Le Fonds Serge Karcevski à Genève

pp.27-62

https://doi.org/10.19079/actas.2016.1.27

ISO 690

Chidichimo, Alessandro. Le Fonds Serge Karcevski à Genève. In: Acta Structuralica, 2016, 1, pp.27-62 [http://doi.org/10.19079/acta.2016.1.27]

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Chidichimo, A. (2016). Le Fonds Serge Karcevski à Genève. Acta Structuralica. 1, pp.27-62. [http://doi.org/10.19079/acta..1.27]

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Chidichimo, Alessandro. "Le Fonds Serge Karcevski à Genève." Acta Structuralica, vol.12016, pp.27-62. [http://doi.org/10.19079/acta..1.27]

Abstract

Il s’agit ici d’un premier travail de recherche et d’étude sur Karcevski et une première exploration de ses archives genevoises, cataloguées récemment par les Archives administratives et patrimoniales de l’Université de Genève. Le fait d’ouvrir pour la première fois une archive à la publication est un acte inaugural dont on ne mesure pas les limites et qui présume qu'on s’aventure par tâtonnements successifs dans un territoire encore inconnu. Les défauts de cet article sont donc imputables tant aux connaissances limitées de l’auteur qu’à la nécessité de saisir l’occasion.

Full Text

Aux Archives administratives et patrimoniales de l’Université de Genève (AAP) viennent d’être catalogués des documents appartenant au linguiste russe Serge Karcevski [Sergej Karcevskij] (1884-1955). Les documents ont été confiés aux archives par les héritiers de Karcevski au printemps 2013. En juin de la même année, j’ai pu les consulter pour la première fois et j’ai pu effectuer les premières analyses mais il a alors fallu attendre la fin du travail des archives.  Durant les trois ans suivants, les travaux ont continué et ont été achevé récemment par le soin de Mme Kalldrëmxhiu Barbey1. Ces documents intègrent ceux présents à Moscou à l’Institut de la langue russe de l’Académie des sciences2. Il faudra, naturellement, dans le travail de recherche sur ces fonds, garder une vision d’ensemble sur tous les documents présents dans toutes les archives, en prenant en compte des fonds qui se complètent. Je donne donc, dans cet article, un premier aperçu sur le fonds genevois. Je signale en outre des documents intéressants pour l’histoire de la linguistique saussurienne et pour la reconstruction du parcours de la recherche et de la vie de Karcevski. Je publie, en particulier, dans la section consacrée aux documents une lettre de Ferdinand de Saussure à Karcevski datant de 1912, la liste des cours suivis par ce dernier durant ses années d’études à Genève et le curriculum de Karcevski, rédigé par lui-même.

1. Une vie entre politique, littérature et linguistique 3

Serge Karcevski est né le 28 août 1884 à Tobolsk. Après une formation en tant qu’instituteur puis un emploi comme conservateur dans une bibliothèque, il débuta en tant qu’activiste politique. A cette époque en Russie, faire de la politique était une activité risquée et Karcevski fut en effet arrêté à Moscou et emprisonné en 1905, mais il arriva néanmoins à s’évader et à rejoindre la communauté des réfugiés russes à Genève4 en 1908, à l’âge de 24 ans. C’est justement à Genève que Karcevski se forma aux sciences du langage durant la période où Saussure enseignait encore puisqu’il arriva juste à temps pour suivre un de ses cours de sanscrit durant le semestre hivernal de 1912 (voir section documents). Plus important encore, il rencontra Charles Bally (1865-1947) et Albert Sechehaye (1870-1946), avec lesquels il se lia pour les quarante ans suivants. Il fut en effet un étudiant de Bally jusqu’au 29 octobre 1914, quand il obtint une licence ès lettres de l’Université de Genève. Les lettres et notes écrites par Bally, alors qu’il était un des maîtres de Karcevski, témoignent des échanges et discussions entre les deux hommes :

Cher Monsieur,

Votre travail m’est parvenu, je l’ai lu avec grande attention, il m’a vivement intéressé ; mais je ne suis pas convaincu, bien que je ne demande qu’à l’être. Il faudra que nous reprenions ensemble, phrase par phrase, votre argumentation mais cela ne peut se faire, je pense, que de vive voix.

Votre bien dévoué

Ch. Bally, 14 nov. 1913 (AAP 64/2012/16/6/1)

Les textes de Karcevski montrent un dialogue continuel entre les deux et posent l’accent sur le rôle joué par Bally dans sa formation et dans sa décision de se dédier à la linguistique. Karcevski fréquenta également au même moment à Genève le Conservatoire de musique pendant deux ans (1912-1913) et remporta le premier accessit de chant (AAP 64/2012/16/1/1). Il resta à Genève jusqu’en 1917, le temps que le Cours de linguistique générale [CLG] soit publié le 19 mai 1916 (Saussure 1916) et qu’une demande pour une thèse en littérature russe intitulée La vie et l’œuvre d’Anton Tchékhov soit acceptée par la Faculté des Lettres de l’Université de Genève le 31 octobre 1916 (AAP 64/2012/16/1/1)5. Karcevski rentra ensuite en Russie au printemps 1917 (Chidichimo et Sofia 2016). Une fois à Moscou, il rejoignit la communauté de linguistes du Cercle linguistique de Moscou et de la Commission de dialectologie et eut l’occasion de donner des séminaires durant lesquels il partagea avec ses collègues les idées saussuriennes6. Il séjourna un peu plus d’une année dans la même ville, puis repartit encore en voyage pour aller, d’abord, à Ekaterinoslav (Dniepropetrovsk) pour enseigner à l’Université. Il passa ensuite par Belgrade où il se sépara de sa famille, avant de rejoindre Paris en 1920. Durant tous ses voyages, Karcevski essaya d’écrire une thèse en sciences du langage mais ces déplacements continuels laissèrent une trace dans ses manuscrits. En effet, nous lisons dans une lettre envoyée à Sechehaye que : «Pendant les émeutes bolchevistes tous mes manuscrits on périt. Et j’ai eu beaucoup de peine à en reconstituer quelques parties.» (Karcevski à Sechehaye, 4 juillet 1920 Paris, BGE 2002/26/5)7. Il rencontra à Paris Antoine Meillet (1866-1936) avec qui il discuta de la possibilité de faire une thèse et de terminer la rédaction du texte sur lequel il était déjà en train de travailler :

Je suis très heureux d’apprendre que votre entrevue avec M. Meillet vous a donné la satisfaction que vous indiquez et j’espère vivement que les circonstances vous permettront avant très longtemps d’avoir celle de faire la publication à laquelle il vous pousse. Ce sera là un résultat intéressant pour les travaux que vous avez faits depuis si longtemps et que vous avez eu le courage de poursuivre parmi les dures vicissitudes de ces dernières années. (Genève 5 juillet 1920, Ernest Sautter8 à Karcevski, AAP 64/2012/16/23/1).

