une étude sur la linguistique, alors qu’en son temps la linguistique n’existait pas et qu’il est réputé pour n’avoir rien dit du langage ? Un des points les plus délicats de la philosophie kantienne est la théorie du schématisme qui articule les concepts avec les données sensibles. Son principe est un « un art caché dans les profondeurs de l’âme humaine dont nous aurons de la peine à amener la nature à dévoiler un jour les vrais opérateurs et à les mettre à découvert sous nos yeux » (Kant 2012, 887 [traduction modifiée]).

Par cette théorie, Kant entendait concilier ou réconcilier le sensible et l’intelligible et rompait avec un dualisme millénaire. Nouvelle, bien que pré­figurée par diverses théories de l’imagination, la notion de schématisme s’est diffusée jusqu’à nos jours dans les recherches cognitives. Nous avions jadis retracé comment Bartlett l’avait jadis retrouvée chez Otto Seltz et comment elle avait préparé la théorie des prototypes chez Eleanor Rosch (Rastier, op. cit., ch. 5). Elle trouve à présent de nouveaux échos en neurologie avec la théorie de la vicariance chez Alain Berthoz.

Mais qu’en est-il en linguistique ? Fondateur majeur de cette discipline, Humboldt reste « foncièrement lié à Kant » comme le souligne Cassirer (1993, 270). Il semble même à ses yeux le véritable continuateur philoso­phique de cette « révolution du mode de pensée », plus que Schelling, Fichte, ou Hegel, et alors même qu’il s’emploie à de minutieuses descriptions linguistiques : « L’œuvre de Humboldt apparaît à première vue moins verrouillée que [ces systèmes]. Plus on le suit dans la voie où il s’engage, plus il semble se perdre dans le dédale des problèmes soulevés par la science et dans les questions de détail rencontrées par une telle recherche. Mais il imprègne tout ce labeur d’un esprit authentiquement philosophique, sans jamais perdre de vue l’en­semble qui constitue l’horizon de sa recherche » (Ibidem, p. 249).

En posant le problème fondamental de la sémiosis, comme arti­culation entre les deux plans du langage, contenu et expression, Humboldt transpose et fait fructifier le problème du schématisme. En commentant Humboldt, Cassirer lie ainsi l’émergence de l’expression à celle de la signifi­cation, quand il écrit : « Le commencement de la nomination (Benennung) est en même temps le commencement d’une nouvelle et plus profonde signi­fiance (Besinnung) » (Ibidem,p. 250). D’un même mouvement, il articule l’individuel et l’universel, voire dans les termes de Rickert, l’idiographique et le nomothétique, et « se place […] sous le signe d’une grande idée : sous le signe d’un universalisme enveloppant qui veut être et demeurer en même temps l’individualisme le plus rigoureux » (Ibidem, p. 249)5.

La remise en cause, par la sémiosis même, de l’opposition entre le sensible et l’intelligible porte une atteinte majeure à l’ontologie traditionnelle, d’au­tant plus profonde que Cassirer récuse en outre le primat de la substance sur la fonction. Il en est venu là après avoir tiré les conséquences épistémo­logiques des bouleversements de la physique (qui avait abandonné le concept de substance dès la fin du XIXe siècle) et des mathématiques6. Dès 1910, dans Substanzbegriff und Funktionsbegriff, sous-titré Untersuchungen über die Grundfragen der Erkenntniskritik (Recherches sur les questions fondamentales intéressant la critique de la connaissance), il affirme le primat principiel de la fonction sur la substance, d’où l’effondrement des deux préjugés majeurs : celui qu’il existerait des objets composés de formes et de substances indiffé­rentes à leurs accidents, et celui que les concepts les représenteraient par l’abstraction qui les subsume. Si les fonctions l’emportent, l’unité et l’identité à soi des êtres se brouillent voire s’effacent, de même que leurs hiérarchies et même leurs analogies.

Les « objets » ne sont plus définis que par des faisceaux de relations fonctionnelles, et d’abord par leurs différences ; et les réseaux relationnels peuvent alors se transposer par homologie dans des domaines d’objectivation différents (des mathématiques à la chimie, aux sciences de la vie, etc. – et pourquoi pas aux sciences de la culture).

On reconnaît là des principes fondamentaux du structuralisme, tels que Saussure les élaborait dans les années 1890-1910, que le Cours de linguistique générale a laissé transparaître à sa publication en 1916 et sur lesquels De l’essence double du langage a enfin apporté une clarté décisive à sa parution en 2002.

Substance et fonction posait ainsi les bases épistémologiques du struc­turalisme, alors même qu’il était élaboré presque secrètement par Saussure ; Cassirer y parvient en esquissant une solution sémiotique au problème du schématisme, solution que permet une réflexion sur le langage développée ultérieurement dans le premier tome de la Philosophie des formes symboliques.

Nous pourrions même formuler l’hypothèse que le structuralisme hum­boldtien était la condition pour la création et le fondement sémiotique de la linguistique historique et comparée. Il ne serait parvenu au stade théorique que chez Saussure en 1891 quand il écrit De l’essence double du langage (texte retrouvé en 1996) et chez Cassirer en 1910 dans Substance et fonction.

Dans cette mesure, Cassirer et Saussure, par des parcours inverses, l’un venant de la philosophie, l’autre de la linguistique, se seraient ainsi complétés pour formuler les principes du structuralisme et les étendre au-delà du lan­gage et des langues, vers la sémiologie pour Saussure, vers une philosophie des for­mes symboliques pour Cassirer7.

Les formes symboliques comme le langage correspondent à ce que Saussure nommait des institutions. L’objectif commun à la sémiologie et à la théorie des formes symboliques est de décrire la diversité et les interactions des systèmes sémiotiques qui constituent les cultures, voire de fédérer les sciences de la culture.

Saussure reste souvent elliptique sur ses sources, mais il est bien établi qu’il puise aux mêmes sources que Cassirer : on sait son intérêt pour les avancées scientifiques « dures » de son temps et c’est délibérément qu’il a radicalisé Humboldt. Ce cousinage humboldtien a favorisé des rencontres ultérieures. Karl Bühler, illustre psychologue du courant de la Gestalt, ne s’y est pas trompé dans sa conférence au XIIe Congrès de Psychologie tenu à Hambourg en 1931 (publiée dans les actes, à Iena, en 1932). Dans sa contri­bution, Das Ganze der Sprachtheorie, ihr Aufbau und ihre Teile (La théorie du langage dans son ensemble ; sa constitution et ses parties), il associe Cassirer et Saussure pour leur rendre ainsi hommage : « Ils s’accordent dans la pro­position fondamentale de la nature du langage comme signe, proposition que Cassirer interprète et légitime du point de vue de la critique de la connais­sance, tandis que Saussure l’adopte simplement comme une proposition suprême de la connaissance linguistique au nom d’une théorie de la connais­sance propre à un empiriste naïf » (D’après Pierre Caussat, 2017, 380, traduction modifiée. Je m’appuie ici sur le chapitre 6). Si les études saussur­iennes ne peuvent que récuser ici la notion d’empirisme naïf, ce propos confirme que Cassirer n’est alors pas considéré comme un simple commentateur mais comme un théoricien du structuralisme, à l’égal de Saussure, et qu’ils concordent sur la définition même du langage par sa sémiosis propre8.

Le structuralisme n’est donc pas une efflorescence tardive des années 1960, et l’on pourrait même soutenir l’hypothèse que le structuralisme de Humboldt, à l’œuvre dans ses écrits des années 1820-1835, fut une des conditions pour la création et le fondement sémiotique de la linguistique historique et comparée ; mais ce fondement épistémologique ne serait par­venu au stade théorique explicite et public que chez Cassirer.

Du moins, par le biais de Humboldt, est-il passé du schème kantien à la structure, voire de la structure à la question de la sémiosis. On peut lire ainsi la conclusion du premier tome de la Philosophie des formes symboliques (1972, 294) dont la dernière phrase souligne que le langage rend indissolubles le sensible et de l’intelligible : « l’opposition entre les deux extrêmes, le sensible et l’intellectuel, ne rend pas compte de la valeur spécifique du langage, car celui-ci, dans toutes ses manifestations et à chacune des étapes de son progrès, s’avère être une forme d’expression à la fois sensible et intellectuelle ». Nous dirions à présent que dans le langage le dualisme traditionnel se trouve ainsi récusé, dépassé et transformé par la dualité entre contenu et expression, qui se concrétise dans une sémiosis instable et toujours renouvelée.

Pour parvenir à sa conclusion, Cassirer a rompu avec la tradition spé­culative de la philosophie du langage et mené une enquête détaillée sur la linguistique : l’index des langues qui suit immédiatement ce dernier propos ne compte pas moins de 119 entrées. En revanche, on aura beau scruter les écrits d’Austin ou de Searle, on ne trouvera jamais que quelques exemples en anglais – c’est dire ce qui sépare de la philosophie du langage l’authentique philosophie de la linguistique que Cassirer articule en proposant une philo­sophie de formes symboliques, véritable théorie sémiotique d’autant mieux compatible avec la sémiologie saussurienne qu’elle puise aux mêmes sources et entend poser les mêmes problèmes fondamentaux.

5 | Structuration et individuation

On a longtemps reproché et l’on reproche encore au structuralisme un statisme caricatural, alors que d’emblée ses grands auteurs ont insisté sur son énergétique, déjà évidente dans le schématisme kantien. Ainsi, pour Cassirer, la fonction symbolique manifeste-t-elle « l’énergie de l’esprit par laquelle un contenu de signification est lié à un signe sensible concret et est in­térieurement approprié à ce signe » (Cassirer 1994, 175). Voyons comment cette énergétique est reversée à la dynamique même du langage, et, au-delà, de la culture.

Loin des réductions logiques, la structure est d’abord conçue comme une forme, au sens de la morphologie de tradition goethéenne, dont Cassirer retrace l’histoire en s’éloignant du langage de manière presque provocatrice, pour y revenir non sans humour dans son épilogue de 1945 (Ibidem, 116-120) sur les acceptions du mot Gestalt.

Le rejet du logicisme en matière de langage laisse ouverte la question d’une modélisation des formes sémiotiques elles-mêmes. Ainsi Cassirer, se référant à la théorie des groupes de Felix Klein, « réinterprète la Gestalt goethéenne non seulement comme mise en série réglée à partir d’un cas saillant, un point du réel efficace et fécond, mais comme principe d’un groupe de transformation » (Van Vliet, op. cit., 13 ; Cassirer 2007 [1944]). Cinq ans plus tard, dans Les structures élémen­taires de la parenté, Lévi-Strauss définit la structure élémentaire de parenté en utilisant la notion de groupe de Klein, qu’il mettra ensuite à profit dans La structure des mythes (1958) pour établir la « formule canonique du mythe ». Enfin, depuis la définition du carré sémiotique en 1968 par Greimas et Rastier, de nombreux auteurs sont revenus sur sa parenté avec un groupe de Klein (Zilberberg & Fontanille, 1998, 62 sq). L’archéologie cassirérienne de ces modélisations structurales n’a pas été assez mise en lumière.

Outre celui des transformations, Cassirer posait par ailleurs le problème fondamental de la prise de forme : « Comment l’indéterminé parvient-il à la détermination, le sans-forme à la forme ?… Dans la mesure où le problème se déplace de l’être au savoir, il prend une forme nouvelle… Car le « ce que » du contenu d’expérience n’existe jamais sans le « comment ». Sa nature parti­culière n’est jamais en quoi que ce soit « donnée » hors des relations dans lesquelles il se tient avec d’autres éléments de même nature. [Et on ne saurait en savoir plus sur la nature propre des constituants élémentaires.] Car la seule donnée sur laquelle reposent le concevoir et le savoir est précisément la nécessaire liaison de ce que la critique nomme la « matière » et la « forme » de la connaissance, mais non pas du tout ce que chacun des deux termes peut être avant et à l’extérieur de cette liaison » (Cassirer 1983, 15-17). La réflexion de Cassirer ren­contre ici encore celle de Saussure, tant par sa teneur que par son style, bien qu’il traite ici de la théorie de la connaissance et Saussure de celle du langage. C’est précisément par ce mouvement que la philosophie de Cassirer a évolué vers une sémiotique et a quitté la philosophie internaliste de l’esprit (qui serait au fondement des sciences « de l’esprit » ou Geisteswissenschaften selon Dilthey) pour une objectivation de la culture comme système co-instituant de formes symboliques en évolution. En même temps, l’homme, antique « animal rationnel », défini comme sujet transcendantal pourvu de catégories a priori qui organisent la connaissance, devient un « animal symbolique », une personne située au sein d’un monde culturel pluralisé qui la configure dans son ontogenèse et dans lequel se déroule sa vie, confronté sans cesse aux langues, aux mythes, aux arts, aux religions.

