Investiguer les archives des linguistes: Emile Benveniste et le cours sur le duel de 1939

pp.11-52

https://doi.org/10.19079/actas.2017.1.11

ISO 690

Zinzi, Mariarosaria. Investiguer les archives des linguistes. In: Acta Structuralica, 2017, 2, pp.11-52 [http://doi.org/10.19079/acta.2017.1.11]

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Zinzi, M. (2017). Investiguer les archives des linguistes. Acta Structuralica. 2, pp.11-52. [http://doi.org/10.19079/acta..1.11]

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Zinzi, Mariarosaria. "Investiguer les archives des linguistes." Acta Structuralica, vol.22017, pp.11-52. [http://doi.org/10.19079/acta..1.11]

Abstract

Qu’elles soient créées ou non suite à la volonté précise d’un savant, les archives sont des lieux privilégiés d’investigation historique et épistémologique. De façon plus spécifique, les archives des linguistes ont connu, au cours des dernières années, un intérêt renouvelé grâce à l’attention portée aux manuscrits saussuriens - cet adjectif indiquant, dans son sens le plus ample, à la fois les manuscrits de la main de Saussure et les échos allographes de sa voix par le moyen des notes d'étudiants. L'objet de la présente contribution est le Fonds Benveniste préservé à la Bibliothèque nationale de France (Paris) ; notre exploitation du dit fonds, quoi que préliminaire, se propose de montrer la double valeur des archives, qui peuvent contribuer à la reconstitution et à l’étude à la fois de la méthode de travail et de la biographie d’un savant.

Full Text

1 | Introduction

Suite à un intérêt toujours croissant pour les manuscrits des savants, et dans notre cas spécifiquement pour les manu­scrits des linguistes, les archives sont devenues des lieux privi­légiés d’investigation à la fois historique et épistémologique.

L’exploitation du Fonds Benveniste, inaugurée par Irène Fenoglio et Chloé Laplantine (cf. Brunet 2011, 2012, Fenoglio 2009), s’insère dans l’esprit de redécouverte des inédits aussi bien que des notes de travail des linguistes, dans une perspective à la fois philologique et génétique. Cet intérêt a mûri à partir des manuscrits de Ferdinand de Saussure (1857-1913), très précieux du fait que la production du linguiste genevois est restée largement inédite.

Notre travail s’insère dans cette exploration de l’archive benvenistienne. Nous proposerons ici une description et une investigation du Fonds qui se trouve dans les archives Ben­veniste déposées à la Bibliothèque nationale de France (désor­mais BnF). L’histoire du Fonds sera ici reconstituée et agré­mentée de l’analyse d’une section encore inédite, qui contient certains manuscrits concernant un cours de grammaire com­parée donné par le linguiste au Collège de France en 1939. De plus, les documents nous ont permis, par le moyen d’une lettre d’Albert Debrunner à Benveniste, d’ajouter un élément au puzzle que constitue le séjour du linguiste en Suisse pendant le conflit mondial (voire aussi Chidichimo 2017).

Notre démarche est structurée en deux temps : nous nous occuperons tout d’abord des écritures ordinaires (§2), des archives en général (§3) et de l’archive de Benveniste plus spé­cifiquement, reconstituant son histoire et les étapes succes­sives de sa constitution (§4). Ensuite nous allons montrer l’importance documentaire des repères que l’on trouve dans les archives analysant de plus près une section du Fonds (§5 et §6).

Notre choix s’est porté sur le Fonds Benveniste et sur les manuscrits sélectionnés en considération de trois raisons principalement :

  • le Fonds Benveniste a été constitué suite à une volonté précise du linguiste, dont l’intention était de sauvegarder l’ensemble des témoignages écrits de son activité scientifique par le moyen d’un legs à une institution officielle, à savoir la BnF (Brunet 2012);

  • le même fonds a été jusqu’à présent investigué surtout par rapport aux manuscrits concernant des sujets de linguistique générale et de poétique (cf., entre autres, Ono 2012, Fenoglio 2013, Benveniste 2011, Benveniste 2012). Cet article naît de la conscience de la contribu­tion apportée par Benveniste aussi bien à la linguistique historique et à la grammaire comparée – bien que « les résultats particuliers de ses analyses portées sur le domaine de l’indo-européen reconstitué apparaissent aujourd’hui généralement datés » (D’Ottavi 2014, 394), exclusion faite de la théorie de la racine énoncée dans les Origines de la formation des noms en indoeuropéen (Benveniste 1935a);

  • même par le moyen des notes de cours, il est possible de reconstituer les évolutions de l’élaboration théorique benvenistienne. Bien que les notes soient éparpillées et hétérogènes, on reconnaît l’originalité du linguiste débiteur d’ailleurs de l’enseignement du Cours de linguistique générale (Saussure 1916) ;

  • le Fonds Benveniste garde aussi des témoignages par rapport à la biographie du linguiste : on va ici proposer l’analyse d’une poignée de documents concernant son séjour forcé en Suisse.

Nous présentons ici un exemple d’investigation du fonds – dont la composition est multiforme et polyédrique – dans le but de souligner l’importance de l’étude des archives des linguistes, parce qu’elles sont un témoignage du chemin épistémologique et scriptural de leur production scientifique :

« ces écritures représentent une fenêtre irremplaçable sur la science en train de se construire : elles permettent de rendre visible et compréhensible le processus habituellement dissimulé de la production de la science » (Lefebvre, Jolivet & Dalle-Nazébi 2015, 4).

2 | Les “écritures ordinaires” des chercheurs

Lorsqu’on ouvre les archives d’un savant, on y trouve une collection d’écritures ordinaires : on définit écritures ordinaires des archives scientifiques personnelles « tous les matériaux et informations accumulés par les chercheurs, et sur la base desquels se construit quotidiennement leur travail » (Lefebvre, Jolivet & Dalle-Nazébi 2015, 4). On indique donc par cette dénomination l’ensemble des feuillets, des brouillons, des notes éparses, des cahiers, des coupures de presse et des matériaux préparatoires, édités ou publiés dont se composent les archives des chercheurs.

Or, bien que ces écritures sont les traces documentées de l’activité scientifique quotidienne du chercheur, elles sont sou­vent considérées comme des objets privés, dont l’utilité réside dans leur fonction immanente de construction d’un savoir. Il se trouve donc, parfois, qu’elles ne sont pas destinées, dès leur écriture, à l’archivage. C’est le cas, par exemple, des manuscrits de Saussure : le linguiste genevois n’ayant laissé de legs, le travail sur ses manuscrits est devenu possible seule­ment après leur dépôt dans le courant des années 1950 à la Bibliothèque de Genève1. L’intérêt récent porté à cette typologie de traces a, au contraire, dévoilé l’importance de ces documents qui deviennent objet de réflexion historique, épistémologique et scientifique. Les manuscrits de travail des linguistes se révèlent doublement précieux : d’un côté ils offrent des indices importants pour la reconstitution du milieu social, culturel et scientifique où s’inscrit l’activité du savant, de l’autre ils témoignent d’un processus de travail et d’écriture et deviennent des « véritables laboratoires méthodologiques et conceptuels » (Testenoire 2016, 3).