À Paris, Karcevski suivit les procédures nécessaires visant à faire valider ses diplômes d’études par les institutions françaises afin de s’inscrire en thèse (AAP 64/2012/16/1/1). Mais dès son arrivée à Paris, il fit encore un autre voyage vers Strasbourg pour travailler en tant que lecteur de russe avec André Mazon (1881-1967). Après ce nouveau passage en France, Karcevski rejoignit Prague, avec toute sa famille cette fois, où une communauté de moscovites (Jakobson, Troubetzkoy) s’était déjà installée, et où il gagna sa vie en enseignant au lycée russe et à l’Institut pédagogique russe. La présence de Karcevski à Prague ne fut pas la dernière étape de son parcours. Le temps de devenir un des membres du Cercle linguistique de Prague, de nouer des relations avec des linguistes tchèques comme Vilém Mathesius (1882-1945)9 et il se remit sur la route pour retourner en Suisse. A partir de 1927, il fut en effet à Genève, où il soutint finalement sa thèse avec le volume Le système du verbe russe10. Il commença alors immédiatement à travailler à l’Université de Genève11, d’abord en tant que privat-docent pour l’année académique 1927-28 et ensuite à partir du 1928 en tant que chargé de cours rattaché à la chaire de langue et littérature russe. Il fallut attendre 1946 pour le voir devenir professeur extraordinaire à l’École de traduction et interprétation de Genève. Karcevski resta à Genève jusqu’à son décès, le 7 novembre 1955. En 1956, les Cahiers Ferdinand de Saussure lui rendirent hommage en publiant un recueil de ses articles, mais aussi deux textes issus de ses manuscrits privés12. Esprit polyédrique, Karcevski ne fut pas seulement linguiste, il fut également un lettré qui publia des nouvelles et donna plusieurs cours et séminaires à propos de la littérature russe. Néanmoins, son exile l’empêcha de continuer son activité journalistique et de cultiver sa passion pour la politique de son pays d’origine. Il travailla pour plusieurs journaux et écrivit entre autres pour L’Essor, une revue dont le directeur entre 1933 et 1943, fut Albert Sechehaye (cf. Fryba-Réber 1996). Les vicissitudes de son destin lui permirent de côtoyer les linguistes le plus importants de l’époque et d’inscrire son nom dans l’histoire des sciences du langage du XXe siècle. Karcevski nous a laissé plus d’une centaine de publications entre linguistique, littérature, politique et articles journalistiques.

2. L’importance de Karcevski et de ses archives

Ces dernières années, nous avons assisté à un renouvellement des publications de documents des archives qui concernent Saussure, dont nous avons une tradition déjà consolidée. Nous pourrions en effet dire que le travail d’archives et philologique mis en place par Albert Sechehaye et Charles Bally pour aboutir à la publication du CLG a produit un changement fondamental dans l’histoire de la linguistique et des sciences humaines du XXe siècle. De nouvelles publications de documents manuscrits d’autres linguistes sont également en cours13. Les documents d’archives des linguistes représentent donc une source importante pour l’histoire des idées linguistiques en terme de témoignages, de découvertes ainsi que de publications de textes inédits et de nouvelles éditions enrichies d’apparats philologiques. La publication des documents d’archives de Karcevski s’insère dans ce courant de publications.

Il y a plusieurs aspects à relever par rapport à ces archives et leur importance pour l’histoire des sciences du langage. Tout d’abord, du point de vue de l’historiographie saussurienne, nous pouvons noter le rôle joué par Karcevski dans la diffusion des idées saussuriennes en Europe de l’Est, depuis Moscou14. Ensuite, ses continuelles pérégrinations à travers l’Europe ont constitué une occasion pour Karcevski de construire un réseau de linguistes et ont permis la circulation des idées. Dans les présentes archives, on retrouve des traces de ce tissage de liens grâce à la présence d’une ample correspondance et de notes autobiographiques. Enfin, ces archives revêtent un intérêt du point de vue de la connaissance de Karcevski lui-même. Elles permettent, en premier lieu, de reconstruire sa biographie et son activité scientifique grâce aux nombreux documents des colloques, conférences, cours publics et universitaires qui sont conservés dans ce fonds. Elles nous donne, ensuite, la possibilité d’avoir un cadre plus clair de ses écrits, conférences et cours dans le domaine littéraire qui ont tout de même accaparés une grande partie de son attention et de son travail académique. Un autre aspect, peu traité par les interprètes et qui pourrait être éclairci, est la passion sociale et politique qui caractérisa son activité d’écriture journalistique et occasionna le début de ses voyages à travers l’Europe et, par conséquence, à travers la linguistique de l’époque.

Jakobson affirmait à propos de la recherche menée par Karcevski en sciences du langage que :

In point of fact, each of Karcevski’s publications was conceived by him only as a kind of preview to this ultimate performance – the Book in which he believed to the last days of his life. Everything that he wrote had been fully weened in his mind, and his chiseled formulations, either in Russian or, even more in French, reveal a most enlightening resolution of the problems tackled. Even when some aspects of these questions received merely a cursory glance, the attentive reader knew that they had been not less probed in the author’s mind. (Jakobson 1955 : 9)15.

Il faudra chercher aussi dans ces archives les traces de ce système qui auraient pu donner, un jour, ce livre rêvé.