Comme une structure est une forme, elle est compréhensible et des­criptible de deux manières complémentaires, comme prise de forme (ou morphogenèse) et comme moment provisoirement stabilisé dans une série de transformations (ou métamorphismes). Or, si l’on écarte l’image fausse de codes qui apparieraient décisoirement et terme à terme des contenus et des expressions, la sémiosis, au centre de l’attention de Cassirer comme de Saussure, peut ainsi être décrite comme une prise de forme, une agrégation progressive de relations autour d’un germe structurel, conformément à l’intuition de Simondon. La structure est une forme saillante, organisée, mais non rationnelle a priori : même si, par simplification les relations entre ses points singuliers peuvent être typées pour parvenir à une représentation quelque peu logicisée.

La relation entre formes et substances le cède alors à la relation entre les fonds et les formes, pour autant que l’on définisse les fonds non comme des écrans inertes, mais comme des champs saturés, parcourus des contradictions qui, passés certains seuils, suscitent l’émergence de formes ou de sections de forme. Les formes sémiotiques ainsi conçues se transforment en outre à chacune de leurs occurrences sur le même fond, voire semblent indéfiniment transposables, par homologie créatrice, sur divers fonds, comme le montrent par exemples les phénomènes de comparaison et de métaphore ; enfin, elles se transposent dans divers systèmes de signes, comme l’attestent les « migra­tions » de thèmes ou de grandeurs narratives, d’un médium à l’autre, voire d’un niveau sémiotique à l’autre dans le multimédia.

La réflexion morphologique s’est longtemps fondée sur la biologie : cela accrédite un organicisme qui a pu être critiqué et qui reste fort sensible dans la tradition russe de Troubetzkoy à Lotman. Toutefois, la morphologie théorique, de Waddington à Petitot, entend pouvoir dépasser cela : les formes naturelles et les formes culturelles deviendraient alors susceptibles du même type de description, ce qui relativiserait à tout le moins l’antagonisme dil­theyien entre sciences de la nature et sciences de la culture – et rétablirait l’unité rationnelle du projet scientifique. Cependant, les structures sémio­tiques ne sont pas comparables aux formes naturelles qui préoccupent la ré­flexion morphologique depuis Goethe. Aucune morphologie homogène ne correspond à une sémiosis, car la sémiosis n’est pas l’appariement d’une for­me et d’une substance (ce qui serait une conception hylémorphique), ni le profilage d’une forme sur un fond (comme on l’a vu dans la Gestalt, puis dans différentes théories cognitives, jusqu’à Langacker), mais l’émergence corrélative de deux formes au cours de leur appariement à partir des champs saturés du contenu et de l’expression. Cette dualité constitutive, relevant de ce que Saussure nommait l’essence double, la distingue décisivement des formes naturelles.

En outre, par un corollaire nécessaire du principe de différentialité, les formes sémiotiques ne se définissent pas seulement par leur évolution et leur histoire interne, mais aussi par les formes voisines dans leur environnement sémiotique. Elles se caractérisent ainsi, ou du moins se reconnaissent, tant par des points singuliers que par les relations de contraste qui les instaurent, en leur sein d’une part, et avec les formes voisines d’autre part. Le struturalisme en sémiotique appelle donc une théorie relationnelle des formes. Les formes biologiques ne se définissent pas directement les unes par rapport aux autres. Certes la fougère voisine avec l’orchidée, mais leurs relations sont d’un tout autre ordre de complexité que les thèmes d’un poème ou les personnages d’un roman. Ainsi, les formes naturelles, dans l’ontogenèse comme dans la phylogenèse, restent relativement indépendantes des relations entre espèces, même si par exemple les proies et les prédateurs s’adaptent les uns aux autres. En outre, à la différence des formes naturelles, qui évoluent à des échelles temporelles différenciées et selon les modifications aléatoires de leur environ­nement, les formes sémiotiques se construisent différentiellement par discré­tisation9. La réflexion des linguistes a mis en évidence ce principe pour les phonèmes et il a été maintes fois confirmé expérimentalement, dès les années 1950, avec les études de Lieberman sur la perception catégorielle. Au risque d’en rester à une forme de binarisme jakobsonien, cela fut transposé par Pottier puis Greimas aux contenus des morphèmes (les sémèmes).

Bref, les formes sémiotiques ne peuvent jamais être caractérisées isolément et doivent toute leur « substance » aux autres formes avec lesquelles elles contrastent dans leur contexte et dans leur corpus immédiat, voire dans leur corpus lointain ou « intertexte »10. En somme, par ces deux spécificités, leur dédoublement structurel (leur « essence double ») et leur différentialité, les grandeurs sémiotiques restent éminemment métastables, parcourues par des déséquilibres constants, tant sur le plan du contenu que sur celui de l’ex­pression ; et leur énergie propre est en outre reprise et animée par la dyna­mique qui caractérise toute culture, et qu’engendrent continument ses contradictions internes et externes.

Détaillons les attendus épistémologiques de cette reconception de la sé­miosis, pour éclairer les avancées actuelles d’un structuralisme dynamique. On sait que les révolutions scientifiques, notamment en physique, de la thermodynamique à la théorie quantique, ont ruiné l’édifice de l’ontologie, récusant notamment le concept de substance et les postulats de la discrétion et de l’identité à soi des objets. Elles ont été réfléchies en philosophie, de Cas­sirer, dont un des premiers livres portait sur la physique quantique, jusqu’à Simondon, à qui l’on doit une théorie dynamique de l’individuation parfaitement compatible avec les grandes intuitions saussuriennes. À l’ob­jectivité postulée se substitue alors une objectivation construite dont la des­cription scientifique doit tenir compte pour problématiser ses objets. Aux diverses « formes symboliques » selon Cassirer, comme le langage, le mythe, le droit, correspondent ainsi des régimes d’objectivations spécifiques.

Simondon met fin aux apories de l’ontologie classique par une théorie non identitaire des étants : ils ne sont aucunement donnés mais résultent de processus d’individuation (Cf. Simondon 2013)11. La théorie de l’individu­ation décrit une dyna­mique des prises de forme qui met fin à la conception immarcescible des signes, comme à leur réduction à des choses parmi d’autres et déjà discrétisées.

Dérivée de Simondon, appuyée sur Saussure en linguistique et sur Leroi-Gourhan en anthropologie, la théorie de l’individuation récuse les principaux postulats de l’ontologie, comme la permanence des objets ou la séparabilité des formes et des substances.

La notion de métastabilité a été transposée par Simondon de la thermo­dynamique à une ontologie radicalement originale. Pour simplifier, un signe n’est pas « froid » et stable, mais « chaud » et métastable : il garde trace de son état préindividuel, quand il n’était pas distingué de son milieu, et il pointe vers son corpus d’élaboration qui constitue ce milieu, comme vers son corpus d’interprétation et de réélaboration.

La prise de forme qui configure le signe lui confère un statut ontologique particulier, puisqu’après sa création elle continue à diffuser les contradictions qui l’animent par de nouvelles prises de forme, ouvrant ainsi la lignée de ses reprises.

Dans ce cadre, on peut redéfinir la sémiosis par des opérations de transformation, qu’elles soient génétiques ou interprétatives. Elle apparaît non pas comme une instanciation logique (passage d’un type à une occur­rence) mais comme une prise de forme relevant d’une morphologie trans­formationnelle, celle des métamorphismes. Cette prise de forme est d’abord la conjonction entre un signifié et un signifiant, encore à l’état préindividuel, mais qui s’individuent par là.

Concrétisant la dualité entre contenu et expression, cette conjonction se trouve en outre sous la rection de la dualité langue/parole, et, au-delà, de la dualité masse/individu12. En outre, l’individuation du « signe de parole » (selon la formule saussurienne) s’élabore médiatement à partir de la langue comme champ lointain (ou ce que l’on nomme dans la théorie des systèmes dynamiques un espace de contrôle), alors que le champ immédiat du contexte (ou espace d’état) contraint ou du moins oriente tant la phonation comme geste élocutif que la « combinaison » comme geste sémantique.

Le signe combine et maintient en une unité paradoxale les contradictions qui traversent les champs saturés que sont les fonds sémantiques et expressifs sur lesquels il a pris forme. En milieu métastable, la prise de forme crée de multiples configurations, parmi lesquelles les configurations stables ne jouis­sent d’aucun privilège particulier13.

Une énergétique des signes doit tenir compte de deux champs de méta­stabilité, le champ interne du texte où ils se constituent à partir de germes structuraux et le champ externe du corpus : en amont le corpus génétique où le locuteur prélève et transforme des germes structuraux, et en aval le corpus herméneutique que les signes requièrent pour leur interprétation. Ces deux champs sont structurés par l’espace des normes qui assure la médiation entre la parole et la langue.

Ainsi le signe définit-il une double tension de formes et fait-il événement tant par le champ de force qui unit ses parties que par les contradictions nouvelles qu’il introduit.

Par rapport à des prises de forme dans des milieux physiques « simples », comme la cristallisation, la prise de forme sémiotique se trouve redoublée, puisqu’elle avance simultanément sur deux plans : la sémiosis s’instaure par un couplage de formes et de fonds sur les deux plans du contenu et de l’expression.

Cette configuration définit la teneur du signe. Elle est à son tour redou­blée par la configuration qui intéresse sa portée, c’est-à-dire l’articulation entre les pôles sémiotiques du point de vue et de la garantie, qui relèvent de la fonction transindividuelle du signe. L’articulation entre la teneur et la portée concrétise ainsi dans le signe les dualités constitutives de tous les objets ou performances culturelles – dont Saussure a esquissé une première théorie dans De l’essence double du langage.

La notion de champ saturé devient ici fondamentale. Avant la prise de forme sémiotique, les deux plans du langage sont parcourus de tensions en raison même du principe différentiel qui préside à la discrétisation de toutes les grandeurs linguistiques. Pour constituer un signe ou une grandeur sémio­tique quelconque, l’individuation est double, car c’est à partir de deux champs hétérogènes et sans concordance de phase que s’opère la sémiosis. Elle réalise ainsi une double transition de phase, sous l’effet de diverses forces, pour constituer deux parties homogènes alors identifiables comme l’expres­sion et le contenu du signe.

Les forces en jeu dans les transitions de phase (que la tradition gramma­ticale résumait à une « actualisation » restée mystérieuse) sont principalement : (i) les forces qui saturent les champs, au premier rang desquelles les forces de différenciation qui conduiront à l’individuation des oppositions phoniques et sémantiques ; (ii) les forces issues du contexte anté­rieur, voire à l’écrit du contexte ultérieur.

La dualité entre paradigme et syntagme trouve ici les médiations néces­saires, puisque le signe n’est jamais isolé et ne passe de l’état préindividuel à l’état individualisé que si le contexte active sa discrétisation. Ainsi, les par­cours génétiques et interprétatifs élémentaires peuvent-ils être décrits par les forces à l’œuvre dans la prise de forme. On a pu détailler comment les processus d’assimilation et de dissimilation en jeu dans les différenciations : les grandeurs minimales résultent de processus de discrétisation et de stabili­sation temporaire dans le son comme dans le sens, si bien qu’il serait illusoire de postuler un inventaire des sèmes ou de phèmes immédiatement identi­fiables dans le flux sémantique ou phonique de la parole. En outre, les régimes de constitution et de dissolution des formes à partir des fonds séman­tiques et expressifs se rapportent à des phases de sommation et de diffusion.