La constitution d’un fonds d’archive trouve son principe fondateur dans la volonté consciente du savant de laisser quelque chose de soi-même, c’est-à-dire des documents qui témoignent de son activité scientifique et peuvent être en même temps pivot d’une réflexion postérieure et approfondie, menée par les futurs lecteurs :

« la conscience d’archive prend en compte une autoréflexivité et un point de vue privilégié de l’auteur qui se déploie vers ses propres documents, face à sa propre archive à venir en vertu du futur de ses documents. La conscience d’archive, en fait, constitue un moment où l’auteur se regarde en tant qu’acteur, a présent à l’esprit le fait qu’il est en train de produire une archive. Cette conscience se dédouble par rapport à celles des possibles lecteurs, archivistes, interprètes. Savoir que sa propre écriture sera archivée implique une présélection des matériaux, un tri et une classification en action durant la rédaction et, ensuite, lorsque l’auteur décide quels documents garder ou jeter» (Chidichimo 2015, 124).

Émile Benveniste dispose précisément de cette conscience d’archive du fait qu’il décide, au cours de son activité scientifique, de garder les témoignages de son travail et de les léguer après sa mort.

3 | Archives de linguistes

« Les archives manuscrites personnelles des hommes de science livrent, on le sait, des éclairages fascinants sur leur personnalité, leurs réseaux sociaux ou encore la construction de leurs œuvres et leurs collections, et cela quelle que soit leur apparence : lettre isolée ou cor­respondance fournie, ébauches et brouillons d’articles ou d’ouvrages, carnets d’observations et d’ex­périences, imprimés annotés. La contribution de ces documents à l’histoire des savoirs comme à la connais­sance scientifique actuelle est indéniable » (Bungener 2015, 78).

Le mouvement de retour aux manuscrits des linguistes se propose deux objectifs, d’après lesquels se différencient deux typologies d’investigation : d’un côté, les manuscrits sont pris comme « voie complémentaire ou principale d’accès à un système conceptuel « », construit par tel auteur « », dans tel contexte historique « », etc. ; l’étude des fonds de manuscrits servira dans ce cas à mieux déterminer les valeurs de « x », « y », « z » » (Chepiga et Sofia 2014, 8). On a affaire ici à une perspective historique et philologique. De l’autre côté, d’autres chercheurs seront intéressés par la possibilité d’expliciter et problématiser les spécificités propres aux méthodes de travail de chaque linguiste par le moyen de leur traces écrites, à savoir des notes, des brouillons, des manuscrits : c’est à travers les ratures, les retours sur un concept, les amendements qu’ils étudient les « avant-textes »2 en tant qu’explicitation du modus operandi des théoriciens en science du langage. C’est le cas d’une perspective génétique d’étude des manuscrits3.

Les manuscrits offrent la possibilité de reconstituer les spécificités propres à la manière de travailler des linguistes, compte tenu des différents moments de leur carrière académique et de la spécificité de chaque document analysé (notes de cours, cahiers et notes de terrain, brouillon, aide-mémoires, etc.).

Les archives des linguistes se révèlent donc un instrument privilégié pour le traitement des travaux inédits des savants ainsi que pour l’investigation des travaux inachevés ou déjà publiés, afin de reconstituer les étapes de leur élaboration et de leur transformation en texte publié.

4 | Le Fonds Émile Benveniste de la Bibliothèque nationale de France

L’intérêt pour le Fonds Benveniste a crû depuis l’ouverture des archives au début des années 2000 :

« Les archives manuscrites de Benveniste (auxquelles personne ne s’était intéressé particulièrement avant 2003) ont été un nouveau point de départ pour les travaux autour du linguiste. Lorsqu’en janvier 2003 avec l’aide M. Djafar Moïnfar4 j’ai trouvé la trace de cette archive au département des Manuscrits Orientaux de la Bibliothèque nationale de France, archive dont l’inventaire était alors très sommaire et qu’il fallait donc traverser entièrement » (Laplantine 2012, en ligne).

4.1 | Histoire

Émile Benveniste (1902-1976) communique, dans son testament de 1973, sa volonté de léguer son patrimoine de notes préparatoires, brouillons, lettres et notes éparses à titre particulier à la BnF, qui est chargée de les cataloguer5. Dans le document de 1973, le linguiste institue sa sœur Carmelia comme sa légataire universelle et George Redard6 comme substitut de Madame Benveniste, dans le cas de son décès.

Malgré la volonté de Benveniste, son archive scientifique et personnelle est aujourd’hui dispersée dans plusieurs institu­tions7. L’objet de cet article étant des papiers gardés à la BnF, on concentrera notre attention sur ce fonds spécifiquement.

La majorité des manuscrits laissés par le linguiste sont préservés au Département des Manuscrits de la BnF, dans le Fonds Benveniste, à l’intérieur de la collection Papiers Orien­taux (désormais Pap. Or.). Le legs a été transmis par George Redard en décembre 1976 (Bulletin de la Biblio­thèque nationale de France 1977, 12-13) et se compose de sept volu­mes reliés et vingt-huit boîtes d’archives. Un inven­taire et une description sommaire dactylographiée figurent dans le cata­logue de salle. Le complément du legs par un don de Georges Redard datant de 2004 (Revue de la Bibliothèque nationale de France 2007, 92) se compose d’une boîte d’ar­chives non cotée dont l’estampillage et l’inventaire ont été fait par Michel Zaragoza8. Le dernier complément du legs date de 2006 : il s’agit d’un don de la veuve de Georges Redard. Il comprend deux boîtes d’archives non cotées, dont l’inventaire a été établi par Irène Fenoglio et Chloé Laplantine. Le fonds a de plus bénéficié d’un don, indépendant du legs, de Jean Lallot9 en 1981, correspondant à un manuscrit partiel et annoté du Vocabulaire des institutions indoeuropéennes10.

Le choix de Benveniste porte donc sur le don à une institution officielle, par le moyen d’une disposition testa­mentaire, de la collection entière de tous textes manuscrits concernant sa production académique. Le linguiste opère un choix conscient et motivé de tutelle et conservation d’un patrimoine scientifique : il veut laisser à la fois un témoignage de son œuvre, achevée aussi bien qu’inachevée, et une trace épistémologique de son parcours théorique. De plus, les manuscrits conservés couvrent l’entière carrière scientifique de Benveniste : divers cahiers de cours gardés dans le Fonds témoignent aussi d’un Benveniste étudiant en grec, latin, sanskrit et grammaire comparée à la Sorbonne (il passa l’agrégation de lettres classiques en 1922).

La décision de Benveniste de garder son patrimoine de notes, brouillons, cahiers, feuillets épars répond à sa précise volonté de sauvegarder non seulement sa production publique et publiée, mais aussi bien son écriture de recherche, « normalement visée à la découverte et au travail personnel intermédiaire entre l’écriture et la publication et non à l’exposition de son propre cabinet de travail et, enfin, de soi-même » (Chidichimo 2015, 124).

4.2 | Les documents

Les boîtes et volumes qui composent le Fond Benveniste contiennent une grande quantité de repères qui permettent d’aller à rebours de presque une quarantaine d’années dans l’œuvre du linguiste en tant qu’enseignant et chercheur. Le complexe des documents est extrêmement hétérogène. Les archives consistent de notes prises aux cours des maîtres, de notes préparatoires à ses propres cours, de cahiers de terrain, de discours, d’articles, et d’avant-textes proprement dits.