3. Premières analyses sur les Archives Karcevski à Genève

Le Fonds Karcevski présent aux AAP est un ensemble composite de documents qui couvre toute la vie de Karcevski. Les documents sont conservés dans 36 boites d’archives classifiées selon l’argument et la période chronologique. Elles sont accessibles au public. Ces documents sont tout autant de nature privée (correspondance, notes de travail pour sa production scientifique, conférences et cours) qu’administratives et donc inhérentes aux institutions académiques au sein desquelles il a étudié, travaillé et avec lesquelles il est entré en contact (Genève, Paris, Ekaterinoslav, Strasbourg, Prague). On retrouve de plus toute la documentation concernant des informations certifiant son statut juridique, comme par exemple son passeport, sa pièce d’identité ou sa carte de journaliste (AAP 64/2012/16/1/1). En outre, un dossier complet, toujours de nature administrative, traite de l’Institut d’Études slaves à Genève, où nous retrouvons, entre autres, la liste des œuvres principales citées par Karcevski durant son cours sur La littérature russe sous la Révolution (AAP 64/2012/16/13/1-3). Je m’attarderai, dans la section consacrée aux documents, à deux textes issus des dossiers administratifs sur Karcevski à l’Université de Genève : son curriculum vitae, utile pour reconstruire sa vie et sa carrière grâce au témoignage écrit par Karcevski lui-même, mais aussi ses livrets d’étudiant, durant les années d’études à l’Université de Genève entre 1908 et 1914.

Ce fonds possède un aspect iconographique. On y retrouve un vaste dossier avec des photos de la famille Karcevski (AAP 64/2012/16/1/4), mais aussi, dans un dossier consacré à Saussure, plusieurs copies de photos de Saussure lui-même (AAP 64/2012/16/15/4) déjà connues par les saussuriens. D’autres images prises durant des colloques sont également présentes et nécessitent un travail d’indexation. On esquissera par la suite une description générale de certains dossiers de ce fonds, mais avant de se plonger dans l’analyse de ces nouveaux documents, il faut rappeler qu’à Genève, on possédait déjà d’autres manuscrits concernant Karcevski16. Il s’agit de la correspondance gardée dans les Papiers Charles Bally (BGE Ms.fr. 5002, f.407-419 et 5009, f.45-46 et un autre brouillon de Bally entre les feuilles classifiées comme non identifiées f.165) et dans les Papiers Albert Sechehaye (BGE 2002/26/4). De plus, nous disposons d’autres textes de Bally à propos de Karcevski, comme par exemple l’analyse de la thèse de Karcevski effectuée par Bally (BGE Ms.fr. 5126) et le texte du discours qu’il prononça lors de sa soutenance17. Enfin, des opuscules de Karcevski se retrouvent dans les recueils d’opuscules de Bally. Ces documents présentent souvent des annotations écrites par Bally (cf. Chidichimo en préparation)18. Les fonds de Sechehaye contiennent de même une copie de la thèse de Karcevski, avec plusieurs pages de notes écrites par Sechehaye lui-même et des marginalia au texte (BGE 1995/8/32).

Il existe encore d’autres traces de Karcevski dans les archives genevoises, comme par exemple dans le dossier de la Société de Linguistique de Genève (BGE Ms.fr. 1999), légué par Léopold Gautier (1884-1971), où sont présent des résumés, voire des abstracts, des exposés de Karcevski à partir de la première séance du 25 avril 1940 organisée et inaugurée avec sa conférence Deux propositions pour une seule phrase. On pourrait supposer que d’autres documents de Bernard Bouvier19 ont été retrouvés et qu’ils sont en train d’être catalogués à la BGE et ne sont donc pas encore accessibles. Mais les lettres de Bouvier dans les archives de Karcevski devraient avoir des jumelles dans ce fonds. Nous retrouvons, en revanche, dans les fonds de Bally une lettre de Meillet, dans laquelle ce dernier donne des renseignements sur les capacités de Karcevski en tant qu’enseignant, probablement en vue d’une évaluation pour un possible emploi à l’Université de Genève20, ainsi qu’un autre échange entre Bouvier et Bally à la suite de l’échange avec Meillet (BGE Ms.fr. 5001, f. 257-258). Une autre lettre isolée se retrouve dans les archives Charles Baudouin (1893-1963)21 inhérente à l’Institut d’études slaves (BGE Ms.fr. 5952, f. 178, du 18 novembre 1935). Il n’y a pas, pour l’instant, de documents à propos de Karcevski dans les documents de Saussure (mais voir infra). Enfin, figurent dans le fonds Karcevski toutes les pièces administratives que l’on pourrait normalement retrouver dans les diverses archives de l’Université et de l’État de Genève.

3.1 Correspondance

La correspondance de Karcevski constitue une ample partie du fonds présent aux AAP. Les documents ont été archivés selon la date chronologique progressive et non par ordre alphabétique des correspondants. Ces mêmes correspondants ne sont pas indiqués dans le détail dans le catalogue – sauf pour certains auteurs, comme nous le verrons par la suite. Ce fait rend un peu plus difficile, mais tout à fait possible si l’on parcourt toute la correspondance comme j’ai essayé de le faire, de repérer rapidement toutes les lettres d’un auteur en particulier. Les documents sont séparés dans des cartons pour les diverses périodes allant de 1907 jusqu’à 1955, donc couvrant la période de la vie de Karcevski allant de son premier voyage en Suisse jusqu’à son décès. Ce choix d’organisation des matériaux force les utilisateurs à mener une recherche par période et thème, plutôt que par correspondant. Des séries de correspondances ont été isolées du reste des lettres et classifiées par leur homogénéité, argument, auteur, comme c’est par exemple le cas du dossier consacré à la correspondance linguistique allant de 1930 à 1946 (AAP 64/2012/16/15/1). Nous retrouvons également d’autres lettres de linguistes éparpillées dans d’autres dossiers, pour des raisons de cohérence thématiques et de rapports avec des dossiers en particulier. Dans ce cadre, nous signalons certains documents liés à des périodes significatives de l’histoire genevoise et internationale des sciences du langage. Il faut ajouter qu’une grande partie de la correspondance est familiale, en particulier entre Karcevski et son épouse et, contient également la correspondance de leur fils Igor.