Comme tout résultat métastable d’un processus d’individuation, le signe correspond à un minimum local d’énergie, mais sa création même l’a pourvu d’une énergie d’activation et maintient ainsi la tension qui lui permettra des transformations ultérieures. Toute grandeur sémiotique est en effet méta­stable en un sens particulier : puisqu’elle est purement différentielle, il suffit de modifier son paradigme, son contexte ou son corpus pour qu’elle se modifie avec les relations qui la constituent. Aussi ne parvient-elle jamais à un état stable, puisqu’elle figure toujours dans un système et un corpus en évolution. Sa répétition reste impossible, car un signe n’est perçu comme tel que dans un contexte de production ou d’interprétation, c’est-à-dire de re­production, comprise comme recréation.

Il faut enfin introduire une distinction entre les variations aléatoires qui affectent toute occurrence considérée comme un hapax14 et les variations convergentes qui procèdent d’un projet et concourent à une prise de forme nouvelle, d’où la nécessité d’élaborer la théorie des transformations des formes et des fonds sémantiques et expressifs.

6 | Pour en finir avec une damnatio ?

L’ampleur et l’intérêt de l’œuvre de Cassirer restent largement sous-estimés15, alors même qu’elle serait à même d’inspirer le renouveau épisté­mologique dont les sciences de la culture ont le plus grand besoin. Cette œuvre a pu sembler trop érudite ou trop soucieuse de la complexité, trop éloignée des anecdotes et des effets rhétoriques de la dialectique décon­structive ; trop distante des idéalités hiératiques qui sont devenues des icônes dans les milieux intellectuels, comme le Corps, le Pouvoir, le Genre, l’Occi­dent, l’État d’exception, etc. S’appuyant sur des corpus oubliés, en des lan­gues diverses, elle ne pourrait être véritablement débattue qu’en se plongeant à nouveau dans ces corpus.

À vrai dire, la personne et le nom même de Cassirer font l’objet d’une sorte de damnatio depuis la rencontre de Davos avec Heidegger en 1929. Soigneusement organisée par Heidegger qui s’entourait du groupe soudé de ses disciples, qu’il présentait alors comme une « troupe d’assaut » (Stosstrupp), cette journée des dupes tourna au guet-apens. Si les aspects antisémites restèrent implicites, ils furent parfaitement perçus, comme en témoignent les mémoires de Toni Cassirer. D’emblée, l’école heideggérienne fit chorus pour claironner la défaite théorique de Cassirer et cette légende se transmit pieuse­ment jusqu’à nos jours. Pour Heidegger, Cassirer représentait en effet un triple danger. (i) Il était le premier universitaire de famille juive à être nommé recteur, alors que dès 1916 Heidegger s’indignait de « l’enjuivement » (Ver­judung) croissant des universités allemandes ; (ii) il était un philosophe des sciences reconnu, alors que Heidegger, exécrant toute rationalité, récusait la science au motif qu’elle « ne pense pas » (denkt nicht) ; (iii) enfin Cassirer, dans ses travaux sur les bouleversement contemporains des sciences, notam­ment son livre sur Einstein, tirait les conséquences philosophiques de la dissolution de l’ontologie classique, alors que Heidegger en instrumentait inlas­sablement les catégories principales à l’appui de son idéologie iden­titaire16.

Cette polémique biaisée esquivait l’essentiel, mais a suffi à justifier un coup de force historiographique, pour accréditer une division de principe entre philosophie « continentale » et philosophie « analytique ». L’école hei­deggérienne, de Gadamer à Vattimo et Derrida, prétendit représenter au mieux, voire sans reste, la philosophie continentale, renvoyant tout autre courant de pensée à des ténèbres rationalistes et nord-américaines. Cette frontière fantômatique aurait tout aussi bien pu passer cependant au sein même de la philosophie allemande (beaucoup de ces « américains » comme Carnap – défini comme tel par Heidegger — n’étaient d’ailleurs que des exilés) et autrichienne (la philosophie dite analytique a été fondée et illustrée par des auteurs comme Bolzano, Brentano, Wittgenstein, Carnap, Schlick – assassiné par les nazis).

La damnatio se poursuivit dans le silence. Cependant Gadamer, disciple préféré et successeur de Heidegger, a cherché à délégitimer la recherche de Cassirer à partir du langage. Il écrit ainsi dans Vérité et méthode : « La question se pose en effet de savoir si le concept de langue, sur lequel se fondent la linguistique moderne et la philosophie du langage, correspond bien aux données actuelles du problème. On a récemment et à juste titre fait valoir dans les milieux linguistiques que le concept moderne de langue présuppose une conscience de langue qui est elle-même un résultat de l’histoire et qui ne s’applique pas au début du processus historique, en particulier à ce qu’était la langue chez les Grecs » (1960, trad. fr., Paris, Seuil, 1996, p. 426). À supposer que les Grecs, ainsi essentialisés, n’aient pas disposé du concept moderne de langue, en quoi cela le délégitimerait-il ? Gadamer semble présupposer ainsi, à la suite de Heidegger, une connaissance originaire indépassable17. Gadamer poursuit en jetant le doute sur la notion de forme, confondant délibérément la forme, en tant qu’elle serait opposée à la sub­stance et l’objet d’une linguistique formelle, et la forme symbolique telle qu’elle est définie par Cassirer : « … la linguistique et la philosophie du langage présupposent dans leur travail que la forme de la langue est leur thème unique. Le concept de forme est-il bien à sa place ici ? La langue est-elle vraiment une « forme symbolique » comme l’a dit Cassirer? Est-ce qu’on rend ainsi justice à son caractère unique qui consiste en ce que la dimension langagière englobe, pour sa part, tout ce que Cassirer nomme par ailleurs « forme symbolique » c’est-à-dire le mythe, l’art, le droit, etc. ? » (ibid., p. 427). Si Gadamer dans sa question rhétorique confond ainsi la langue et le langage, c’est pour faire peser un soupçon de formalisme sur le concept même de forme symbolique, et surtout pour éluder la dimension sémiotique des formes symboliques, dont le langage n’est qu’un exemple. Elle menace en effet les prérogatives du Geist, celui des « sciences de l’esprit », comme celui que brandissait Heidegger en 1933 dans le Discours de rectorat.

L’enjeu n’est pas seulement philosophique, mais aussi politique. Cassirer a développé une œuvre de philosophie politique notable et pourtant peu connue. Il représente authentiquement les lumières contemporaines, non seulement par son encyclopédisme scientifique mais aussi pour son action en faveur de la démocratie bien avant la prise du pouvoir par Hitler. Son dernier livre, Le mythe de l’État, paru après sa mort, articule une critique serrée du romantisme politique qui culmina dans le nazisme et fait d’une théorie rationnelle de l’état une garantie contre l’irruption toujours sanglante du mythe dans l’histoire. Ici encore, la pensée de Cassirer reste plus que jamais nécessaire.

N.B. — Cette étude prend sa source dans notre préface à Cassirer, Lo strutturalismo nella linguistica moderna, Rome, Luca Sossella, traduction par Gianfranco Marrone, pp. 7-48, à paraître.

Footnotes

1 Cela lui confère une dimension presque testamentaire ou du moins commé­morative d’autant plus émouvante que Cassirer, exilé aux États-Unis, voisinait dans ce même numéro avec Roman Jakobson et Claude Lévi-Strauss, réfugiés eux-aussi. La contribution inaugurale de Lévi-Strauss s’intitulait : « L’analyse struc­turale en linguistique et en anthropologie » (Ibidem, 1-12). Ce numéro inaugural fit date, comme une sorte de manifeste du structuralisme, d’autant plus que selon plusieurs auteurs, comme Muriel van Vliet et Pierre Caussat, ce fut peut-être la première fois qu’apparut, forgé par Cassirer, le terme même de structuralisme.

2 À l’époque dite du « structuralisme », dans les années 1965-1970, on a prodigué des cours de linguistique aux littéraires, mais il ne serait pas moins judicieux à présent de dispenser des cours de littérature aux linguistes.

3 Pour un développement, on pourra au besoin consulter l’épilogue de Rastier 2015.

4 Le kantisme peut toutefois contribuer à l’édification de la sémiotique, et le regretté Tullio De Mauro (1969, 69 ; p. 64 dans l’édition italienne originale) relève justement deux passages cruciaux, celui qui évoque le schématisme dans l’Analytique des principes et le §59 de la Critique de la faculté du juger.

5 Cela rappelle Humboldt : « Si étonnante est dans la langue l’individuation au sein de la convergence universelle qu’il est tout aussi juste de dire que le genre humain en entier ne parle qu’une seule langue que de dire que chaque homme possède la sienne en propre » (Humboldt,1974, 188).

6 Voir notamment Cassirer 1907 et 1921.

7 Voir Philosophie der symbolischen Formen, Berlin, Bruno Cassirer. Première partie : Die Sprache, 1923. Deuxième partie : Das mythische Denken, 1925. Troisième partie: Phänomenologie der Erkenntnis, 1929.

8 Bühler fait ici preuve d’une enviable perspicacité. Dans l’étude de Cassirer, Saussure n’est mentionné qu’une fois et comme incidemment. Certes, en 1945, hors des spécialistes de l’indo-européen, il n’était connu que par un Cours posthume compilé par des collègues. Il a regagné une grande importance avec l’essor de la sémiotique (à partir des années 1965) et la patiente reconstruction de ses œuvres par Godel, De Mauro, Engler, Bouquet notamment ; enfin avec la découverte en 1996 du manuscrit sur L’essence double du langage.

9 Par exemple, les personnages d’un roman, Emma, Rodolphe, Charles font malgré eux système à leur manière et ne seraient rien les uns sans les autres ; alors que la fougère précéda l’orchidée pendant des centaines de millions d’années …

10 Cela écarte au demeurant les hypothèses universalistes qui, encore chez Grei­mas (1966), supposaient qu’une combinatoire de quelques dizaines de sèmes puisse engendrer des millions de sémèmes.

11 Pour un développement, voir Rastier 2016, conclusion.

12 Saussure note à ce propos : « La langue est consacrée socialement et ne dépend pas de l’individu. Est de l’Individu, ou de la Parole : a) Tout ce qui est Phona­tion, b) tout ce qui est combinaison – tout ce qui est Volonté » (2002, 194). Les dualités sont des forces qui parcourent tout champ linguistique et plus généralement sémiotique.

13 Je suis ici Simondon, 2013, 556.

14 Saussure donne l’exemple illustre de la répétition Messieurs ! Messieurs !, où chaque occurrence diffère par sa position, son intonation, etc.

15 Par exemple, en France, il aura fallu attendre 49 ans pour que soit traduit le premier tome de la Philosophie des formes symboliques, 58 ans pour La philosophie des Lumières, 67 pour Substance et fonction, 78 pour Le problème de la connaissance. Toutefois, un regain d’intérêt se fait jour, dont témoigne notamment la remar­quable synthèse de Jean Lassègue (2016).

16 À ce propos, Emmanuel Faye a récemment démontré comment la première page de Sein und Zeit réécrit antinomiquement la première page de la Philosophie des formes symboliques.

17 Au demeurant, le concept moderne de langue doit encore beaucoup aux Grecs, notamment aux Stoïciens, et la Technê Grammatikê de Denys le Thrace a inauguré l’inventaire des catégories grammaticales que l’on retrouve de Priscien à Chomsky, dans un ordre resté invariable.