« Ce fonds – estimé aujourd’hui à 30 000 feuillets environ – se développe en 32 boîtes et 7 volumes reliés, la grande partie catalogués entre les cotes Pap. Or. 29 et Pap. Or. 63 du fonds manuscrit de la Bibliothèque nationale de France » (D’Ottavi 2014, 407, n. 26).

Chaque morceau de papier devient support d’écriture : on trouve dans le fonds que Benveniste a légué à la BnF des annotations sur des feuillets de diverses dimensions, des cahiers, mais aussi des reçus, des cartes postales, des lettres, des formulaires de bibliothèque.

Benveniste préserve toute typologie de documents : à la différence, par exemple, de Bally, qui sélectionne les matériaux à sauvegarder dans son archive11, Benveniste n’opère pas de tri. Sa conscience d’archive, bien qu’elle soit présente et réelle, ne comporte pas non plus l’élimination de notes rapides, de brouillons ou de feuillets qui témoignent d’un discours en train de s’organiser, mais pas encore constitué et dans sa forme finale. Au contraire, le Fonds Benveniste se compose d’une multiplicité de repères plus ou moins élaborés, sauvegardés par le linguiste sans aucune sélection et sans aucune prise de position par rapport à sa propre écriture et à sa production scientifique. Cependant, il faut le souligner, les manuscrits constituent, suite à une précise volonté du savant, un archive de savoir. Si l’on peut proposer qu’ils n’ont pas été rangés à cause de la maladie de Benveniste, laquelle l’a peut-être empêché d’organiser ou de faire organiser le complexe des données, on ne peut pas oublier que Benveniste même avait décidé de créer une archive de ses propres travaux et avait chargé M. Moïnfar d’en ranger la première partie accumulée : dans le courant de l’année 1970 Carmelia Benveniste, en accord avec son frère, demande à M. Moïnfar de mettre de l’ordre dans la bibliothèque de Benveniste et dans ses papiers et archives (Moïnfar 1992, 23). Moïnfar classa plusieurs données en les nommant selon leur contenu (par exemple « Corpus vieux-perse » ou « Études de vocabulaire grec »).

L’analyse et l’étude des feuillets reconstitue l’image d’une œuvre inachevée et infatigable, les deux éléments qui la caractérisent étant la récursivité de certains thèmes d’enquête et une écriture que Fenoglio (2009, en ligne) a défini comme ruminative. Benveniste revient plusieurs fois sur un concept, même pendant des années successives : il prend des notes éparses et rapides, et, lorsqu’il décide d’élaborer le sujet, il l’épouille jusqu’au fond, le reprend pour mieux l’expliquer, le lime ou l’approfondit afin de rejoindre la conceptualisation qui lui semble la plus appropriée. C’est une formation lente et complexe de l’idée :

« Il n’est pas rare, sur l’ensemble des dossiers manus­crits de Benveniste, de voir le contenu d’une note repris sur plusieurs folios : un engagement ruminatif dans l’écriture. En ce sens, Benveniste expose lui-même dans son faire, et sans le savoir, l’idée qu’il défend selon laquelle la pensée n’existe pas préalablement au dis­cours qui l’exprime : une écriture hésitative, répétitive, pensante où la répétition est la marque à la fois de l’hésitation et de l’insistance. Hésitation pour conti­nuer de rechercher la formulation la plus adéquate. Insistance car la pensée est là qui fraye dans le fil des mots son chemin » (Fenoglio 2010, en ligne).

Les manuscrits du Fonds Benveniste présentent quelques difficultés en ce qui concerne leur état. Premièrement on ne trouve pas toujours des dates de référence (l’indication de l’année est juste parfois notée par Benveniste). De plus, les documents ne sont pas tous rangés selon un critère chronologique ou bien thématique, le seul rangement que l’on connaît étant celui fait par M. Moïnfar.

Un travail de recherche philologique est donc requis prélablement, surtout lors de l’investigation de textes qui n’ont pas abouti à la publication.

5 | Un regard de plus près: le dossier du cours de 1939

De quoi parle-t-on quand on parle d’investiguer les archives des linguistes ? Dans quelle mesure peuvent-elles nous aider à mieux connaître leur créateur (dans le meilleur cas leur ordonnateur) ?

L’ensemble des notes préparatoires au cours de 1939 se trouve sous deux différentes cotes, à savoir Pap. Or. 34, env. 3312, une chemise avec le titre générale « Le Duel »13 et Pap. Or. 38, env. 69, une chemise ayant deux titres : « Notes de cours Sorbonne » en haut à gauche et « Vocabulaire grec, parties rédigées chez Moïnfar14 » en haut à droite. L’enveloppe 33 de la cote Pap. Or. 34 est reliée avec les autres enveloppes de la même cote, en revanche la chemise 69 de Pap. Or. 38 est librement contenue dans une boîte. Les deux ensembles sont composés par des feuillets de forme et dimension différentes, qui ne contiennent pas un texte continu et cohérent : on y trouve des notes rapides, des fiches de lecture, des schèmes et, finalement, du matériel original de Benveniste. Maintes pages sont numérotées par Benveniste, qui indique par cela un raisonnement continu ; il s’agit de :

  • Pap. Or. 38, env. 69, FF 40-41 ;

  • Pap. Or. 38, env. 69, FF de 150 à 155, portant le titre, de la main de Benveniste, « Singulier et pluriel ».

Les feuillets portent parfois des titres, mais ils ne portent jamais l’indication de la date :

  • Pap. Or. 34, env. 33, FF 134-134v : « Duel. Remarque de principe » ;

  • Pap. Or. 34, env. 33, FF 135-135v-136-136v : « Observations générales sur le duel » ;

  • Pap. Or. 34, env. 33, FF 152-153-154 : « Conclusions » ;

  • Pap. Or. 34, env. 33, FF 166-167 : « Duel » ;

  • Pap. Or. 34, env. 33, FF 178-191 : « Le duel chez Homère » ;

  • Pap. Or 38, env. 69, FF 111-112 : « Duel » ;

  • Pap. Or 38, env. 69, FF de 115 à 117 : « Prolongement profond du duel unitif » ;

  • Pap. Or 38, env. 69, FF 123-124 : « L’emploi du pluriel de majesté et de modestie » ;

  • Pap. Or 38, env. 69, FF 129-130 : « Le nombre dans les pronoms personnels » ;

  • Pap. Or. 38, env. 69, FF de 165 à 168 : « Pluralisation des pronoms singuliers et des formes verbales » ;

  • Pap. Or 38, env. 69, FF de 178 à 181 : « Animé » ;

  • Pap. Or 38, env. 69, FF de 190 à192  : « Nombre morphologique ».

Quelques fois un sujet est développé sur plusieurs pages qui ne sont ni numérotées ni dotées d’un titre par le linguiste :

  • Pap. Or 38, env. 69, FF 139, 134, 136, 137, 140, 141, portant sur l’opposition entre langue virtuelle et langue actuelle ;

  • Pap. Or 38, env. 69, FF 147-146, portant sur le concept de nombre (il faut les lire dans l’ordre contraire à leur numérotisation) ;

  • Pap. Or 38, env. 69, FF de 156 à 159.