Des parties entières de la correspondance sont liées aux diverses périodes de la vie de Karcevski, à des groupes scientifiques qu’il a fréquentés ou à ses correspondants spécifiques. Pour la partie genevoise, on retrouve, à part la seule lettre de Saussure à Karcevski, dont il sera question dans la section consacrée aux documents, sa correspondance avec Bally. Les échanges entre les deux ont été constants durant plusieurs années. On retrouve les lettres dans différents dossiers concernant les deux périodes de séjour de Karcevski à Genève (AAP 64/2012/16/15/1 que une lettre du 1938) et en particulier toutes les lettres de la première période en tant qu’étudiant, plus précisément datant de 1913-1914, qui sont liées aux textes écrits par Karcevski durant la période des cours de Bally (AAP 64/2012/16/6/1, AAP 64/2012/16/22/2, supra et infra). Dans ce cas, chaque texte de Karcevski est annoté et commenté par Bally dans le texte ou dans le message que ce dernier ajoute. Mais il y a aussi des lettres envoyées de Prague, comme par exemple un brouillon daté du 15 février 1927 adressé à Bally et qui n’est pas signalé dans les archives (AAP 64/2012/16/23/3), où il est question du statut du phonème et de la valeur linguistique. Dans un autre brouillon, les deux chercheurs se confrontent à propos de la stratégie à suivre pour la création de l’Institut d’Études slaves à Genève (AAP 64/2012/16/15/5). Il faut enfin considérer la cote AAP 64/2012/16/15/6 où nous retrouvons les tirés-à-part des publications de Bally entre 1913 et 1940, envoyés par ce dernier à Karcevski (qui les a lus).

L’autre éditeur du CLG, Sechehaye, est aussi un des correspondants. Le contenu des missives nous renseigne sur le lien entre les deux acteurs et leurs familles22. On trouve, en particulier, une lettre de félicitations datant de 1916 pour une conférence donnée par Karcevski sur la littérature russe (AAP 64/2012/16/22/3), puis à propos de l’Institut d’études slaves23 (AAP 64/2012/16/24/3), une autre datée de 1937 à l’occasion de l’envoi par Karcevski de Phrase et proposition (AAP 64/2012/16/15/1) et enfin d’autres plus informelles et familières entre le 3 mars et 26 juillet 1929, et le 18 avril 1935 (AAP 64/2012/16/24/1, 25/1).

Il y a aussi diverses lettres échangées avec Henri Frei (1899-1980) entre 1931 (Pékin) et 1942 (Genève) (AAP 64/2012/16/15/1) et portant sur des publications et sur un litige entre les membres de la Société Genevoise de linguistique, avec un brouillon de réponse par Karcevski (AAP 64/2012/16/24/2). Je prends également en considération, en raison des rapports entretenus avec les linguistes genevois, les lettres de Karcevski avec Max Niedermann (1874-1954): une invitation à Neuchâtel pour donner une conférence en 1927 (AAP 64/2012/16/10/3) et une autre du 9 mai 1929, à propos de l’enseignement du russe à Genève et Neuchâtel et enfin de 1931 pour remercier Karcevski de l’envoi de son texte sur la phonologie de la phrase (AAP 64/2012/16/24/1-2). Avançant dans le temps, on retrouve enfin une carte postale du philologue saussurien Robert Godel (1902-1984), datant de Janvier 1953, à propos de la grammaire russe de Karcevski. Toujours concernant le milieu genevois, sont également présents, comme nous avons déjà pu le signaler, les divers échanges avec Bernard Bouvier (AAP 64/2012/16/22/1-2)24, notamment une carte d’octobre 1915 dans laquelle il est question de la possibilité de donner un cours à l’Université de Genève (voir supra), mais aussi ceux avec le pédagogue genevois Adolphe Ferrière25 (AAP 64/2012/16/23/2), avec une lettre du 21 mai 1924, dans laquelle il accepte de collaborer avec la revue L’École russe à l’étranger fondée à Prague par Karcevski.

Il y a également, en ce qui concerne la dimension pédagogique et l’Institut Rousseau, des échanges avec Pierre Bovet26 datés du 22 août 1927 en vue de la préparation de la rentrée de Karcevski à Genève (AAP 64/2012/16/23/3). Il faut, enfin, signaler une lettre de Raymond de Saussure (1894-1971), fils de Ferdinand et psychologue, dans laquelle il renonce à participer à une conférence sur Dostoïevski organisée par Karcevski. Pour l’aspect saussurien il faut aussi signaler les échanges avec Louis Hjelmslev (1899-1965) – qui ne sont pas dans les cartons consacrés à la correspondance linguistique mais se trouvent dans la section générale – datant de 1931-34 (AAP 64/2012/16/24/2-3) et de 1940-47 (AAP 64/2012/16/25/2-3, 26/1). On retrouve par contre sous la cote AAP 64/2012/16/26/3 tout un dossier consacré aux lettres (1931-1940) de Hjelmslev à Karcevski, formant un total de 24 pages de lettres et 5 cartes. Ces lettres sont clairement utiles pour comprendre les liens entre Genève et Copenhague et la discussion et la diffusion des idées saussuriennes. En parcourant cette correspondance, on apprend que ce fut Karcevski qui proposa à Hjelmslev d’entrer en correspondance, à la suite aussi de l’envoi des Principes de grammaire générale par Hjelmslev (Hjelmslev 1928). Hjelmslev fut aussi mis au courant des travaux d’ordre synchronique de Karcevskij par le compte rendu donné par Meillet du Système du verbe russe (Meillet 1928). S’instaure alors dès ce moment entre les deux une vraie correspondance scientifique confrontant leurs différents points de vue27.

La correspondance en français de Karcevski ne se limite pas seulement au milieu genevois, mais étant donné son réseau, concerne aussi d’autres linguistes. Dans ses correspondances on retrouve une carte postale et une lettre de Meillet, respectivement de 1926 (AAP 64/2012/16/11/128) et 1928 (AAP 64/2012/16/23/3) et toujours à propos du Système du verbe russe, deux lettres de Maurice Grammont (1866-1946) datant de 1937 et 1938 (AAP 64/2012/16/15/1) et, pour terminer, une carte de 1937 envoyée par Marcel Cohen (1884-1974) contenant des notes sur les phrases et propositions (AAP 64/2012/16/15/1) et une carte de 1936 à propos du projet de publication de la grammaire russe de Karcevski (AAP 64/2012/16/25/1).