La phénoménologie comme toile de fond de la sémiotique structurale

Mille pages ont été publiées sur l’épistémè structuraliste, sur ses équivoques épistémologiques, sa philosophie incertaine et souvent légère, son idéologie tranchante, provocatrice, polarisante1. Et pourtant Foucault avait proclamé dans Les mots et les choses : «Le structuralisme n’est pas une méthode nouvelle : il est la conscience éveillée et inquiète du savoir moderne». Il est vrai que la dénomination «structuralisme» fonctionne comme une étiquette sans contours précis. La notion de «structure» également n’est qu’une nébuleuse plurivoque. Si nous nous interrogeons sur «l’avenir de la structure», il faudra s’entendre d’emblée de quelle notion de structure on discute. Il y a toute une «structurologie»2 qui organise, classifie et évalue la Structure, cet objet d’amour et de défiance des structuralistes des années soixante et soixante-dix. Greimas propose à cette époque une définition anecdotique mais passablement minimale: «La structure, c’est finalement la rencontre de la linguistique et de l’anthropologie» (Dosse, op. cit., I 47). Ce serait bien lors de cette rencontre, énonce Greimas, que l’axiome saussurien «l’élément présuppose le système» a pu générer un concept de structure consistant, porteur de puissantes hypothèses épistémologiques qui se sont révélées, bien que largement déductives, d’une remarquable productivité analytique et descriptive. Ouvrir la notion canonique de «structure», celle qui est exaltée par la doxa si conséquemment incarnée par Hjelmslev et Lévi-Strauss, pourrait nous mener en effet vers un certain «avenir de la structure».

Comment la doxa de la «structure» est-elle formulée dans les textes du premier Greimas, de Sémantique structurale de 1966 au Premier Dictionnaire de Greimas/Courtés de 1979 ? De longues pages sont consacrées dans le Dictionnaire à la notion de «Structure» (Greimas & Courtés, 360-366)3, et cette entrée énumère une longue liste disparate d’emplois qui tous définissent la «structure» par rapport au caractère relationnel de l’objet sémiotique. Sont suggérées comme parasyno­nymes de «structure», les notions d’articulation, d’organisation, de dispositif, de mécanisme même : structures actantielles et actorielles, structures aspectu­elles et catégorielles, structures modales, structures narratives et discursives, structures polémiques et contractuelles, structure profondes et superficielles, structures sémionarratives, structures systématiques et morphématiques. Une de ces incarnations de la «structure» est privilégiée au niveau du Dictionnaire, la «structure élémentaire de la signification», consacrée le «modèle constitutionnel» fondateur de la «syntaxe fondamentale». La «structure élémentaire de la signification» fonctionne comme la procédure de descrip­tion de l’objet sémiotique anté­rieurement à sa manifestation. Que cette structure soit «élémentaire» signifie qu’elle justifie le système des valeurs différentielles avant qu’elles ne soient incarnées dans des propriétés mani­festées. On se rappelle évidemment que cette structure élémentaire de la signification est généralement représentée sous forme de l’emblématique carré sémiotique. Il est important de noter que cette nébuleuse des emplois de «structure» est une fédération dont la défi­nition unifiée est ramenée par Greimas à l’axiomatique hjelmslevienne qui statue que «la structure est une entité autonome de relations internes, constituées en hiérarchies». Greimas, dans le Dictionnaire, analyse ainsi les trois moments définitionnels de cette notion hjelmslevienne de la structure: primo, la structure est un réseau relationnel où la priorité est accordée aux relations aux dépens des éléments ; secundo, ce réseau relationnel est une hiérarchie, ce qui signifie que les parties reliées entre elles entretiennent des relations avec le tout ; tertio, la structure est dotée d’une organisation interne, elle est une entité autonome, ce qui implique la réduction ou la «mise entre parenthèses» de tout point de vue psychologique et ontologique ou réfé­rentiel. Il est important de noter que pour Greimas cette triple détermination hjelmslevienne n’est pas seulement épistémologiquement consistante mais également, surtout même, opératoire.

La conception de la structure chez Greimas a été souvent réduite à un produit d’un structuralisme implacablement fixiste. Mon effort consiste pré­cisément à mettre en évidence qu’au contraire, Greimas focalise souvent sur les lacunes et les carences réductionnistes de ce structuralisme fixiste en off­rant des suggestions comment ouvrir la notion de structure vers son avenir4. C’est en focalisant sur le va-et-vient dialectique entre la structure structurante et la structure structurée, entre la suprastructure et l’infrastructure que se trouve dynamisé le principe d’immanence hjelmslevien. Il est communément accepté que le projet sémiotique fait abstraction de toute référence à une réalité externe à statut ontologique, ce qui accentue l’autonomie de la forme structurale. Mais en plus la «méthode sémiotique» greimassienne se déploie comme une dynamique dialectisant d’une part le soi-disant «objet sémio­tique», le vécu, l’infrastructure, et de l’autre l’«objet scientifique», le conçu, la suprastructure. Greimas affirme dans le Dictionnaire que «le monde est structurable, c’est-à-dire ‘informé’ par l’esprit humain» (Greimas & Courtés op. cit., 181), adage qu’il faut comprendre, non pas comme une position psycho-anthropologique mais bien plutôt comme suggérant une détermina­tion de la «structure» régie par une dialectique tensive entre le vécu et le conçu, tension qui est précisément source générative de signification. Cet accent greimassien sur la structurabilité de l’univers de signification, c’est-à-dire sur le dynamisme de la structuration abolit le principe d’immanence dans son orthodoxie et sa radicalité hjelm­slevienne5.

Comment «ouvrir» la notion de structure vers son avenir ? L’avenir de la structure est dans la reconnaissance et la cultivation de ses potentialités. Il nous semble que, à ce propos, deux stratégies devraient s’imposer à l’attention épistémologique. La première stratégie consiste à projeter le structuralisme greimassien contre un double horizon qui inspire et en même temps menace sa méthode et son axiomatique, deux «toiles de fond», la phénoménologie et la morphologie, qui ne sont jamais complètement assimilées, souvent expli­citement repoussées même. Reconnaissons d’emblée que la phénoménologie et la morphologie ont imprégnées fortement l’axiomatique sémiolinguistique. En effet, il convient de reconnaitre l’impact de cette double «toile de fond» et d’en distiller des éléments qui «ouvrent» la notion de structure vers son avenir. Une seconde stratégie consisterait à intégrer des éléments théoriques et méthodiques de la riche gamme des structuralismes alternatifs, cette nébu­leuse de structuralismes qui excède considérablement le seul structuralisme «genevois», de Saussure par Hjelmslev à Greimas. Spécifions quelque peu cette double stratégie.

Greimas formule, tout au début de Sémantique structurale, le geste fon­dateur de la sémiotique comme suit: «C’est en connaissance de cause que nous proposons de considérer la perception comme le lieu non linguistique où se situe l’appréhension de la signification» (Greimas 1996, 8), ce qui est de toute évidence un renvoi à une thèse centrale de la phénoménologie merleau-pontienne. D’ailleurs Merleau-Ponty constate «que [les] linguistes, sans le savoir, foulent déjà le terrain de la phénoménologie» (1960, 132-133), et il est évident que l’on ne peut minimiser l’impact de la phénoménologie sur la sémiolinguistique. Ainsi la perception est considérée comme la source qua­litative de différenciation, comme l’origine incontournable de la mise en structure des différences phonologiques, syntaxiques et sémantiques. Mais l’impact de la phénoménologie est plus large et plus profond encore, et je voudrais commenter à ce propos quelques propositions du philosophe-linguiste Hendrik Pos, pour ne pas toujours évoquer Merleau-Ponty6.

Hendrik Pos a été une puissante source d’inspiration pour toute sémio­linguistique ouverte à la réflexion philosophique7. Pos, philosophe-linguiste hollandais très apprécié par Merleau-Ponty, a thématisé avec ori­ginalité, déjà à partir des années trente, le rapport du structuralisme à la phénoméno­logie (Pos 1939, note 18), et son importance, reconnue par Merleau-Ponty, consiste avant tout dans sa sévère critique épistémologique du positivisme (entre autres, du beha­viorisme), mais également dans sa mise en question d’une formalisation désincarnée dans les sciences sociales ou d’une modélisa­tion fantasmatique en linguistique. Toutefois, le noyau théorématique de la phénoménologie de Pos consiste à positionner ce qu’il appelle un «a priori matériel» à la connais­sance acquise dans les sciences humaines, et de consi­dérer cet a priori comme le fondement et la justification à toute construction scientifique – en effet, cet «a priori matériel» suscite un savoir enveloppé dans la conscience préscientifique des sujets humains. Husserl, le vrai maître à penser de Pos, avait démontré que ce fondement justificateur s’incruste dans une subjectivité originaire, la «conscience naturelle». De la «consci­ence naturelle», l’ultime réalité concrète, on n’en a que des intuitions vécues et originaires. Pos soutient que la «conscience naturelle» est «parlante», et cette «parole» de la «conscience naturelle», en parfaite intimité avec le réel environnant et avec les humains, nomme le monde et communie dans l’être-ensemble des sujets parlants. Cette parole originaire est générée sans aucun contrôle cogni­tif, et elle fonctionne infailliblement, sans se transformer en langage observa­tionnel ou descriptif. Jamais elle ne se réduit à un «point de vue», celui d’un observateur extérieur. Pos, en bon phénoménologue, analyse comment la «conscience naturelle» accède sans médiation à une parole qui n’est jamais vécue comme arbitraire, elle n’est jamais prise dans une chronologie de successions et de changements, et elle ne cause ni une atomisation ni une synthèse surplombante des phénomènes. L’épistémologie que Hendrik Pos propose, est radicale : il faut se méfier de tout objectivisme de la science et il faut implanter tout fonctionnement sémiolinguistique dans la conscience originaire du sujet parlant. Cette conscience originaire génère des «struc­tures» que la phénoménologie structurale devrait reconstruire et interpréter. On pourrait dire avec Pos que le sujet parlant est en fait un «créateur de structures». Le sujet parlant, «conscience originaire» ou «inconscient rationnel» ou «pensée inconsciente» est, toujours dans les termes de Pos, une subjectivité structurante. On sait que Pos s’est surtout intéressé à la phonologie structurale de type Troubetzkoy, mais on découvre vite que sa phénoménologie linguistique dépasse de loin le domaine phonologique. La phonologie structurale comme science du système des sons de la parole, de ses relations systématiques et intimes d’oppositions, s’étend chez lui jusqu’à une sémantique qui n’est pleinement structurale que libérée de tout nomina­lisme et de tout référentialisme. Nul doute que le structuralisme sémio­linguistique reprend certaines intuitions phénoménolo­giques de Pos sans accepter pour autant ses dérives anthropo-métaphysiques, sans intégrer par exemple une affirmation passablement spéculative, chère à Pos, selon laquelle la structuration linguistique serait dirigée par une finalité qui dépasse la volonté des individus et le destin assumé des communautés empiriques (Pos op. cit., 188 et 192). Il est sans doute difficile d’assimiler dans la théorie sémiolinguistique l’en­semble des propositions de Pos, mais constatons quand même que l’orien­tation antinominaliste et antinaturaliste de Pos marque à fond l’axiomatique structurale. Et en plus, un thème central de la phénoménologie de Pos est certainement à l’œuvre en sémiolinguistique structurale: que la signification implique un apriori matériel plus englobant que la simple différence perceptive, comme le soutenait encore Sémantique structurale. C’est bien plutôt le phénomène dans sa qualité de présence qui fonctionne comme apriori matériel, position que certaines sémiotiques actuelles, celle des formes de vie entre autres, ont pleinement assumée. De La phénoménologie de la perception de Merleau-Ponty, par les Écrits sur le langage de Hendrik Pos jusqu’aux Idées de Husserl8, telle est la toile de fond phéno­ménologique qui inspire, suggère et amende la sémiolinguistique structurale, sans pourtant être globalement intégrée. Cette toile de fond fonctionne comme un horizon de problématisation tout au long du parcours sémio­linguistique et c’est ainsi qu’elle ouvre la notion de structure vers son avenir.