De temps en temps on trouve parmi les feuillets des indications en chiffres romains, qui ne relèvent pas d’une liste (cela pouvant être la façon de numéroter des exemples) : elles nous paraissent plutôt être des indications du numéro de leçon :

  • Pap. Or. 38, env. 69, F. 148, chiffre X : « Pourquoi certains mots ne s’emploient-ils qu’au singulier, d’autres qu’au pluriel ? » ;

  • Pap. Or. 38, env. 69, F. 171 : chiffre VIII, concernant l’opposition de l’un et du multiple ;

  • Pap. Or. 34, env. 33, F. 173 : chiffres IV : « Lecture et discussion des exemples de duel chez Homère » ; chiffre V : « Normalisation du duel en védique, sanskrit et slave ».

De plus, on repère dans le texte des notes de la main de Benveniste qui concernent proprement les leçons, à savoir :

  • Pap. Or. 38, env. 69, F. 183 : « Dernière leçon » ;

  • Pap. Or. 38, env. 69, F. 150 : « Les remarques de la dernière leçon ».

Lors de la première lecture des dossiers, la présence de références à des leçons nous a fait supposer qu’au moins une partie des notes relèvent d’un cours donné par Benveniste. L’indication sur la couverte de Pap. Or. 38, 69 d’un cours à la Sorbonne pourrait faire référence à un cours déjà donné par le linguiste à l’École Pratiques des Hautes Études (les seuls probables étant celui du 1936/1937 portant sur la formation des noms en indo-européen15 et celui de 1937/1938 portant sur les couples féminin/masculin, abstrait/concret16), qui était située à la Sorbonne pendant les années trente17. Cependant, ce que l’on trouve effectivement dans les manuscrits sont les notes du cours de grammaire comparée donné au Collège de France en 1939. Le cours de grammaire comparée au Collège de France se divisait sur deux jours : les lundis étaient consacrés à un sujet proprement de grammaire comparée, les mardis à un thème de linguistique générale. Le cours du lundi de 1939 était consacré au système verbal de l’indo-européen, le cours du mardi aux catégories linguistiques et à leur expression concrète, comme on peut le lire dans le résumé du cours publié dans les Annuaires du Collège de France :

« Dans le cours du mardi, on a posé le problème des catégories linguistiques et des modes de représentation auxquels elles répondent. Cette étude de linguistique générale a été traitée sur le plan de l’expression concrète. Nous avons examiné la catégorie du nombre, question dont les données tiennent à peu près dans l’opposition « singulier : pluriel » et dont la simplicité apparente dissimule un très complexe ensemble d’expressions distinctes. C’est par l’étude du duel, dans les diverses langues anciennes ou modernes où il survit, que nous avons introduit cette considération essentielle que le nombre grammatical est entièrement distinct du nombre lexical, et que la notion de comput est d’abord étrangère à l’expression morphologique du nombre. On y a apporté des confirmations tirées les unes des langues « primitives » (à propos desquelles la signifi­cation du « triel » et du « quatriel » a été discutée), les autres de l’histoire et de l’usage actuel des principales langues européennes, notamment du français ». (Annu­aire du Collège de France, 1939, 145).

L’hétérogénéité des repères et l’absence de cahiers d’étudiants ainsi que l’absence d’indications de dates ne nous permettent pas de rétablir la séquence complète des leçons.

La datation des indications bibliographique auxquelles Benveniste fait référence dans les manuscrits ainsi que la datation de quelques épreuves imprimées de compte-rendus rédigés par lui-même, qui sont occupées au verso par ses notes, sont cohérentes avec la datation du cours18. De plus, on a trouvé au verso de Pap. Or. 38, env. 69, F. 194 une invitation, datable de 1939, où l’on lit :

« L’INSTITUT DE LINGUISTIQUE de la Faculté des Lettres et la SOCIETE DE LINGUISTIQUE DE PARIS vous prient de bien vouloir assister à la Conférence que fera M. A. OMBREDANE, à l’Institut de Linguistique (Sorbonne, Escalier C, Ier étage à droite), le vendredi 17 Février 1939, à 17 heures, sur le sujet suivant : Nature et mécanisme des troubles du langage chez les aphasiques »19.

Il est en outre vraisemblable que certains feuillets qui composent le dossier soient soit antérieurs soit postérieures au cours du 1939, la preuve étant la référence à un cours à l’EPHE sur la couverte du dossier ainsi que des références bibliographiques qu’on trouve parmi les notes (par exemple à la Grammaire homérique, publié par Pierre Chantraine en 1942).

5.1 | Le cours de grammaire comparée de 1939 au Collège de France

Émile Benveniste était professeur au Collège de France depuis le 1937 : il avait soutenu en 1935 ses thèses (les « Origines » et « Les infinitifs avestiques » (Benveniste 1935a, 1935b) et « à peine docteur des lettres, accède au Collège de France. Après y avoir suppléé Meillet de 1934 à 1936 – qui avait succédé à Michel Bréal (1832-1915), l’inaugurateur du cours au Collège de France – Benveniste est élu le 26 juillet 1937 pour le remplacer dans la chaire de grammaire comparée qu’il occupera jusqu’à l’attaque de 1969, avec l’interruption que va lui imposer la guerre » (Redard 2012, 159).

L’exploitation des annuaires du Collège de France a révélé que, dans le résumé du cours du lundi de grammaire comparée du 1938 consacré à la flexion nominale de l’indo-européen, Benveniste écrivait, « […] Le duel et le pluriel soulèvent des problèmes particuliers dont quelques-uns seront abordés l’an prochain » (Annuaire du Collège de France, 1938, 116). D’autre part, Benveniste avait déjà abordé le sujet « nombre » dans le cours du 1936 au Collège de France, professé par lui en tant que suppléant de Meillet, mais portant sur les noms de nombre et les systèmes numéraux du point de vue strictement lexical. On lit dans le résumé du cours du mardi :

« Le cours du mardi a porté sur les noms de nombre et les systèmes numéraux. On a considéré, en premier lieu, au point de vue de leur forme et en vue d’une inter­prétation étymologique, les noms de nombre indo-européens de un à dix. En appliquant à cet objet les principes de reconstruction et d’analyse que nous avons définis ailleurs, nous avons constaté qu’une explication de la plupart de ces mots devenait possible. Par suite, la structure la plus ancienne du système indo-européen se dessine clairement : de un à quatre, il s’agit de désigna­tions purement spatiales ; c’est à partir de cinq que le comput manuel intervient et inaugure une véritable numération. On a eu l’occasion, à ce propos, de discu­ter nombre de problèmes relatifs au groupement des numéraux supérieurs, aux séries décimales et duodéci­males, à la valeur mystique de certains nombres. Puis, on a passé en revue, hors de l’indo-européen, plusieurs types de numérations qui apparaissent très inégalement étudiés, en sumérien, en chamito-sémitique, en turc et aussi dans certaines langues océaniennes et africaines. De cette comparaison se dégagent plusieurs observa­tions sur les rapports et la succession des systèmes qui­naires, décimaux, duodécimaux et vigésimaux. Enfin, nous avons été amenés à rechercher la fonction et les modes les plus élémentaires de la numération, et à voir d’une manière générale comment, dans un univers qualitatif, s’élabore le concept de quantité (Annuaire du Collège de France, 1936, 113. Nous soulignons).