Une partie de la correspondance concerne le Cercle linguistique de Prague. Des dossiers sont consacrés respectivement aux lettres couvrant la période de 1931 à 1937 échangées avec N. S. Troubetzkoy (AAP 64/2012/16/15/1) et celles avec Jakobson expédiées depuis Prague et New York entre 1930 et 1952 (AAP 64/2012/16/14/1)29. Je viens, en outre, de retrouver d’autres échanges, dans la correspondance générale des années 1929-31 (AAP 64/2012/16/24/1-2), avec Troubetzkoy et Jakobson, mais aussi avec Bohuslav Havránek (1893-1978).

Pour ce qui est de la correspondance avec d’autres linguistes russes, on retrouve dans le dossier consacré à Saussure (AAP 64/2012/16/15/4) une copie de la traduction du CLG en russe de 1933 avec une dédicace et une lettre de Rozalija Šor (1894-1933)30 qui rédigeait le commentaire de cette édition traduite par Aleksej Mixajlovič Suxotin (1888-1942), après un premier essai durant les années vingt mené par Aleksandr Romm (1898-1943)31. Il y a également des échanges avec Aleksandr M. Peškovskij (1878–1933) datant de 1928 et 1930 (AAP 64/2012/16/15/1, 23/3, 24/1), lequel était à un certain moment, il semble, le seul possesseur du CLG à Moscou durant le début des années 2032.

Dans la liste des correspondants de Karcevski dans le carton contenant la correspondance linguistique (AAP 2012/16/15/1), on trouve au moins les noms de Antoine-Gérard Van Hamel (1939), George van Langehove (1939), Albert Willem De Groot (1946), Eduard Sapir (1931), Jakob Wackernagel (1932, 1937), Jooseppi Mikkola (1932), Giacomo Devoto (1927), Otto Jespersen (1930), Viggo Bröndal (1940) auxquels on peut ajouter encore les nombreux échanges avec Witold Doroszewski (1899-1976) à partir de 1929 et jusqu’en 1934 (AAP 64/2012/16/24/1-3).

En ce qui concerne les intérêts littéraires de Karcevski, il existe un témoignage de son rapport avec Maxim Gorkij (1868-1936) qui lui donnera la possibilité de publier dans la revue Znanie (Stelling-Michaud 1956 : 5) dans le fonds Karcevski, où l’on retrouve des lettres échangées entre les deux (AAP 64/2012/16/2/1). En outre, je signale les échanges avec Romain Rolland (1866-1944) à propos de Tolstoï (AAP 64/2012/16/26/3-4). Karcevski, comme on vient en effet de le dire, consacra plusieurs articles et conférences à Tolstoï et à la littérature russe en générale.

Si on va encore plus loin dans l’analyse de sa correspondance, il faut alors encore remarquer les lettres avec le philosophe russe Alexandre Koyré (1892-1964), à partir de 1929 et jusqu’en 1933, que j’ai repérées dans la correspondance générale (AAP 64/2012/16/24/1-3)33.

Pour terminer, on devrait s’attendre à ce que Karcevski, en raison de son engagement politique, ait été sollicité durant la période de la deuxième guerre mondiale en lien avec les personnes internées dans les camps de travail en Suisse et avec les réfugiés sur le terroir helvétique qui n’avaient pas de garants ou de moyens pour leur subsistance (AAP 64/2012/16/25/3)34.

3.2 Manuscrits de travail pour la recherche, l’enseignement, la période d’étude

Des manuscrits de Karcevski concernant des textes de divers types sont présents dans ce fonds. Comme on vient de le signaler, il y a plusieurs textes produits par Karcevski durant sa période d’étudiant en suivant les cours de Charles Bally et annotés par ce dernier. Une première lecture de ces documents nous montre la proximité entre les deux linguistes et donne la possibilité de retrouver des références utilisées durant les cours de Bally, ainsi que d’autres arguments, objets de rédaction par Karcevski. Un manuscrit datant du 8 février 1914 sur le philosophe du langage Aleksandr Potebnja (1835-1891) (AAP 64/2012/16/6/1), intitulé La théorie de Potebnja et la théorie syntagmatique, s’insère dans le contexte de l’appréciation de l’intérêt et de la connaissance que Bally portait à la linguistique de l’époque en Russie (cf. Ščedrina & Velmezova 2008). En marge du texte de Karcevski, Bally écrit en effet: «Ces travaux m’intéressent vivement, et je serais heureux de pouvoir en lire d’autres». Karcevski écrit également à propos de la lecture d’Henri Bergson (1859-1941) sur les différences entre le langage des êtres humains et des animaux (6 novembre 1915, AAP 64/2012/16/22/2)35. Toujours pour ce qui est de la première période genevoise, on retrouve des cahiers de notes mais je n’ai pour l’instant pas trouvé de notes prises au cours de sanscrit donné par Saussure36. Sont également présents plusieurs cahiers faisant partie d’un journal intime rédigé en russe (AAP 64/2012/16/9/2) et encore d’autres cahiers de notes et un agenda (AAP 64/2012/16/18/2).

Après le doctorat, Karcevski commence à donner des cours à l’Université de Genève. On trouve le reflet de ces années d’enseignements de Karcevski sous plusieurs cotes, où il y a des notes pour des cours donnés par Karcevski, entre cours à l’université et cours publics, et portant sur la littérature (AAP 64/2012/16/6/2-3, AAP 64/2012/16/7/4) et en particulier AAP 64/2012/16/10/3 qui comporte un ensemble de notes datant de 1916 à 1949.