Ce qui est vrai de la phénoménologie l’est également de la morphologie qui a exercé ce même rôle d’une problématisation fondamentale du projet structura­liste. Toute une tradition morphologique inaugurée par Goethe a profondé­ment inspiré une certaine sémiotique, celle de René Thom à Jean Petitot9. La «structure» y est incrustée dans la morphogénétique d’une «force forma­trice» (bildende Kraft), «un principe dynamique interne producteur de transformations». L’organique objective ainsi une structure morphogéné­tiquement générée. La semiosis, nous enseignent les tenants de la pensée morphogénétique, est caractérisée par une genèse dynamique, par l’auto­régulation et en même temps par une stabilisation structurale. Rappelons dans ce contexte l’épistémologie linguistique de Cassirer dans son dernier texte notoire de 1945, «Structuralism in modern linguistics», où le philo­sophe présente, de son point de vue morphologique, sa conception de la notion de «structure» (Cassirer 1945, 97-120) en commentant en premier lieu la linguistique de Jakobson et de Troubetzkoy10. Cassirer récupère la morphologie goethéenne et incorpore la notion d’energeia de Humboldt mais il ne prône certainement pas un biologisme généralisé. Le langage, comme toute autre sphère de signifiance ou comme n’importe quel univers symbolique, n’est pas vu par Cassirer comme un organisme biologique, mais bien plutôt comme organique au sens structural. Cassirer défend une mor­phologie de l’organique qui pourrait servir de concept central épistémo­logiquement fondé du struc­turalisme moderne. Ce structuralisme ne devrait pas se projeter comme un humanisme moralisant mais bien plutôt s’incarner dans une anthropologie des formes symboliques ayant pour unique enjeu de déboucher sur la vie, l’événement et l’individu11. La finalité de la sémio­linguistique n’est certaine­ment pas de rendre compte de structures intem­porelles, mais bien plutôt de développer avant tout «une méthode selon laquelle les parties n’ont de sens que par rapport au tout dans lequel elles s’insèrent, en tenant compte de «structures» (ou ensembles, Zusammenhänge) auxquelles on peut accorder une certaine permanence malgré les modifications historiques» (Cassirer, op. cit., 178 et 220). La vie, le sujet, l’événement ne sont pas de substances fixes. Le sujet est pluriel, toujours en devenir de lui-même, tout d’ailleurs comme la réalité environ­nante. Il est vrai que le moteur qui marque en profondeur la pensée de Cassirer, est bien celui d’une dialectique de la structure et de la vie : «la vie suit une dialectique plurielle vers toujours plus de complexité», énonce Cassirer, «sans jamais une fermeture de ce processus indéfiniment créatif» (op. cit., 345). En un mot, la structure est vivante, elle rend compte de l’événementialité, de la spontanéité et de la créativité de la semiosis. La forme renvoie toujours à d’autres formes selon un processus de transformations infinies. Cassirer présume que la linguistique structurale est une vraie «science humaine» dès que son discours se déploie comme une «syntagmatique rationnelle» qui, en tout cas, exclut toute tentation positiviste et naturaliste. Le syntagme de «syntagmatique rationnelle» revient d’ailleurs chez Greimas, là où il déter­mine le savoir sémiotique. J’y reviens dans ma conclusion. Plus en général, c’est la profonde conviction de Cassirer qu’il faut insérer le structuralisme, saussurien ou jakobsonien, dans la longue histoire de la philosophie de la culture, de la philosophie du langage et de l’épistémologie des sciences humaines, par le biais d’une compréhension holistique et organique de la civilisation, de l’histoire et de l’homme. Cassirer introduit des théorèmes qui pourraient être décisifs pour la sémiotique à venir, ceux de pregnance symbolique et de style structural, deux perspectives qui suggèrent une ouverture de la «structure» vers son devenir, vers l’idée de la «structure structurante».

On n’en doute pas, la sémiotique structurale de Greimas s’insère dans la riche histoire des sciences humaines contemporaines. La modélisation si consistante, si cohérente qu’elle propose, est perméable aux deux toiles de fond qui la problématisent : d’une part, on constate dans l’épistémologie sémiotique une fascination pour l’a priori matériel, dans les termes de Pos : toute signifiance «vit» l’expérience de sa subjectivité qui est toujours en même temps l’expérience de sa co-subjectivité et de sa com­munautarité. Ce que Husserl et Pos appellent «conscience naturelle» est plutôt identifié par Greimas et Lévi-Strauss comme «esprit humain». L’autre toile de fond – la morphologie d’origine goethéenne et humboldtienne se cristallisant dans Cassirer – hypostasie l’energeia d’une raisonnabilité «en vie», organique et perpétuellement symbolisante, en d’autres mots, un «esprit» qui fonctionne comme une dynamique de structuration transpositive. On ne peut que constater que ces deux toiles de fond, si influentes, inspirent et menacent en même temps et qu’elles sont ainsi systématiquement refoulées par la doxa structuraliste.

Une seconde stratégie qui nous mène vers une reformulation de la notion de «structure» consiste dans la revalorisation de la nébuleuse des multiples structuralismes. On est habitué d’envisager l’histoire du structuralisme com­me une évolution linéaire partant de Saussure et progressant vers Greimas et Lévi-Strauss en passant bien sûr par Hjelmslev12. C’est dire que la démarche structuraliste dans son entièreté serait enracinée dans la pensée linguistique de Ferdinand de Saussure. Il convient de détrôner ce modèle historio­graphique, uniquement axé sur le structuralisme «franco-parisien», de Saussure à Greimas, Barthes, Lévi-Strauss, Lacan, Foucault même, c’est dire la généalogie saussurienne du structuralisme dans le contexte intellectuel parisien des années soixante et soixante-dix. Il faut se rendre compte qu’il existe une longue histoire du structuralisme dont la variante franco-parisienne n’est qu’une pousse, et il convient ainsi de revaloriser d’autres modèles historiographiques nous permettant de comprendre d’une façon comparative différentes déterminations de la notion de «structure»13. Même si le structuralisme franco-parisien, s’est imposé comme un puissant mouve­ment épistémologique et idéologique, on est forcé de constater des diver­gences et des nuances entre les multiples structuralismes, précisément concer­nant la détermination du concept pivotal de «structure» (Voir Parret 1996, 317-342).

C’est d’ailleurs Jakobson qui a inventé l’étiquette de «structuralisme» pour caractériser une nouvelle science linguistique appelée à résister à l’en­gluement dans le positivisme, le naturalisme, le substantialisme, l’atomisme. Jakobson était d’emblée conscient du fait que le structuralisme de Prague et celui de Genève, plus tard celui de Copenhague, ouvraient des cheminements bien différents, difficiles à synthétiser (Sériot, op.cit., 290-294). Ce n’est pas que le structuralisme pragois a été épistémologiquement plus consistant que le structuralisme saussurien ou empiriquement plus fécond, mais c’est bien le cas que la notion de «structure» y est comprise dans un sens totalement différent. La «struc­ture» n’y est pas prônée comme «systématiquement différentiel et catégo­riel» mais comme une totalité, ce qui donne à l’architec­ture de la linguistique pragoise une coloration épistémologique tout diffé­rente (Ibidem, 294). Pour comprendre cette double conception de la structure, la genevoise et la pragoise, on peut recourir à l’opposition des deux épistémès paradigmatiques qui marquent l’histoire de la philosophie moderne. D’une part, la structure comme totalité, c’est Hegel, la synthèse dia­lectique du Romantisme avec sa métaphore du Tout organique, et de l’autre, la structure comme système, c’est Kant, le rationalisme des Lumières avec son épistémologie analytique, transcendantale et catégorielle. Ce n’est pas que Jakobson et Troubetzkoy sont d’authentiques Naturphilosophen ni des néoplatoniciens, et pourtant ils cultivent l’idée de la nature humaine parlante et de la communauté discursive comme étant aspirée par une totalité tran­scendante. Il faut évidemment formuler ce genre de généralisation avec précaution et prudence. Mais notons quand même que le structuralisme saussurien refoule la conception pragoise de la structure comme étant trop continuiste, trop holistique, trop essentialiste. On ne peut nier que la conception saussurienne de la semiosis implique une notion de «structure» comme système relationnel de différences, de valeurs, de caté­gories. L’axiomatique saussurienne et toute la science structurale qui en est tributaire, ne se transforme en procédure de découverte qu’à partir du mo­ment où elle projette la méthode ascétique du «point de vue qui crée l’objet». Selon l’ascétisme perspectival et catégoriel du structuralisme de Genève et de Copenhague, la totalité ou la Gestalt paraît comme un véritable obstacle à l’imposition de la forme structurale.

Certaines stratégies méthodiques des linguistes de Prague sont extrême­ment valables, comme le dépassement du mécanicisme positiviste, comme la critique du hasard aveugle dans la diachronie des phénomènes langagiers, comme l’opposition radicale au naturalisme de l’ancienne linguistique néo­grammairienne, et avant tout comme la résistance à la tendance dichoto­misante, les dichotomies de langue/parole et de synchronie/diachronie en premier lieu. Remarquons que le structuralisme pragois, plus que le struc­turalisme genevois, assimile facilement l’option morphologique, défendue avec ferveur dans la philosophie de Cassirer. Dans le cadre de la sémio­linguistique postsaussurienne, greimassienne par exemple, l’empirie des phénomènes est toujours trop complexe, trop plurivoque, pour la faire entrer dans le modèle – ainsi le son marqué par le timbre unique d’une voix, le discours dans sa variabilité inépuisable… Par contre, Jakobson en sémantique et en poétique, tout comme Troubetzkoy en phonétique, poursuit inlassable­ment une quête continuiste sans trop se soucier des coupures dichotomisantes ou des réductions épistémologiques comme celles à l’œuvre dans la modéli­sation formalisante, hjelmslevienne par exemple. Les Pragois sont fascinés plutôt par la complétude et la concrétude de l’objet réel, par l’harmonie de l’univers dynamique perçu par les sujets comme une totalité dans et à travers les réalisations de la communication et du vivre-en-communauté. Le réel, pour les Pragois, est un Tout organisé, et la conception pragoise de l’objet sémiotique implique un regard totalisateur sur la semiosis. Il faut ajouter encore un autre élément constitutif de l’axiomatique pragoise : pour les Pragois, la subjectivité parlante est «le sentiment d’un lien interne, organi­que, entre les éléments à répartir… […] Le système ne reste jamais suspendu en l’air… Le sujet est prédisposé intérieurement à une conception totalisante du monde», telle est la philosophie de Jakobson, comme il l’exprime dans sa nécrologie de Troubetzkoy, en 1939 (Jakobson 1973, 298). On a pu dire en effet que le structura­lisme de Jakobson et Troubetzkoy est une «pensée du lien», une «méthode du liage» (Sériot, op.cit., 282): l’ordre des choses du monde se découvre à ceux qui sont à la recherche de parallélismes, de symétries, de ressemblances, de Zusammenhänge, toute cette recherche étant en effet une quête anthropo-ontologique sans fin. Il y a chez les Pragois d’une part la reconnaissance de la concrétude de la semiosis mais en même temps une recherche obstinée de «structures essentielles». La litanie de preuves accumulées, la taxinomie de «types» ne mènera jamais à une synthèse globale et homogène des faits empiriques. La méthode du liage aspire à la découverte des essences cachées derrière la multitude des phénomènes, et c’est ainsi que l’on a souvent qualifié le projet pragois comme une quête à coloration platonisante. Prague construit l’ontologie holistique des types à partir de la concrétude des phénomènes, en opposition avec Genève et Copenhague dont l’ambition est la construction catégorielle de schémas. Jakobson et Hjelmslev, Hegel versus Kant, deux structuralismes qui sont passablement irréconciliables : les Pragois cultivent un réalisme idéalisant à l’égard de l’objet sémiotique, les Genevois, de l’axiomatique saussurienne par Hjelmslev à la sémiotique greimassienne, un nominalisme schématisant. Deux conceptions également de l’immanence : pour Jakobson et Troubetzkoy, la structure est immanente à l’ordre des choses, pour Saussure, certes le Saussure «canonisé», la structure est immanente à l’objet construit en sys­tème de valeurs, immanente par conséquent du point de vue d’un modèle méta­linguistique. On a affaire, à première vue, à deux conceptions de la «structure» qui attestent plus d’antagonisme que de solidarité. Et pourtant la reconnaissance de la spécificité des orientations structuralistes si divergentes est un moyen stratégique – la seconde stratégie d’«ouverture» – qui pourrait mener à une reformulation de la notion canonique de «structure».