Benveniste insistera dans le cours de 1939 sur le caractère qualitatif du nombre grammatical. Ce qu’il veut démontrer est que la catégorie du nombre n’est pas liée à l’acte de compter, parce que cette opération est successive à la création de la notion de singulier, pluriel, etc., ces dernières ne correspondant pas, à son avis, à la distinction entre l’un et le multiple. Le nombre serait une notion qualitative du fait qu’il n’est pas lié à la numération, au calcul des objets : les notions de singulier et pluriel, ainsi que de duel, triel, quatriel etc., seraient plutôt liées à la spatialité ou bien à l’élargissement et au resserrement d’un concept.

5.2 | Ce que les notes nous disent

L’édition et la publication des cours de linguistique compte des importants exemples. À partir du Cours saussurien, publié tout d’abord par Bally et Sechehaye et dont l’édition a été progressivement remaniée et intégrée en plusieurs fois à l’aide des notes manuscrites de Saussure (Saussure 1957, 1968-1974, Saussure & Constantin 2005), des travaux ont été dédiés aux manuscrits des cours : on fera ici une rapide référence aux articles de : Béguelin (1980), dédié au cours de phonétique professé par Saussure en 1909-1910 ; Chidichimo (2009), consacré au Cours de Phonétique du grec et du latin professé par Saussure à Genève en 1891-1892 ; Benveniste (2012), où Jean-Claude Coquet et Irène Fenoglio ont reconstitué les derniers leçons d’Émile Benveniste autour de l’écriture ; et finalement Murano (2013), consacré au Cours « Étymologie grecque et latine » professé en 1911-1912 par Saussure et reconstitué à l’aide des notes de cours de Louis Brütsch20. La plupart des cours ont été reconstitués à l’aide d’une précieuse source d’informations, notamment les cahiers des notes des auditeurs.

Pour ce qui concerne le cours de grammaire comparée donné par Benveniste en 1939, en revanche, comme on l’a déjà souligné (§5), l’hétérogénéité des repères et l’absence de cahiers des notes d’auditeurs, ainsi que l’absence d’indications de dates sur les feuillets ne nous permettent pas de rétablir ni la séquence des leçons ni le cours dans sa totalité. Exception faite de quatre occurrences de chiffres romains, vraisemblablement des indicateurs de leçons en ordre progressif, la plupart des feuillets contiennent du matériel qui n’est pas trié et qui ne suit pas un ordre logique.

On a pu reconstituer des tranches, plus ou moins larges, du discours élaboré par Benveniste et entrevoir, à l’aide du résumé du cours qui se trouve dans les Annuaires du Collège de France, les étapes successives des leçons. De plus, les manuscrits font écho au milieu temporel et scientifique de leur production, révélant des indices précieux pour l’historiographie linguistique. On discutera ici d’un ensemble sélectionné de notes où Benveniste explicite les objets et la méthode de son investigation afin de montrer de quelle réflexion elles sortent et de souligner leur lien avec les résultats successifs de la recherche benvenistienne.

Notre choix s’est porté sur les groupes cotés Pap. Or. 38, env. 69, F. 138 et Pap. Or 38, env. 69, F. 177, concernant la méthodologie d’investigation et la définition des catégories linguistiques, parce que leur contenu nous permet d’envisager le fil rouge entre l’activité de Benveniste professeur et celle de Benveniste chercheur. On va montrer d’un côté que les notes préparatoires au cours témoignent de l’héritage saussurien, de l’autre que les réflexions que Benveniste élaborera dans les années successives et qui caractériseront le Benveniste des Problèmes de linguistique générale se trouvent déjà in nuce dans les papiers analysés.

Quant à la première tâche, on va examiner des brèves notes prises par Benveniste, concernant la méthode d’inves­tigation propre du cours21:

I L’explication doit être unitaire. Donc ne pas faire de différences entre choses qui se comptent ou ne se comptent pas. <Il n’y a pas deux aspects de pluriel>
II L’explication doit être totale : ne pas laisser certaines catégories dans la pénombre de dénomination vague : pluriel poétique.
III L’explication doit être
[ill.] <se fonder> sur une représentation claire et constante […] (Pap. Or. 38, env. 69, F. 138 )22.

Benveniste s’interroge ici spécifiquement sur la catégorie du nombre : son objectif étant de libérer la catégorie de la conception diffusée et erronée que le singulier correspond à l’un et le pluriel au multiple, il veut démontrer son affirmation d’une façon scientifique. Les notes benvenistien­nes évoquent l’introduction méthodologique de la réflexion linguistique de Saussure :

« La tâche de la linguistique sera […] de chercher les forces qui sont en jeu d’une manière permanente et universelle dans toutes les langues, et de dégager les lois générales auxquelles on peut ramener tous les phénomènes particuliers de l’histoire » (Saussure 1995 [1916] , 20).

Dans les notes, Benveniste utilise le syntagme saussurien claire et constante :

« Psychologiquement, abstraction faite de son expression par les mots, notre pensée n’est qu’une masse amorphe et indistincte. Philosophes et linguistes se sont toujours accordés à reconnaître que, sans le secours des signes, nous serions incapables de distinguer deux idées d’une façon claire et constante. Prise en elle-même, la pensée est comme une nébuleuse où rien n’est nécessairement délimité » (Saussure 1995 [1916], 155. Nous soulignons).

En quelque sorte, Benveniste lui-même (1966, 3423, nous soulignons) expliquera ses propres indications méthodo­lo­giques lorsqu’il parlera de Saussure dans la commémoration qu’il en fait un demi-siècle après sa mort :

« Ce sont bien les données élémentaires qu’il s’agit de découvrir, et même (on voudrait écrire : surtout) s’il on se propose de remonter d’un état de langue historique à un état préhistorique. Autrement on ne peut fonder en raison le devenir historique, car s’il y a histoire, de quoi est-ce l’histoire ? Qu’est-ce qui change et qu’est-ce qui demeure ? Comment pouvons-nous dire d’une donnée linguistique prise à deux moments de l’évolution que c’est la même donnée ? En quoi réside cette identité, et puisqu’elle est posée par le linguiste entre deux objets, comment la définirons-nous ? Il faut un corps de défi­nitions. Il faut énoncer les rapports ou les points de vue sous lesquels nous les appréhendons. Ainsi aller aux fondements est le seul moyen – mais le sûr moyen – d’expliquer le fait concret et contingent. Pour atteindre au concret historique, pour replacer le contingent dans sa nécessité propre, nous devons situer chaque élément dans le réseau de relations qui le détermine, et poser explicitement que le fait n’existe qu’en vertu de la définition que nous lui donnons ».

Même par le moyen de notes préparatoires rapides on s’aperçoit que Benveniste garde le souci d’une description formelle rigoureuse, legs scientifique saussurien, qu’il enrichit par ses propres réflexions :

« il s’agit avec Benveniste du développement d’un héritage et non de la fidélité à une école. La façon dont il transpose parfois les termes saussuriens ou les complète de ses propres remarques est loin du respect de l’exégète, car son objectif de linguiste est de faire fructifier cet apport, de l’ouvrir à des domaines nouveaux, non de le fixer dans un texte sacré qui donnerait la pensée authentique du maître disparu » (Normand 2010, 176).