Karcevski était un chercheur en sciences du langage, travail de recherche dont nous possédons des documents disséminés dans ce fonds. Mais ce travail de recherche et d’écriture se passait aussi à travers la lecture et l’étude des publications scientifiques des autres collègues. Nous avons donc la possibilité d’avoir des fiches sur plusieurs auteurs et ouvrages. Il y a, enfin, des opuscules de Sechehaye, Bally, Troubetzkoy, Tesnière, Sapir et divers autres annotés et catalogués par Karcevski. Un dossier avec des documents de la Société Genevoise de Linguistique de la période de 1941 à 1953 est présent dans ce fonds (AAP 64/2012/16/15/2-3). Ce dossier est très documenté et riche de détails. On retrouve dans ce dossier des témoignages de la vie de la société, ou encore des notes de Bally prises lors de la première réunion de mai 1940, le statut de la société annoté, des textes de conférences et des polycopiés distribués souvent à l’occasion des séances de la société par Karcevski, Bally (Préverbes et hypostase), Frei, Daniel Jones (1881-1967) et d’autres. Ces documents sont parfois annotés par Karcevski, probablement durant la conférence ou à la réception du texte. Ils complémentent ceux déjà présents à la BGE dans les fonds de la Société genevoise de linguistique (voir supra). L’ensemble de ces documents témoigne de l’activité de cette société, de ses premières années jusqu’à la moitié des années cinquante, lorsqu’elle cessa d’exister.

3.2.1 Littérature, art, philosophie, politique

Karcevski garda toujours de l’intérêt pour la littérature, tant comme auteur que comme critique littéraire et y consacra du temps dans son enseignement et son activité de conférencier. On retrouve parmi ses documents des nouvelles, des textes de conférence ainsi que des écrits plutôt théoriques. Un nombre considérable de pages est consacré à Tolstoï, sur lequel Karcevski a publié un long essai annonçant aussi un volume en préparation qui ne verra finalement jamais le jour (Karcevski 1928 : 1). Les pages présentes dans ce fonds nous montrerons probablement des éléments de connexion portant sur ce premier essai et sur l’hypothétique volume. On retrouve également plus de cent pages des notes et des textes pour les diverses conférences et leçons que Karcevski a données à Genève sur la littérature russe37 et d’autres textes littéraires, par exemple à propos de Dostoïevski (AAP 64/2012/16/6/4/4-5, AAP 64/2012/16/8/5-6) ou à nouveau sur Tolstoï pour son cours public de 1927-28, Tolstoï tempérament et idées (AAP 64/2012/16/6/6) et encore AAP 64/2012/16/7/4 et AAP 64/2012/16/8/1-4,6 consacré respectivement aux textes des conférences38 et aux écrits toujours sur Tolstoï. Il y a, enfin, un petit dossier sur les écrivains Gorki, Alexandre S. Pouchkine (1799- 1837) et Mikhail Isakovskij (1900-1973).

Le Karcevski auteur de nouvelles est bien présent dans ces archives avec la copie des textes publiés et d’autres manuscrits qui couvrent la période entre 1909-10,1912 (AAP 64/2012/16/2/1-2) et la période suivante jusqu’en 1940, dans le quatrième carton de la même cote.

Karcevski écrivit aussi sur la théorie de l’art, lue en connexion à la psychologie du langage. Tout le carton AAP 64/2012/16/2/3 est consacré aux écrits sur l’art, avec le texte manuscrit pour une conférence sur l’art, datant de 1911 durant laquelle Karcevski communique, probablement à ses collègues de cours à l’université39, les principes des théories de Potebnja (voir supra) développés par D.N. Ovsjaniko-Koulikovski (1835-1920) (cf. Simonato 2006) puis développé dans le tapuscrit Les principes de la théorie linguistique et psychologique de l’art qui est un texte beaucoup plus ample et rédigé toujours en relation avec la conférence du 28 octobre 191140. Enfin, toujours à propos de l’art, il y a encore un autre manuscrit de 17 feuilles intitulé Sur la nature de l’art (Attitude psychologique de l’artiste vis-à-vis de la réalité, comparée à celle du savant et du philosophe) (AAP 64/2012/16/9/4). Mais les lectures de Karcevski concernent aussi la psychologie analytique de Jung et en générale la psychologie et la philosophie, avec par exemple des notes à propos du matérialisme dialectique (AAP 64/2012/16/18/3).

Dans les archives il y a de la place aussi pour ce qui concerne son activité politique, son engagement dans des associations à orientation politique et son activité de journaliste, avec notamment des articles parus dans les pages de L’Essor, par exemple durant l’année 1935-1936 (cf. Gullotti 2000 : 83)41, dont le directeur durant la période 1933-43 fut Albert Sechehaye, ou encore dans le journal L’Éveil42. On retrouve par exemple, pour cette dimension politique, tout un dossier consacré à l’Union des citoyens soviétiques en Suisse dont Karcevski fut le président (AAP 64/2012/16/16/2-4). À côté de ces documents, se trouvent des manuscrits dans lesquels Karcevski essaie de réfléchir à des thèmes comme la non violence, le 15 décembre 1933 (AAP 64/2012/16/9/4).

En résumé, ce fonds d’archives couvre donc toute la sphère des multiples activités d’écriture et intérêts poursuivis par Karcevski tout au long de la première partie du XXe siècle.