J’ajoute une réflexion concernant la notion de «structure» comme elle fonctionne dans l’esthétique structurale14. Si j’invoque à nouveau Jakobson, c’est que ce linguiste-philosophe-poéticien considère la dimension esthétique du langage comme essentielle à sa nature et à son fonctionnement15. L’esthétique structurale, quasi inexistante dans le cadre de la sémiolinguis­tique postsaussurienne, est prépondérante dans l’histoire intellectuelle des années vingt et trente du Cercle linguistique de Prague, avec ses poètes, ses écrivains et ses esthéticiens, qui étaient d’ailleurs tous bien informés autant de la phénoménologie de Husserl que de la philologie historique et de la lin­guistique néogrammairienne. En effet, le structuralisme pragois semble avoir assimilé l’histoire de la philosophie allemande et des sciences humaines, comme le néo-humboldtisme et certainement l’idéalisme de Hegel et la Naturphilosophie de Schelling. J’ai pu qualifier la phénoménologie et la mor­phologie comme les toiles de fond du structuralisme greimassien, mais il est évident que Husserl, Goethe, Humboldt, Cassirer fonctionnent comme les sources intellectuelles de l’esthétique structurale de Prague, de Jakobson en particulier, avec un impact beaucoup plus puissant que dans le structuralisme postsaussurien.

La notion de «structure» comme elle fonctionne en esthétique structurale nous intéresse particulièrement et je me permets d’évoquer la façon dont le Pragois le plus sagace dans ce domaine, Jan Mukařovský, étale ce problematon16. Chez Mukařovský, la «structure» n’est pas définie comme système de différences ou d’oppositions, bien qu’il connaisse et cite le Cours de linguistique générale. Dans sa conception, un ensemble est plus que la somme des parties, le tout a des propriétés qualitatives qui dépassent celles des composantes. Plus particulièrement quand il s’agit d’une œuvre d’art, la signifiance structurale est individuelle, personnelle, idiosyncratique, non pas universelle ni éternelle17. Par conséquent, la «structure» est une totalité soumise à une temporalité qui crée et détruit, à une dialectique de la tradition et de la nouveauté. Une forme structurale n’organise pas seulement l’œuvre dans sa particularité, mais elle marque également, «structuralement», la chaîne diachronique des créations d’un artiste. L’interaction entre les arts aussi, entre la musique et la poésie, est soumise à une dynamique de structuration qui se stabilise toujours et nécessairement dans un certain équilibre fluctuant. C’est dire que la «structure» d’une œuvre d’art apparaît comme un événement, comme une dialectique de mobilité et de stabilité. La «structure» n’est pas seulement cette totalité-événement, elle est également et d’essence un dynamisme, un regroupement constant, un équilibre interne de polarités dialectiques, elle est un champ de forces. Mukařovský fait souvent référence à Goethe pour illustrer le caractère organique, dynamique et tensif de la totalité structurale. Dire qu’une forme structurale est holistique – la structure comme totalité – n’est pas suffisamment spécifique puisqu’il faut stipuler en plus que la forme structurale est tensive, qu’elle est une configuration de forces. En effet, Mukařovský caractérise la forme structurale comme une configuration, une totalité tensive qui a une Gestaltqualität qui est pleinement sensorielle et perceptive18. Une configuration ne peut fonctionner que quand elle est perçue sensoriellement – les exemples préférés d’une telle Gestaltqualität, pour Mukařovský, sont bien les «qualités» de la mélodie et le vers. Gestaltqualität est plus que «composition» : une «composition» est organisée à partir d’un schéma désincarné tandis que la Gestaltqualität est incarnée. Les symptomes de la Gestaltqualität, sa proportionnalité, sa symétrie ou dissymétrie, sa tensivité, ne sont identifiables qu’en tant que corrélat temporalisé d’une réceptivité sensorielle. Selon Mukařovský, les entités différentielles et participatives d’une œuvre d’art ne sont jamais compositionnelles mais bien plutôt configuratives. Seule une configuration d’entités participatives forme une totalité et homo semioticus ne perçoit pas sensoriellement la composition mais bien la configuration ou la Gestaltqualität de l’œuvre d’art. Cette Gestaltqualität est surtout créée par la spécificité des matériaux de l’œuvre, ainsi que la dureté de la pierre d’une sculpture qui «configure» la surface d’une statue. On constate que la configuration génère une certaine variance dans l’interprétation. Puisque la configuration est un procès, un événement, une totalité dynamique, la réception sensorielle générera des «états de conscience» discontinues. L’émergence de la «structure» dans la perception, la «structuration», sera toujours vécue comme la perturbation d’un équilibre provisoire, d’une synthèse constamment soumise à des forces événementielles et organiques. C’est le principal enseignement de l’esthétique structurale de Jan Mukařovský.

 

Footnotes

1Les Éditions du Seuil publient en plein «mai 68» un volume collectif Qu’est-ce que le structuralisme ? où sont commentés les structuralismes en linguistique, en poétique, en anthropologie, en psychanalyse, en philosophie. Sémantique structurale venait d’être publié en 1966 mais ce livre fondateur n’est pas vraiment intégré dans les considérations d’Oswald Ducrot, responsable de la section sur la linguis­tique. L’ascétisme structuraliste où la structure linguistique se rapproche de la structure mathématique s’incarne pour Ducrot avant tout dans la glossématique hjelmslev­ienne. Il semble bien que pour Ducrot la combinatoire sémantique que Greimas propose dans Sémantique structurale n’est qu’un épiphénomène du structuralisme linguistique et non pas un geste fondateur. Par contre, François Dosse (1991-1992), évoque très souvent Greimas tout au long des pages des deux volumes. L’auteur de Sémantique structurale est classé par Dosse parmi les «struc­turalistes scientistes» (I, 13) et présenté comme le champion d’une pensée formaliste qui «réduit» l’intuition et l’expérience, et comme le défenseur d’une épistémologie dissociée de toute pers­pective humaniste, une pensée anhistoriciste et intemporelle, pour certains «com­plète­ment stérile et mystique» (I, 265). La «structure profonde, cachée, occulte» exaltée dans le parcours génératif ne peut être considérée qu’avec suspicion, nous avertit Dosse, comme une spéculation purement conceptuelle. Et Dosse nous rappelle que, du point de vue de la critique politique, «mai 68» a signifié pour Greimas sa traversée du désert. On se rappelle le slogan révolutionnaire : «Les structures ne descendent pas dans la rue». Greimas, comme d’ailleurs Lévi-Strauss, en a été une véritable victime.

2Le terme est inventé par S. Thion (1966, 219-227).

3Le Second Dictionnaire ne mentionne plus la notion de «structure».

4C’est sans doute la conception de la structure chez Lévi-Strauss plus que celle de Greimas qui témoigne d’un tel réductionnisme. Lévi-Strauss est souvent considéré comme le Pontifex Maximus du structuralisme dans les sciences humaines. Greimas, pour justifier sa définition de la structure, ne cite que Hjelmslev (entre autres, le concept hjelmslevien d’état linguistique dans son rapport au fonctionnement de la structure dans l’espace et dans la durée historique, l’opposition de la structure à l’usage) comme sa source incontestable d’inspiration. Si Lévi-Strauss ne mentionne ou ne commente jamais Greimas, le contraire est également vrai. Et pourtant, on peut lire à ce propos «Structure et histoire», article de 1966, repris dans Du sens. Essais sémiotiques, 103-115, où Greimas constate que les modèles générés par la méthodologie structuraliste, essentiellement lévi-straussienne, n’a rien d’antihistorique et «préparent ‘probablement’ un renouveau des recherches historiques» (113). C’est bien dans ce texte que Greimas utilise le concept de transcodage dans un sens conforme à notre mise en avant heuristique de ce concept : «La durée historique ne serait pas pour autant entièrement abolie, mais transcodée dans un nouveau langage descriptif» (106). Le très célèbre Chapitre XV d’Anthropologie structurale, «La notion de structure en ethnologie», 303-351, contient un passage où Lévi-Strauss justifie ses analyses structurales des données ethnographiques par un modèle comportant les plus classiques des conditions épistémologiques structuralistes : «Une structure offre un caractère de système. Elle consiste en éléments tels qu’une modification quelconque de l’un d’eux entraîne une modification de tous les autres ; Tout modèle appartient à un groupe de transformations dont chacune correspond à un modèle de même famille, si bien que l’ensemble de ces transformations constitue un groupe de modèles ; Les propriétés indiquées ci-dessus permettent de prévoir de quelle façon réagira le modèle, en cas de modification d’un de ses éléments ; Le modèle doit être construit de telle façon que son fonctionnement puisse rendre compte de tous les faits observés» (306). La nécessité de la composante transformationnelle du modèle chez Lévi-Strauss et ses considérations sur «les formes de l’activité inconsciente» n’ont jamais pu intéresser directement l’épistémologie greimassienne. Voir pour cette matière, Thion, op.cit. Note 9.

5Je me sens en parfait accord avec le point de vue défendu par Jacques Fontanille (2014, 257-279). Je cite : «… Le développement et la diversification des recherches sémiotiques nous conduisent donc à ce moment critique, où il faut redéployer l’ensemble de l’architecture sémiotique sur plusieurs plans d’immanence différents. Et, de ce fait même, la créativité du principe d’immanence s’en trouve redéployée et multipliée. Le principe d’immanence devient alors une stratégie d’immanence qui redéfinit sans cesse son objet, qui l’invente et le remet en question, puis en invente un autre. / Dès lors, la sémiotique en tant que domaine de recherche ne se définit plus par son objet et son périmètre d’immanence, mais par les contraintes qu’elle impose à sa stratégie d’immanence. […] … La sémiologie contemporaine se définit également par la manière dont elle appréhende la sortie de l’immanence : principalement au moment de la sémiose, qui doit obéir à un principe de réalité, et qui participe donc d’un autre mode d’existence que ceux du système. Par conséquent, la sémiose devient le moment critique, pour l’épistémologie sémiotique, le moment où elle doit rendre compte des conditions et des modes d’instauration de ces ‘réels’ et de ces ‘existants’ que sont les sémiotiques-objets» (Ibidem. 275-276).

6Merleau-Ponty a eu une influence considérable sur la «sémiotique subjectale» de Jean-Claude Coquet (2007). Coquet a souvent mis en chiasme les conceptions du langage et de la semiosis chez Maurice Merleau-Ponty et Emile Benveniste. Ce n’est pas en ce lieu que je devrais poursuivre ce rapprochement et cette filiation (voir un article intéressant d’Ahmed Kharbouch (2017), et une belle étude que Jean-Claude Coquet (2016, 59-96) consacre à Benveniste et Merleau-Ponty. Je me permets de rappeler que Merleau-Ponty a exprimé son appréciation pour Hendrik Pos dans sa conférence célèbre de 1951, «Sur la phénoménologie du langage», reprise dans Signes (1960, 105-122). Merleau-Ponty cite un article de Pos, «Phénoménologie et linguistique» (1939, 354-365) (repris dans Pos, 2013, 193-206), où il affirme que la philosophie linguistique de Pos est en parfaite concordance avec les efforts du dernier usserlHuHusserl quand il argumente contre la «conception eidétique de tout langage possible», donc contre l’objectivation «devant une conscience constituante universelle et intemporelle» et en faveur d’un «retour au sujet parlant, à mon contact avec la langue que je parle» […] ; «du point de vue phénoménologique, c’est-à-dire pour le sujet parlant qui use de sa langue comme d’un moyen de communication avec une communauté vivante, la langue retrouve son unité» (Merleau-Ponty, 1966, 106-107). Merleau-Ponty reconnaît par conséquent chez le dernier Husserl et également chez Pos une puissante critique du positivisme dans les sciences humaines, de la linguistique en particulier, et la défense d’une conception pragmatique du langage organisée autour du sujet parlant et de sa rationalité, de son intersubjectivité, de ses temporalités… Nul doute que Merleau-Ponty fait de Hendrik Pos son allié dans le combat pour une approche phénoménologique (post-husserlienne) du langage, contre tout scientisme dont pourrait être également accusé un certain structuralisme immanentiste. Merleau-Ponty remarque que Pos, dans ses considérations épistémologiques, propose d’accéder à la «langue vivante et présente dans une communauté linguistique qui s’en sert non seulement pour conserver, mais encore pour fonder, pour viser et définir un avenir» (Ibidem. 131) ; «le langage n’est pas un soi-disant système d’éléments qui s’additionneraient peu à peu, elle est comme un organe dont tous les tissus concourent au fonctionnement unique» (Ibidem). Notons que Merleau-Ponty attribue cet accent bio-morphologique à la pensée du langage chez Pos. Le lecteur d’Ideen I de Husserl va d’ailleurs également rencontrer chez Pos la notion de Lebenswelt et d’un Logos «élargi» qui anime le langage – Husserl évoque également dans ce contexte le «Logos du monde esthétique».