Le souci d’aller aux fondements de la langue caractérise les notes préparatoires au cours de 1939 :

Il faut partir d’un complexe expression-signification. Mais plus précisément duquel des deux termes ? F. Brunot24 La pensée et la langue25, pense qu’il faut partir de la notion à exprimer pour arriver à l’expression : p. ex. le nombre (noms de nombre, singulier/pluriel, adverbes etc.). confusion [ill.] entre linguistique et pédagogie. – entre grammaire et lexique. La seule méthode correcte est de partir de l’expression, qui est un fait, pour arriver à la signification qui est le problème (Pap. Or 38, env. 69, F. 177).

La linguistique est l’étude de la langue, de son état abstrait, non pas du langage, c’est-à-dire de sa réalisation actuelle. Expression vaut ici pour le complexe signe-objet que Benveniste (1939, 27 = 1966, 53) définira comme désignation dans « Nature du signe linguistique », l’article paru dans le premier numéro de Acta linguistica26, publié en 1939. La notation négative concernant la méthode d’investigation de Brunot rappelle les mots du compte-rendu de Meillet (1922a, 13) à la même œuvre :

« Si la pensée de l’auteur était que, pour décrire une langue, il faut partir des notions à exprimer, et non des formes qui servent à les exprimer, il conviendrait de résister tout net. Chaque langue est un système de signes, aussi particulier que peut l’être une nation, plus particulier que n’est une espèce d’êtres vivants. Dans ce système, tout se tient. Si l’on se borne à l’envisager du dehors, comme on fait quand on part des notions, on ne peut se faire une idée que des détails ; l’ensemble échappe ».

Or, le sujet du cours étant les catégories linguistiques (on renvoie au résumé du cours, § 5), Benveniste affirme qu’elles

Relèvent de la langue, non de la parole. On pourrait soutenir que le linguiste n’étudie jamais autre chose que des catégories, parce que tout est catégorie. Mais il y a la manière syn­chronique et diachronique (Pap. Or 38, env. 69, F. 177).

et encore

Mon objet : les catégories peuvent être étudiées dans la diachronie, sans qu’on ait à se soucier d’une définition. Mais on peut les étudier synchroniquement dans leur contenu significatif et alors il faut les lier aux repré­sen­tations qu’elles traduisent (Pap. Or 38, env. 69, F. 177).

Les catégories sont médiatrices entre la pensée et la langue, qui lui donne forme27. C’est par le moyen de ses mots que Benveniste dévoile les procédés d’investigation du cours de 1939 dans un article de 1958, dédié aux catégories de pensée et catégories de langue28 :

« Il nous faut entrer dans le concret d’une situation historique, scruter les catégories d’une pensée et d’une langue définies. À cette condition seulement nous éviterons les prise de position arbitraires et les solutions spéculatives » (Benveniste 1966, 65).

L’étude d’une ou de plusieurs langues définies est néces­saire du fait que

le nombre des catégories est illimité. On est toujours à la merci d’une découverte. Mais heureusement, aucune langue ne les présente toutes à la fois. Il se fait un choix S’il n’y a pas une langue sans catégorie, il n’y a pas non plus une langue qui les ait toutes (Pap. Or 38, env. 69, F. 177).

Benveniste fait ici référence aux catégories de pensée : comme il le montre dans son article de 1958, la pensée peut spécifier ses catégories et en créer des nouvelles, au contraire de la langue, dont les catégories relèvent d’un système et « ne sont pas modifiables au gré de chacun » (Benveniste 1966 : 65). Cela du fait que « c’est ce qu’on peut dire qui délimite et organise ce qu’on peut penser. La langue fournit la configuration fondamentale des propriétés reconnues par l’esprit aux choses » (Benveniste 1966, 70).

Le notes préparatoires du cours de 1939 nous offrent un témoignage vif du chemin de formation de l’épistémologie benvenistienne et dévoilent à nos yeux le germe des réflexions qui nous sont connus de par leur présence dans les Problèmes de linguistique générale. En ça et pour ça l’étude des archives se révèle fondamentale : elle permet aux chercheurs en science du langage de plus se rapprocher des procédés de l’élaboration théorique et d’en envisager dans le temps les continuités, les retours ou bien les ruptures.

6 | À la recherche d’Émile Benveniste: les archives comme ressource biographique

Du fait que Benveniste n’a pas sélectionné les docu­ments qui relèvent de son archive, il n’est pas rare d’y repérer des feuillets dont le contenu est biographique. Dans le fonds sont conservés, par exemple, les cahiers d’étudiant du linguiste ainsi que des lettres ou des petits mots qui nous permettent d’entrevoir des moments de vie personnelle ou scientifique du savant.

Dans les dossiers qui ont été objets de la présente étude, l’écriture de Benveniste occupe aussi le verso de deux feuillets concernant la Loterie suisse de 1944. Enrôlé dès le début du deuxième conflit mondial, suite à l’invasion allemande de la France Benveniste, prisonnier et après fugitif, se réfugia en Suisse pour échapper aux persécutions antisémites. Bien que l’on connaît peu de choses de la période que Benveniste passa en Suisse, on sait qu’Émile Benveniste, grâce à l’aide du Père Jean de Menasce29, « demeurera là-bas, à Fribourg, en tant que réfugié israélite du 19 avril 1943 jusqu’à l’automne 1944, précisément le 11 octobre 1944, quand il rentra à Paris pour recommencer, enfin, à enseigner la linguistique » (Chidi­chimo 2017, 2)30.

À la période passée en Suisse en tant que réfugié fait référence une lettre envoyée en 1943 à Benveniste par Albert Debrunner, qui était à ce moment-là professeur de lin­guistique indo-européenne et philologie classique à l’Université de Berne31. La lettre se trouve dans les feuillets analysés du Fonds Benveniste :

Bern, 28.9.43

Lieber Herr Kollege !

Ich schicke Ihnen hier Aufsatz von Jakobson und meine Dual-Artikel (samt Materialen). Beides können Sie ruhig einige Wochen behalten.
Der feine Nachmittag von gestern wird mir lange in angenehmster Erinnerung bleiben.

Mit herzlichen Grüssen

Ihr, A. Debrunner (Pap. Or. 38, env. 69, F. 108 )32.

La lettre témoigne d’une rencontre entre Benveniste et Debrunner dont on ne connaît que une date a posteriori (à savoir le 28 septembre du 1943) : les deux se sont vus et ils sont revenus sur ce qui était vraisemblablement l’un des derniers sujets de cours abordé par Benveniste, à savoir le duel. Considérant le 1943 la date ante quem, on peut supposer que Debrunner fait ici référence à ses articles Zum erweiteren Gebrauch des Duals33 du 1926 et Dual ζυγοί? Die Geschichte einer Hypothese34 de 1943. En ce qui concerne l’essai de Jakobson dont Debrunner parle, la référence n’est pas aussi claire : on peut néanmoins supposer, à l’aide d’un souvenir de Gianfranco Contini35, qu’il ne s’agissait pas d’une œuvre concernant le duel, mais de Kindersprache, Aphasie und allgemeine Lautgesetze, l’essai publié par Jakobson en 1941 pendant son séjour en Scandinave36. Comme on le lit parmi les pages de Contini (1998, 183):

« Un giorno Benveniste mi segnalò con acceso interesse studi che Roman Jakobson, approdato in Svezia nella sua fuga dalle varie tirannidi, aveva pubblicato a Upp­sala sull’afasia dal punto di vista della struttura linguistica »37.