Footnotes

  1. J’aimerais justement remercier Madame Kalldrëmxhiu Barbey pour le beau travail accompli et, avec Madame Torrione des AAP, pour leur soutien et leur professionnalisme durant mes recherches d’archives. Le catalogue des documents est disponible en ligne à cette adresse : https://archives.unige.ch/descriptions/view/5112.
  2. Ces archives ont été utilisées pour le volume Karcevski 2000 (cf. aussi Fougeron 2014)
  3. Les informations biographiques concernant Karcevski sont tirés de Stelling-Michaud 1956, Jakobson 1956, Fougeron et Breuillard 2000, Fougeron 2014. J’ai ajouté des détails supplémentaires issus des correspondances avec les linguistes genevois, de Chidichimo et Sofia 2016 et enfin de la copie du curriculum vitae rédigé par Karcevski lui-même (voir la section documents).
  4. Une des personnes les plus importantes de la communauté russe de Genève était notamment V. I. Lénine (1870-1924) qui resta à Genève entre 1903 et 1905, puis en 1908, lorsqu’il travaillait à la rédaction d’Iskra (L’Étincelle). On sait également que celle qui deviendra la femme d’Antonio Gramsci (1891-1937), le fondateur du parti communiste italien, Giulia Schucht (1894-1980), était au même moment à Genève avec sa famille. Les Schucht arrivèrent en Suisse en 1894, mais il semble qu’ils quittèrent Genève en 1903, donc avant l’arrivée de Karcevski en 1908 (cf. Gramsci 2010 : 25-29). Durant cette période genevoise, selon Gramsci 2010, le beau-père de Gramsci, Apollon, fréquentait les cours de la Faculté de sciences naturelles et sociales. Or cette faculté n’existait pas à Genève : il y avait en fait deux facultés, celle de Lettres et sciences sociales où enseignait Ferdinand de Saussure et celle de sciences. Il irait au delà de nos espoirs et hypothèses de trouver une trace d’un contact entre Apollon Schucht et Saussure. Sur les liens entre Saussure et Gramsci, cf. Carlucci 2013, à propos de la filtration des idées saussuriennes dans la pensée gramscienne.
  5. La rédaction de cette thèse ne sera probablement jamais entamée. Nous n’avons pour l’instant pas retrouvé ses traces dans les documents d’archives.
  6. Il n’y avait alors à Moscou qu’une copie du CLG, et ce encore pendant plusieurs années (cf. Chidichimo et Sofia 2016).
  7. La même chose arriva à Émile Benveniste (1902-1976) lorsqu’il rentra à Paris en 1944, après des années passées à tenter d’échapper au nazisme, il ne retrouva plus les manuscrits de ce qui sera son Noms d’agent et noms d’action en indo-européen (Benveniste 1946). Mentionnons aussi N. S. Troubetzkoy (1890-1938), qui perdit le manuscrit qu’il était en train d’écrire sur la préhistoire des langues slaves (Raynaud 1990 : 138-139).
  8. Ernest Sautter (1859-1923) était un des contacts du cercle des amis genevois de Karcevski.
  9. Karcevski raconte de la soirée du 14 octobre 1925 passée chez Mathesius, où il fut question des linguistes genevois (cf. BGE Ms.fr. 5002, f.416v ; Chidichimo en préparation). Cette soirée aura été décisive pour la fondation du Cercle linguistique de Prague (Cf. Mathesius 1966 [1936] : 139).
  10. Le texte du discours que Bally a prononcé lors de la soutenance de thèse de Karcevski est présent dans les Papiers Charles Bally (BGE Ms.fr. 5126) : « Cette maison est la votre et vous rappelle le temps où j’ai eu le plaisir de faire votre connaissance. Long séjour 1907-1917. Licencié de notre faculté. (…) je suis heureux de vous compter parmi mes disciples ». Cf. Chidichimo en préparation.
  11. Fougeron et Breuillard 2000 : VII, notent ici le début de la deuxième période de l’œuvre scientifique de Karcevski à l’étranger.
  12. L’idée du procès dans la langue russe (p. 25-35) et Deux propositions pour une seule phrase (p. 36-52), repris de la conférence qu’il donna lors de la première réunion de ce qui deviendra ensuite la Société Genevoise de linguistique.
  13. Un recueil d’articles est récemment paru sous le titre d’Archives des linguistes (Chepiga et Sofia 2014), qui a tenté de faire le point sur certaines archives des linguistes. Ces dernières années, il y a eu également plusieurs publications de documents issus des archives d’Émile Benveniste.
  14. La bibliographie sur ce sujet est ample. Je l’ai analysé dans le détail avec Estanislao Sofia dans Chidichimo et Sofia 2016 et sous presse.
  15. Meillet était également au courant du projet de livre de Karcevski. Dans le CR à Karcevski 1927 à propos de l’emploi des exemples tirées du russe : « M. Karcevski prépare un livre de linguistique générale ; à en juger par cette introduction, on doit souhaiter qu’il exécute son projet ; mais il devra le rédiger autrement pour peu qu’il veuille exercer une action. » (Meillet 1928 : 42).
  16. Tous les documents dont il est question ici (où je ne signale pas de référence bibliographique) demeurent encore inédits.
  17. Voir supra. On retrouve dans les archives AAP une feuille avec les épithèses de Karcevski (AAP 64/2012/16/1/1). Ce document figurera bien dans l’apparat critique d’une nouvelle édition du Système du verbe russe.
  18. On retrouve, en particulier, les articles Karcevski 1922, 1923, 1928, 1929, 1931, 1936, 1937a et 1937b, 1940, 1941. Les deux derniers documents correspondent respectivement au document distribué lors de la première réunion des linguistes à Genève qui deviendra la Société Genevoise de Linguistique (le 25 avril 1940 justement) (cf. Karcevski 1956b) et d’une version de l’article publié ensuite.
  19. Bernard Bouvier (1861-1941), professeur ordinaire de langue et littérature allemandes (1890-1895), fonde le séminaire de français moderne (1891) et les cours de vacances (1892). Il obtint, en 1895, la chaire de littérature française, improvisation et diction. Il fut, enfin, vice-recteur (1904-1906) et recteur (1906-1908) (cf. Rizek 2002).