7On ne peut pas ne pas au moins signaler l’importance du phénoménologue-herméneute Paul Ricœur comme philosophe antagoniste privilégié de Greimas. Leur «combat amoureux» a été extrêmement fructueux, et les multiples études que Ricœur a consacrées à l’épistémologie greimassienne, et plus spécifiquement à la narratologie et au modèle actantiel, témoignent de la fécondité de leur débat. On peut lire avec grand profit l’entretien souvent cité entre Greimas et Ricœur (recueilli dans Nef 1976). Dans La métaphore vive (1975), Ricœur loue Greimas parce qu’il a su distinguer clairement entre la composition sémique des mots de la structure conceptuelle et ses référents (op.cit., 134). Le philosophe a saisi excellemment l’importance de la notion d’isotopie chez Greimas et la spécificité radicalisée du niveau stratégique de la sémantique structurale à l’égard des stratégies rhétoriques (surtout chez G. Genette et J. Cohen). Reste que Ricœur a plus de confiance dans une épistémologie sémiolinguistique de l’opération que dans celle de la structure : «la stylistique a beaucoup à attendre de cette discrimination fondée sur la différence des opérations» (Ibidem, 257). C’est certain que Ricœur n’adhère pas vraiment au structuralisme greimassien, même s’il y voit une excellente heuristique. Le chapitre «La sémiotique narrative de A.J. Greimas» (1984, 71-91), démontre que Ricœur a pu profiter entretemps de la lecture du Maupassant où il admire l’enrichissement radicalisé du modèle actantiel qu’il analyse extensivement et en profondeur («Quoi qu’il en soit du caractère laborieux de son établissement, le modèle se recommande par sa simplicité et son élégance», Ibidem. 73). L’attention de Ricœur se fixe surtout sur la résistance de la temporalité narrative à la simple chronologie, et il s’inquiète principalement de l’homologation des différentes étapes du parcours génératif (le soi-disant «modèle constitutionnel») jusqu’à la surface des manifestations (Ibidem., 76-77). Ricœur prend très au sérieux l’analyse narratologique et actantielle dans le Maupassant qu’il juge bien positive : «Reconnaître ce caractère mixte [conceptuel et ‘pratique’] du modèle de Greimas, ce n’est pas du tout le réfuter : c’est au contraire porter au jour les conditions de son intelligibilité» (Ibidem., 91).

8Greimas mentionne Husserl avec respect dans «L’énonciation (une posture épistémologique)» (1974). Husserl renseigne comment mettre entre parenthèses le sujet de l’énonciation par sa stratégie épistémologique, appelée «réduction phénoménologique», «l’opération qui nous a permis de respirer, […] de poser le monde comme objet, le monde des phénomènes inconnaissables. La théorie des sèmes des relations se pose sur des implications philosophiques de ce genre-là» (25). Ce que Greimas retient de Husserl n’est pas tant sa phénoménologie de la présence, mais son épistémologie de la constitution de l’objet de connaissance, ce qui bloque évidemment toute interprétation non textuelle de l’énonciation comme source originelle non sémiotisable.

9Voir Petitot 2004, surtout 15-18 et 69-74. On peut y consulter un brillant panorama de la «scène sémiotique» déployée autour de Greimas dès 1967, avec toutes les influences et intersections possibles de la sémiolinguistique greimassienne avec le contexte scientifique (mathématiques, sciences naturelles et humaines) de cette époque. Petitot esquisse très pertinemment l’impact de la morphologie, à partir de Goethe et en passant par Lessing, et ensuite par René Thom, sur la pensée greimassienne (voir Petitot, 2017, 120).

10On dit souvent que Cassirer était mis au courant des travaux de Jakobson à travers Lévi-Strauss qui en fait de fervents éloges. Van Vliet développe ce thème dans sa monographie instructive, La forme selon Ernst Cassirer. De la morphologie au structuralisme (2013). Elle a étudié la correspondance dense entre Jakobson et Cassirer entre 1941 et 1944 (voir Ibidem., 309-310). Toutefois, il est évident que la pensée de Cassirer est plus explicitement présente dans les travaux de Lévi-Strauss, surtout dans ses analyses de mythes (La pensée sauvage et Mythologiques).

11Plus épistémologiquement orientée que celle de Muriel Van Vliet est l’étude de Lassègue (2016) où le terme de «sémiotique» ne concerne certainement pas la sémiotique greimassienne, mais plus généralement la «science des signes».

12Sériot (1999) insiste avec force sur cette nécessité de reconnaître que le «structuralisme parisien» (1960-1980) doit être «décentré» (op. cit., 13-23). Sériot prêche le retour à une histoire plus complexe et plus englobante de structuralisme dont l’origine devrait d’ailleurs être placée plutôt en Europe de l’Est, avec le formalisme russe et la sémio-linguistique de l’École de Prague.

13Effort effectué par Flack (2016).

14L’«esthétique structurale» ou la «poétique structurale» s’applique essentiellement à la littérature. Pour un excellent panorama, peut-être un peu daté, voir Culler, 1975, 55-74.

15Ce n’est pas l’étude célèbre «Linguistique et poétique» (1963 [1960], 209-248), qui retient mon attention en ce lieu. Les analyses jakobsoniennes de Pouchkine, de Maïakovski, de Hölderlin, de Pasternak, de Rousseau et de Baudelaire, tout comme de Klee et de Malevitch, témoignent d’une extrême sensibilité poético-esthétique. «Les amoureux fervents et les savants austères», vers dans Les Chats de Baudelaire dont Jakobson a si délicatement commenté l’antithèse, est un syntagme qui caractérise si parfaitement Jakobson, savant et en même temps esthète. T. Todorov cite ce syntagme de Baudelaire dans son Avant-propos de Russie folie poésie (op.cit.) pour qualifier la personnalité de Jakobson. Tzvetan Todorov s’est beaucoup intéressé à la poético-esthétique de Jakobson, et il a publié la plupart des textes importants dans deux recueils : Jakobson, 1986 et 1977. Voir également Jakobson 1973.

16La plupart des essais d’esthétique structurale de Jan Mukařovský ont été traduits du tchèque en anglais, dans deux recueils : 1979 ; et, plus important pour notre perspective, 1978. Deux textes ont été traduits en français : «L’art comme fait sémiologique» et «La dénomination poétique et la fonction esthétique de la langue» (Mukařovský 1970). Voir surtout «On Structuralism» (Mukařovský 1978, 3-16) et «The Concept of the Whole in the Theory of Art» (Ibidem, 70-81). Pour la meilleure présentation de l’esthétique structurale de Mukařovský est celle de Veltrusky 1980-81 ; pour la notion de structure chez Mukařovský, voir surtout 121-125 et 131-134. Il est intéressant de noter que Mukařovský avait bien assimilé les linguistiques et les philosophies d’Eduard Sievers, Antoine Meillet, Maurice Grammont, Karl Vossler, Leo Spitzer et qu’il était grand lecteur de Paul Valéry. Il s’oppose, comme d’autres membres du Cercle linguistique de Prague (Jakobson, Bogatyrev), à la dichotomisation radicale de langue et parole, mais également à une introduction globale des thèses du formalisme russe.

17Veltrusky, op.cit, remarque que le concept de «structure» est en premier lieu applicable à une œuvre individuelle et spécifique. Dans ce cas, la «structure» peut être prédiquée sur l’organisation matérielle de l’artefact ; elle peut être projetée «objectivement» dans l’œuvre, mais elle peut également être attribuée à l’«objet esthétique» qui est dans la conscience du sujet qui perçoit. Cet «objet esthétique» est un réseau de relations «mobiles» en équilibre dynamique. A part cette double définition de «structure» de l’œuvre individuelle, il faut distinguer encore la «structure» comme elle se présente dans la conscience collective sous la forme de la tradition vivante (pour la discussion de cette triple conception de «structure», voir Veltrusky, op. cit, 122-123). IL est nécessaire de noter que, en introduisant la tradition dans l’épistémologie de la notion de «structure», Mukařovský «dépsychologise» cette notion pour la «socialiser» davantage. N’oublions pas que Mukařovský adhère à l’idéologie marxiste et que son esthétique structurale n’en est pas totalement indépendante.

18Le Cercle linguistique de Prague explicite en 1945 l’idée du rapport du structuralisme avec le holisme (voir Mukařovský, op.cit., 70-81). Mukařovský distingue entre «structure» et «Gestalt» qui est une catégorie plus englobante. La distinction n’est pas toujours évidente mais un critère au moins les distingue : la «structure» est «ouverte» et on peut la considérer comme un «fait social» logé dans la conscience collective ; le «Gestalt» est un Tout fermé, une configuration fonctionnant comme un organisme – c’est en fait une notion d’origine «biologique». Toutefois, la distinction entre structure et Gestalt n’est pas évidente et défendue dans tous les textes de Mukařovský, et elle tend à perdre sa radicalité dans la typologie classique en trois types de «structures» : la structure matérielle (objective) de l’artéfact, la structure intériorisée (subjective) dans la conscience individuelle, et la structure conçue collectivement et traditionnellement. Je retiens le deuxième type (la structure intériorisée par l’individu) comme la catégorie centrale de cette typologie. Notons qu’il y a une hiérarchie entre ces trois types de «structures», hiérarchie que Mukařovský discute avec précision dans «L’art comme fait sémiologique», op.cit. (Note 39). Il est vrai que la «structuralité» culmine dans toute sa pureté dans l’œuvre d’art et l’expérience que l’on en a. De là l’importance de l’esthétique structurale et la qualification du fait sémiologique à partir d’une théorie de l’art (l’œuvre d’art est en même temps signe, structure et valeur). La «structure» fondamentale de l’œuvre d’art est «dans la conscience collective», i.e. le troisième type de structure. La philosophie sous-jacente de Mukařovský dépsychologise et communautarise la «structure»: «Il est de plus en plus clair que la charpente de la conscience individuelle est donnée, jusque dans les couches les plus intimes, par des contenus appartenant à la conscience collective. […] L’œuvre d’art ne saurait être identifiée, comme l’a voulu l’esthétique psychologique, avec l’état d’âme de son auteur ni avec aucun d’état d’âme qu’il provoque chez les sujets percevants : il est clair que chaque état de conscience subjectif a quelque chose d’individuel et de momentané qui le rend insaisissable et incommunicable dans son ensemble, tandis que l’œuvre d’art est destinée à servir d’intermédiaire entre son auteur et la collectivité. Reste encore la ‘chose’ représentant l’œuvre d’art dans le monde sensible qui, sans aucune restriction est accessible à la perception de tous. Mais l’œuvre d’art ne peut non plus être réduite à cette ‘œuvre-chose’ […] Nous pouvons dire que l’étude objective du phénomène ‘art’ doit regarder l’œuvre d’art comme un signe composé d’un symbole sensible créé par l’artiste, d’une ‘signification’, déposée dans la conscience collective, et d’un rapport à la chose signifiée, rapport qui vise le contexte total des phénomènes sociaux. La deuxième de ces composantes contient la structure propre de l’œuvre» (op.cit, traduction Poétique, voir note 39, 387 et 389). Il est capital pour Mukařovský que la forme structurale d’une œuvre d’art comporte ces trois types de structuration qui sont dialectiquement reliés mais téléologiquement orienté vers la présence de l’œuvre d’art dans la «conscience collective».