Contini, comme il en témoigne lui-même (Contini 1998), connut Benveniste à Fribourg lors de l’exile du linguiste en Suisse : le Père Pierre de Menasce, dont la contribution fut essentielle pour l’arrivée et l’accueil de Benveniste en Suisse, fut un ami commun aux deux et les présenta juste après l’installation de Benveniste à Fribourg.

La lettre, qui témoigne de la présence de Benveniste en Suisse et des relations, au moins scientifiques, entretenues avec le milieu universitaire suisse, peut nous faire supposer que Benveniste continua a travailler sur le sujet du « duel » même pendant son séjour forcé en Suisse et qu’il ne cessa jamais de mener son activité de recherche38. Le lien entre Benveniste et le milieu scientifique suisse est également attesté par des échanges avec Charles Bally datant de la même période (cf. Chidichimo 2017).

Les deux feuillets de la Loterie Suisse et la lettre sus-mentionnée sont des témoignages importantes d’un point de vue biographique ainsi que scientifique : ils nous offrent une preuve tangible du séjour suisse de Benveniste et démontrent que le linguiste avait la possibilité de se dédier, et s’est en effet dédié aux études – malgré son statut de réfugié politique.

7 | Conclusion

Les archives sont une source précieuse d’informations historiques aussi bien que scientifiques par rapport au chemin intellectuel des linguistes. De plus, elles offrent des ressources fondamentales pour la publications de nouvelles éditions enrichies de textes déjà publiés ainsi que pour la publication d’inédits. Bien qu’elles offrent parfois – cela n’étant pas inattendu – des réflexions qui paraissent désormais dépassées, les archives contribuent néanmoins à enrichir notre connais­sance du parcours des idées, sous l’angle plus restreint de la biographie scientifique d’un seul linguiste ainsi que sous l’angle plus ample de l’histoire d’une école, d’une courante, d’une période donnée.

La double valeur épistémologique et historiographique des papiers des savants, attestée par l’intérêt croissant porté à ces sources, caractérise aussi bien les manuscrits du Fonds Ben­veniste. Ce fonds, encore largement non exploité, peut offrir aux chercheurs, comme on a tenté de le démontrer ici, des informations concrètes relatives à l’auteur, à son œuvre, à la spécificité de sa méthode de travail ainsi qu’au milieu scien­tifique et académique où son activité s’enracine. L’étude de l’archive benvenistienne nous permet de faire des aller-retours dans son œuvre et d’entrevoir les liens, les concor­dances ainsi que les divergences entre les étapes successives de sa formation et production scientifiques.

 

Footnotes

* Les recherches menant aux présents résultats ont bénéficié d’un soutien financier du programme-cadre FP7 – MSCA-COFUND de l’Union européenne en vertu de la convention de subvention n°245-743 – Programme de bourses post-doctorales Braudel-IFER-FMSH, en collaboration avec lITEM (ENS-CNRS), Institut des Textes et manuscrits Modernes. Lauteur tient à remercier Irène Fenoglio pour son aide, sa disponibilité et ses précieux conseils, ainsi que Ales­san­dro Chidichimo et Francesca Murano pour leurs précieuses révi­sions. Nos remerciements vont finalement au relecteur anonyme de l’article. Toute erreur reste la responsabilité de l’auteur. Cette recherche a bénéficié du meilleur accueil au Département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, Paris.

1 Le texte du Cours de Linguistique Générale de Saussure a été établi par Charles Bally (1865-1947) et Albert Sechehaye (1870-1946) sur la base soit des notes du linguiste soit des notes d’étudiants. Un vrai travail scientifique sur les manuscrits du linguiste genevois a été inauguré par les travaux fondateurs de Robert Godel (1957) et de Rudolf Engler (Saussure 1968-1974). La mise à dispo­sition des manuscrits de Saussure a permis l’édition de cours ou bien des pro­jets d’ouvrages du maître genevois, de la part de Marchese (Saussure 1995, 2002b), Engler & Bouquet (Saussure 2002a), Gambarara & Mejia Quijano (Saussure & Constantin 2005), Amacker (Saussure 2011), Teste­noire (Saussure 2013) et Sofia (2015).

2 Lebrave & Gressilon (2009, en ligne) définissent un avant-texte comme « un document écrit de nature hétérogène, souvent lacunaire, inachevé et couvert de ratures et de réécritures dont la carac­téristique principale est d’être partie intégrante d’une chaîne de production textuelle qu’on appelle aussi « genèse de l’œuvre » ».

3 La linguistique généticienne, issue de la génétique textuelle littéraire, se propose danalyser l’ensemble des textes formant l’avant-texte d’un texte publié et comprenant une suite de tentatives successives avant la stabilisation finale, afin de rétablir la diachronie de lélaboration énonciative.

4 Élève d’Émile Benveniste et entré au CNRS en 1966, Mohammad Djafar Moïnfar est directeur de recherche émérite depuis 2003. Ses principaux intérêts de recherche sont la linguistique iranienne, la linguistique arabe et lethnolinguistique.

5 Le projet de testament et des notes au sujet du devenir des biens matériels et culturels de Benveniste (datées de 1973-1976) sont gardés aux Archives du Collège de France sous la cote 28 CDF 12. Nous n’avons pas pu consulter ces documents parce qu’ils sont trop récents pour pouvoir être consultés librement, sans autorisation des ayants droits de Benveniste. Nous avons repéré les informations concernant les volontés de Benveniste dans Brunet (2012).

6 Georges Redard (1922-2005) était professeur de Grammaire comparée des langues indo-européennes à lUniversité de Berne, à la chaire qui était celle d’A. Debrunner. Pendant les années quarante il avait étudié à Paris et avait été élève de Benveniste. Les travaux de Redard portent sur la grammaire comparée (ancien latin et grec, les dialectes franco-suisses) ; il était spécialiste des dialectes iraniens.

7 L’héritage matériel laissé par Émile Benveniste ne se sépuise pas au Fonds Benveniste de la BnF : il se développe encore sur plusieurs parties. Des papiers sont gardés aux Archives du Collège de France : il s’agit d’un dossier personnel comprenant soixante et une pièces diverses (documents administratifs, bibliographie, notes, correspon­dances, etc.), complété par un don de six boîtes d’archives provenant de Georges Redard. Une autre partie des papiers est gardée à l’Université de Fairbanks en Alaska : la bibliothèque de l’Université détient vingt-sept carnets d’enquêtes de Benveniste et des notes autographes concernant les langue amérindiennes d’Amé­rique du Nord. Finalement il nous reste sa bibliothèque, gardée à la Bibliothèque de l’Institut de linguistique de l’Université de Berne (Suisse). Pour plus de renseignements autour des papiers laissés par Émile Benveniste, cf. Brunet (2011, 2012).

8 Magasinier des collections patrimoniales au Département des Manuscrits.

9 Jean Lallot, agrégé de grammaire, docteur en linguistique, ancien élève de lÉcole normale supérieure, est maître de Conférences de linguistique grecque à l’ENS (Ulm) retraité. Ses intérêts portent sur l’histoire et lépistémologie des sciences du langage dans lantiquité classique. Il est aussi spécialiste de la grammaire grecque antique et du grec moderne.