Introduction

The relationship between phenomenology and structuralism has generally been pictured as one of opposition, even antagonism. To take one example, Michel Foucault wrote in the English preface to <i>The Order of Things</i>: « If there is one approach that I do reject […] it is that (one might call it, broadly speaking, the phenomenological approach) which gives absolute priority to the observing subject, which attributes a constituent role to an act, which places its own point of view at the origin of all historicity – which, in short, leads to a transcendental consciousness » (Foucault 2002, xv). Perhaps as a result of such positions, structuralists and phenomenologists have tended to ignore their respective concepts and fundamental assumptions. As Sémir Badir writes in these pages, « on the whole, phenomenologists rarely read the works of semioticians or linguists; as to the knowledge that semioticians have of pheno­menology, one has to admit that it is often superficial » (Badir, <i>infra</i>).

Despite this mutual ignorance (which in any case seems to be subsiding, cf. Bordron 2011, Denis 2011), it is possible to construe the opposition between phenomenology and structuralism more positively, in terms of their <i>complementarity</i>, or – in the words of Bernard Waldenfels (2005) – as a <i>fratricide</i> or <i>parricide</i>, that is to say as opposing elements which nonetheless share a common origin and genealogy. It is in this sense, for instance, that Elmar Holenstein has claimed that « phenomenology constitutes the histo­rical and material condition of possibility of structuralism » (Holenstein 1975). This more synthetic line of research pioneered by Holenstein in the 1970s has recently regained its vigour (cf. Stawarska 2015, De Palo 2016, Aurora 2017, Flack 2018) and is the one pursued by the contributions in this issue. Its main premise is that phenomenology and structuralism emerged as pan-European, interdisciplinary traditions which, far from representing con­flicting or alternative schools, developed within a wide and complex network of mutual influences at the beginning of the 20th Century.

As examples of this network, one can mention here the traces of the direct and indirect influence of Husserl’s writings on many of the different scientific theories in which a structuralist or proto-structuralist approach was first de­veloped. For instance, Husserl played such a crucial role for the development of the theoretical principles of the structuralist trend in psychology, namely Gestalt psychology, that he can be considered with Christian von Ehrenfels and Carl Stumpf as one of its founding fathers (cf. Ash 1995). Similarly, Husserl’s notion of figurales Moment – introduced in his first philosophical work, Philosophy of Arithmetic – can be fully considered as a theoretical pre­cursor of the key concept of Gestalt (cf. Ierna 2009).

In the mathematical tradition of structuralism (associated initially with the work of the Bourbaki or David Hilbert), Husserl’s main contribution lies in the widening of the mathematical concept of manifold. The comparison between Husserl’s theory of pure manifold and Bourbaki’s structuralist project is of particular interest. As Guillermo Rosado Haddock has observed, « Bourbaki’s conception of mathematics is very similar to that of Husserl » (2006, 213). In fact, « universal algebra and general topology are clearly partial realisations of the Husserlian ideal ». As such, Husserl anticipates « future developments in mathematics, namely, the possibility of combining different but compatible mathematical structures to obtain a complex mathematical manifold » (Ibid., 208).

In the language sciences, one can identify substantial affinities between Husserl, and the structural linguists, to the extent that it is even possible to consider the Logical Investigations as one of the fundamental sources of struc­tural linguistics (cf. Aurora 2015). Although there were no direct contacts between Saussure and Husserl themselves, there are many meeting points between Husserl’s philosophy and the school of Copenhagen or the Prague Linguistic Circle. Roman Jakobson explicitly considered Husserl’s pheno­menology as one of the main sources of Prague structuralism and, more specifically, defined Husserl’s early materpiece as one of his strongest theo­retical influences (cf. Holenstein 1975).

To further flesh out this common background, it is worth considering phenomenology and structuralism in three complementary ways: as tradi­tions, methods and theories.

Understanding phenomenology and structuralism as traditions – i.e. as historically situated movements that involved a number of different actors both at their centre and their periphery – provides the basis for highlighting their common genealogy. In addition to the elements already mentioned, one thus finds a number of significant authors who positioned themselves at the crossroad between phe­nomenology and structuralism – and who have often been marginalised in historiographies of each of these movements –, such as Hendrik Pos, Ernst Cassirer, Jacobus van Ginneken, Karl Bühler and, more generally, the Gestalt psychologists.

Considering phenomenology and structuralism as methods, one can then highlight the set of common fundamental assumptions shared by the members of both traditions. Amongst other, these shared methodological assumptions are a descriptive and universalistic perspective of analysis, refe­rences to formalism and modelisation, the use of commutative or variational procedures and, finally, the recourse to qualitative analyses.

Finally, focussing on phenomenology and structuralism as systematic theories or theoretical models opens up a space to productively combine their fundamental features. In particular, this combinatory approach outlines the twin idea that, on the one hand, phenomenology is essential to solving the impasse of structuralism, namely its tendency to employ too rigid a notion of structure and to rest on a naïve objectivism ; on the other hand, structuralism is also revealed as essential to the impasse of phenomenology and its tendency towards radical forms of subjectivism.

This central thesis is explicitly expressed by Simone Aurora and Patrick Flack in their attempt to outline the common principles of a « structural phenomenology ». But it is also found, in various guises and with differing focuses, in all the contribution of this volume. One focal point of this com­plementary relationship between structuralism and phenomenology is the elusive nature of meaning, shifting as it does between a perceptive and a lin­guistic point of view. These elements converge in the notion of form, which constantly switches between a perceptive and a intelligible dimension.

As Parret suggests in his paper, « perception is considered as the quali­tative source of differentiation ». Indeed, the well known Saussurian theory of value, which constitutes the foundation of any linguistic or semiotic system, depends on the perceptive principle of dissimilation (Rastier 1991) which, at the same time, supports the idea of a semantic perception and the notion of semantic form. The latter is the objet of Antonino Bondì’s paper, which deals with the « theory of semantic forms », itself based on the following thesis : « to perceive is always to sketch a meaning » (Cadiot-Visetti 2001, 50, our translation).

This hypothesis rests on the theoretical proposal of Gestalt structuralism (De Angelis 2014). It results from the encounter between structuralism and Gestalttheorie, in the wake of Ferdinand de Saussure’s and Louis Hjelmslev’s language theories. It consists of an approach to language, and in particular to sense, focusing on the notion of form. Focusing on the stability and the transformation of the structures, René Thom (1972, 1974) analyzes the possibilities and modalities of succession of forms, a phenomenon identified as morphogenesis, a term used to define every creative or destructive process of forms. This perspective has been adopted into the analysis of meaning by Jean Petitot, developed in a morphogenesis of meaning (Petitot 1985), and by David Piotrowski, who elaborated a morphodynamic approach to the notion of sign (Piotrowski 2017).

However, Gestalt Structuralism develops also as a particular approach to texts at the crossroads between two different perspectives, hermeneutics and linguistics. According to the interpretative semantics proposed by François Rastier (cf. Rastier 2009), understanding a linguistic sequence supposes recognizing semantic forms, which are identified by reading the text (Rastier 1989). The notion of semantic form immediately evokes that of perceptual form: « the language is an object of perception: it is obvious for the signifier but also for the signified, that’s why I developed the theme of the semantic perception » (Rastier 2009b, XIV, our translation).

The concept of « semantic perception » brings with it a certain paradox: the term « perception » evokes a sensible dimension, while the adjective « semantic » evokes an intelligible dimension. Therefore, as Rastier (2010, 206-207) shows, the notion of « semantic perception » represents a synthesis of different points of view in the analysis of meaning: it draws on the structural paradigm, initially linked to the Gestalt psychology, assuming that the semantic treatment consists in a process of recognition of forms rather than calculation. This approach has been developed especially by Regis Missire (2013) and Philippe Gréa (2017).

Indeed, the relationship between shapes, backgrounds and background recalls the way in which Gestaltpsychologie explains the phenomena of perception, and in particular those of visual perception (cf. Köhler 2000). When a visual form is under our eyes, it is perceived as a form, while the second one – that emerges by subtracting the first one – is absorbed by the background, so its visual form becomes non-existent to our eyes. However, when the latter emerges from the background, the first disappears. The visual form that comes to the fore and the one that is absorbed by the background can’t be seen at the same time: either we perceive one or we perceive the other. The existence of a visual form therefore depends on a corresponding visual unit that assumes, precisely, this same form after being isolated from the bottom.

In parallel, analyzing verbal language, a semantic form implies the existence of a semantic unit. The semantic unit thus assumes the form after being isolated from the ground. So it rests on a semantic background in which more or less extensive semantic units stand out. The articulation ground/form plays an important role by applying, beyond the border of the sentence, to the higher dimension of the text. According to this approach, the forms correspond to « semic molecules » (small semantic graphs that do not depend on a particular lexicalization), while the backgrounds consist of « isotopies ».

In his paper devoted to the concepts of «semantic potentials » and « enactive grammars », Francesco La Mantia develops the theoretical possi­bilities offered by a Gestaltic approach. For instance, the notion of « enactive grammars » suppose a particular conception of compositionality – gestaltist and pragmatic compositionality – which loosen the condition of semantic atomism without weakening the links between understanding compounds and understanding components. This approach give priority to the « whole-parts » dependencies on which are based the assertions of compositionality, and in this way it also opens the way for a hermeneutical approach to texts.

As Hermann Parret writes, « the world is structurable, that is, ‘informed’ by the human mind » (Parret, infra). This claim stresses the role of morpho­logy, as Cassirer shows in his linguistic epistemology, and in particular in his last text, « Structuralism in modern linguistics » (1945), where the notion of « struc­ture » is presented from a morphological point of view. François Rastier also deals with Cassirer’s contribution, calling for a reappraisal of structuralism’s historiography away from its exclusive focus on « form ». As Rastier writes : « Structuralists have conceived structures either as formal micro-systems (for example, the elementary structures of kinship according to Lévi-Strauss, or the semiotic square according to Greimas and Rastier), or as morphologies – and the Morphology of the Folktale of Vladimir Propp illustrates well the theory of forms that develops from Goethe […] to Wad­dington and, today, from Thom to Petitot » (Rastier, Infra). Two concep­tions of structure become thus competi­tors: a formal and a morphological one.

Projecting over a double horizon represented by phenomenology and morphology, Herman Parret situates epistemological semiotics in relation to structuralism and phenomenology, coming back to the concept of structure and to its epistemological sources and identifying two theoretical directions. As he writes in his paper: « Jakobson and Hjelmslev, Hegel versus Kant, two structuralisms that are quite irreconcilable: the Pragois cultivate an idealistic realism with regard to the semiotic object, the Genevans, from the Saussurian axiomatic through Hjelmslev to the Greimassian semiotics, a schematizing nominalism » (Parret, infra).

The dialogue between structuralism and phenomenology is also possible and promising thanks to the mediation of semiotics. As Sémir Badir suggests in his paper, « the possibility of a dialogue between phenomenology and semiotics invites, it seems to us, to take into account the programmatic character which is common to them » (Badir, infra). He adds further: « We wish that the meeting between semiotics and phenomenology, instead of being marked by more or less well-founded oppositions, could be a search of convergences and complementarities. But who speaks of convergences supposes a framework in which such convergences can be recognized. A common lexicon, to which, if not equivalent definitions, at least an equal interest is given, may constitute such a framework » (Badir, infra).

Badir points out four reasons for claiming a convergence between the pheno­menological and the semiotic approaches: description, reduction, variation and qualitative analysis. But we can evaluate their convergence also through a single notion. For instance, as Lorenzo Cigana shows, the notion of « assent », first introduced in van Ginneken’s masterpiece Principes de lin­guistique psychologique (1907), reproduces both positive and negative aspects of the interference between linguistics, psychology and phenomenology, the fields from which it emerged. Following its path through the structural paradigm up to Louis Hjelmslev’s works, Cigana shows how a notion can be transformed or resist by shifting from one paradigm to the other.

In short, convergences between structuralist and phenomenological app­roaches offer the promise of very powerful interpretative methods, capable for example of reconciling the notions of visual and semantic forms. New digital objects in particular offer an intriguing field of application where the combination of structural and phenomenological perspectives can lead to the development of new methods to investigate complex objects.