10 Le fonds Benveniste est depuis quelques années devenu objet détude de léquipe « Génétique du texte et théories linguistiques » de lITEM (Institut des Textes et Manuscrits Modernes).

11 « Bally préservera seulement ses propres textes finaux non publiés et certains brouillons et notes préparatoires pour les cours – mais en précisant: «Aucun de ces manuscrits ne doit faire l’objet d’une pu­bli­cation posthume» (BGE, Ms.fr. 5019/12/c) – et éliminera de manière systématique les textes intermédiaires » (Chidichimo 2015, 125).

12 « Env. » signifie « enveloppe » et lindication F est le numéro de folio qui corresponde à la numérotation des archivistes de la BnF.

13On abordera dans un deuxième travail quelques réflexions que Benveniste a élaborées au sujet du duel

14 L’enveloppe fait partie des manuscrits que Moïnfar avait été chargé de ranger.

15 Annuaire de l’École Pratique des Hautes Études, 1936-1937, 44 ; 113.

16 Annuaire de l’École Pratique des Hautes Études, 1937-1938, 79-80 ; 147.

17 Je tiens à remercier Irène Fenoglio pour ces informations.

18 Il sagit de comptes-rendus rédigés par Benveniste et parus dans le Bulletin de la Société de Linguistique de Paris de 1938. À savoir :

  • Hjalmar Frisk, Indogermanica, Göteborg, 1938, BSL 39, fasc. 3 (n. 117), p. 22 ;

  • W. Couvreur, De hettitische , Louvain, 1937, BSL 39, fasc. 3 (n. 117), pp. 23-25 ;

  • Holger Pedersen, Hittitisch und die anderen indoeuropäischen Sprachen, Copenhague, 1938, BSL 39, fasc. 3 (n. 117), pp. 26-27 ;

  • Bedrich Hrozny, Les Inscriptions « hittites hiéroglyphiques », Livraison III, Prague, 1937, BSL 39, fasc. 3 (n. 117), pp. 28-29 ;

  • Das nordarische (sakische) Lehrgedicht des Buddhismus, Text und Übersetzung von Ernst Leumann aus dem Nachlass hrsg. von Manu Eumann, Leipzig, 1933-1936, BSL 39, fasc. 3 (n. 117), p. 41 ;

  • Olaf Hansen, Die mittelpersischen Papyri der Papyrussammlung der Staatlichen Museen zu Berlin, Berlin 1938, BSL 39, fasc. 3 (n. 117), pp. 41-42 ;

  • Stig Wikander, Der arische Männerbund, Lund, 1938, BSL 39, fasc. 3 (n. 117), pp. 42-43 ;

  • Vladimir Georgiev, Die Trager der Kretisch-Mykenischen Kultur, ihre Herkunft und ihre Sprache, Sofia, 1937-1938, BSL 39, fasc. 3 (n. 117), pp. 56-57 ;

  • Tabulae Iguvinae, Editae a Iacobo Devoto, Rome, 1938, BSL 39, fasc. 3 (n. 117), pp. 61-62.

19 André Ombredane (1898-1958), agrégé en philosophie et docteur en médecine, était un médecin et psychologue français. Il publia en 1939, avec Marguerite Durand et Théophile Alajouanine, la recherche La syndrome de désintégration phonétique dans l’aphasie.

20 Pour plus de renseignements autour des cours des linguistes on consultera les références bibliographiques de D’Ottavi (2013).

21 Il faut quelques explications concernant la méthode de tran­scrip­tion : on a gardé les ratures de la main de Benveniste et on a indiqué entre crochets angulaires le texte écrit en interligne ou dans le bord du feuillet. Les abréviations telles que sg. et plur. ont été réso­lues. Là où le texte est illisible, on l’a indiqué par [ill.].

22. Voire à ce propos Zinzi (2014).

23 L’article a paru pour la première fois dans les Cahiers Ferdinand de Saussure, 20 (1963), Libraire Droz, Genève.

24 Ferdinand Brunot (1860-1938), linguiste et philologue français. Premier occupant d’une chaire d’histoire de la langue française en Sorbonne, créée à son intention, son œuvre maîtresse est l’Histoire de la langue française (1933). La pensée et la langue (1922) est un traité doctrinaire qui récuse les classifications aristotéliciennes traditionnelles « pour leur substituer une théorie nouvelle du langage, qui prend en compte les données de la pensée avant d’enfermer le discours dans des catégories grammaticales figées » (la citation est issue de la page en ligne dédiée à Brunot, dont l’adresse est http://www.arllfb.be/composition/membres/brunot.html).

25 Nous soulignons.

26 Revue internationale née des discussions entamées dans les Cercles linguistiques de Prague et de Copenhague ainsi que dans les Congrès internationaux pour servir d’organe du nouveau courant de la linguistique, notamment le structuralisme. Les mots d’intro­duction au premier numéro de la revue se révèlent parti­culièrement significatif : « Le point de vue structural, la conception de la langue dans sa totalité, dans son unité et dans son identité, se manifeste de plus en plus dans la linguistique aujourd’hui. Cette conception acquise, on en est déjà à la discussion des principes et méthodes à employer en linguistique structurale, et on procède déjà à l’appli­cation dans le monde des langues » (Bröndal-Hjelmslev 1939, 1).

27 «La forme linguistique est […] non seulement la condition de transmissibilité, mais d’abord la condition de réalisation de la pensée » (Benveniste 1966, 64).

28 Benveniste (1966, 63-74), a paru pour la première fois dans Les études philosophiques, 4 (oct.-déc. 1958), P.U.F., Paris.

29 Père Pierre de Menasce (1902-1973) avait été élève de Benveniste à l’École des Hautes Études (cf. aussi Bader 1999, Chidichimo 2017).

30 Il est difficile de repérer des informations sur le séjour Suisse de Benveniste: cf. à ce sujet Redard (2012) et Chidichimo (2017).

31 Albert Debrunner (1884-1958) avait fait ses études de philologie classique et de linguistique indo-européenne à Göttingen et Bâle. Il occupa la chaire de linguistique indo-européenne et de philologie classique à l’Université de Berne de 1935 à 1954.

32. « Cher collègue ! Je vous envoie l’essai de Jakobson et mes deux articles concernant le duel (matériaux inclus). Vous pouvez garder les deux sans problèmes pour quelques semaines.

Le bel après-midi d’hier va rester longtemps dans mes souvenirs les plus agréables. Votre, A. Debrunner » (notre traduction).

33 Debrunner A. 1926, « Zum erweiteren Gebrauch des Duals », Glotta 15, 14-25.

34 Debrunner A. 1943, « Dual ζυγοί? Die Geschichte einer Hypothese », Revue d’Études Indo-européennes 3, 172-174.

35 Gianfranco Contini (1912-1990) était un philologue et critique littéraire : en 1938 il fut nommé professeur de Philologie Romane à Fribourg en succédant à Bruno Migliorini.

36 Pour plus de renseignement autour de la composition et de la publication de l’essai, cf. Jahr (2011).

37 « Un jour Benveniste me signala avec un vif intérêt des études que Roman Jakobson, abordé en Suisse dans son fuite des tyrannies, avait publié à Uppsala, dédiées à l’aphasie du côté de la structure linguistique » (notre traduction).

38 Contini (1998) décrit bien les habitudes de Benveniste à Fribourg.

References

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