  20. Cf. BGE Ms.fr. 5001, f.259-260v, Meillet à Bally, 12 décembre 1924, cf. Amacker 1989-1990 : 117. La lettre de Meillet parle de l’opinion que tenaient André Mazon et Meillet lui-même au sujet de Karcevski et il ajoute un passage sur les inquiétudes ressenties par rapport à ses penchants politiques, « ceci entre nous » bien sûr : « 12 décembre (…) Votre question sur Karcevskij m’embarrasse. Vous savez, comme moi, que Karcevskij est capable d’enseigner, au point de vue synchronique, le russe. Mais, pas plus que vous, je ne sais s’il peut en enseigner l’histoire, non plus que celle des autres langues slaves. Je n’en ai aucune preuve. A. Mazon l’a eu pour lecteur de russe à Strasbourg. Il n’en a pas été satisfait, et il a été heureux de voir Karcevskij le quitter. C’est un homme peu souple, trop convaincu de son mérite propre pour accepter des directives. Chargé de cours à Strasbourg, au lendemain de la guerre, il a montré un tact médiocre en allant loger dans le pays de Bach. {On a, alors, trouvé le procédé peu délicat}. Sa femme est médecin. Elle désire exercer, ce qui lui est impossible en France. Je crois – ce n’est qu’une hypothèse -, que, ayant peine à trouver une clientèle là où elle est, elle contribue fort à rendre instable son mari. Quant à la politique, je ne sais rien. Je ne vois rien qui, de ce côté, soit propre à inquiéter. Je voudrais pouvoir être plus précis. Je vous ai dit franchement le peu que je sais. Ceci entre nous. »
  21. Humaniste, psychologue, poète, romancier, philosophe, traducteur, en 1920, il est nommé privat-docent de l’Université de Genève et en 1924 il fonde l’Institut international de psychagogie, ainsi que la revue Action et Pensée (cf. BGE Odyssée Catalogue online Papiers Charles Baudoin).
  22. Le peu des documents épistolaires échangés entre Sechehaye et Karcevski pourrait nous laisser penser que la relation entre les deux n’était pas très entretenue. Il faut alors prendre en compte une sorte de lien de proximité entre les acteurs. Le fait d’habiter et de travailler dans un espace restreint comme la ville et l’Université de Genève rendait les rencontres et les échanges très fréquents et faciles et, en même temps, réduisait la nécessité d’envoi de correspondance. En fait, la plupart des messages sont envoyés quand un des deux correspondants se trouvait loin de Genève. Nous pouvons assister au même phénomène dans la correspondance entre Bally et Sechehaye, dans laquelle seuls les déplacements des deux hommes durant la production de la collation du CLG (cf. Sofia 2015) et la nécessité d’essayer de travailler ensemble et d’échanger des documents a produit un certain volume de correspondances, autrement très réduites.
  23. Le directeur de l’Institut des études slaves était Karcevski, mais la société des amis de l’Institut était présidée par Sechehaye (cf. aussi AAP 2012/16/13/1).
  24. Tout un fascicule est consacré à Bouvier dont Karcevski suivra plusieurs cours à l’Université de Genève (voir infra).
  25. Adolphe Ferrière (1879-1960), après un doctorat en sociologie (1902), sera le fondateur en 1899 du Bureau international des Écoles nouvelles, centre de documentation pour les réformes de l’éducation, privat-docent à Genève (1909), professeur à l’institut Jean-Jacques Rousseau (1912-1922). Il sera aussi le cofondateur de la Ligue internationale pour l’éducation nouvelle et rédacteur de son organe Pour l’ère nouvelle (1921) (cf. Grunder 2004). Voir dans la section Documents le curriculum de Karcevski où il parle de la collaboration avec Ferrière.
  26. Pierre Bovet (1878-1965), professeur de philosophie à Neuchâtel, de 1912 à 1944 directeur de l’Institut Rousseau à Genève (cf. Schärer 2002).
  27. Ici n’est pas le lieu pour rentrer dans les détails de cette correspondance ou en résumer brièvement le contenu, mais nous espérons arriver à la publication complète des textes.
  28. Ce document a, probablement à cause de la datation, fini dans le dossier consacré au Cercle linguistique de Prague.
  29. Ces documents demandent, tout comme pour Hjelmslev, un traitement qui ne peut pas ici être exhaustif. La publication et l’édition de ces lettres ainsi que d’autres présentes dans ce fond d’archives est prévue.
  30. Rozalija Šor, philologue, linguiste et culturologue soviétique (cf. Sébastien Moret & Patrick Sériot, http://crecleco.seriot.ch/recherche/ENCYCL%20LING%20RU/SHOR/Shor.html).
  31. La bibliographie sur ce sujet est ample. Pour une discussion de ces textes cf. Chidichimo et Sofia 2016.
  32. Voici ce que Romm écrivait à Bally en 1922 à propos de la traduction du CLG à Moscou : « Nous n’avons à Moscou qu’un seul exemplaire du “Cours de linguistique générale”. Cet exemplaire est venu à Moscou au mois de juin 1922. Il fait la propriété de M. le professeur à l’Université de Moscou – A. Péchowsky, qui a eu l’obligeance de me permettre de le lire. Mr Péchowsky, moi et encore un de nos linguistes, voilà tous qui ont lu le bel œuvre de F. de Saussure. L’édition est épuisée en France ce qui nous ôte la moindre espérance d’en recevoir un autre exemplaire. Et pourtant le système de F. de Saussure a pour la linguistique russe une importance particulièrement grande. Il a été référé aux membres du « Cercle Linguistique de Moscou » (-) et l’intérêt qu’il y excita fut remarcable [sic]. » (BGE Ms.fr. 5004, f.26r-26v, in Chidichimo et Sofia 2016 et sous presse. A propos de Peškovskij voir infra le CV de Karcevski). En fait, Viktor Porzeziński (1870-1929) avait aussi une copie du CLG :« Strasbourg 16 janvier 1922 Université (…) J’ai été tout récemment à Prague, j’y ai rencontrés des amis venus récemment de Moscou. Ce sont nos jeunes linguistes et philologues avec lesquels j’ai travaillé en 1917-1918 dans le Cercle linguistique et dans la Commission dialectologique de Moscou. Jusqu’à tout dernier temps les études linguistiques étaient en Russie étaient fort influencées par les méthodes allemandes. Les rapports que j’ai faits à Moscou sur l’école linguistique française, sur F. de Saussure et sur ses disciples et continuateurs à Genève furent une révélation pour mes compatriotes. Dès lors on constate un revirement considérable dans l’orientation des nos moscovites. Les noms de Meillet, de de Saussure, le votre, celui de M. Bally se font entendre tou dans chaques [sic] séances de deux sociétés dont je viens de parler. Mais les livres manquent. On ne possède <à Moscou> qu’un seul exemplaire de F. de Saussure (le Cours de linguistique) que j’avais envoyé en 1917 à M. Porzezinski et que celui-ci (adepte fervant [sic] de l’école allemande) a enterré dans la bibliothèque [ (BGE 2002/26/4, Karcevski à Sechehaye, 16 janvier 1922 ; in Chidichimo et Sofia 2016 et sous presse).
  33. J’ai cherché dans l’index du Fonds Alexandre Koyré, http://www.arch.cn2sv.cnrs.fr/aoms/ead.html?id=FR_CN2SV_00009, en espérant retrouver les lettres envoyées par Karcevski, mais ces documents n’apparaissent pas dans le catalogue. Les documents genevois sont donc importants à la lumière de cette absence dans le Fonds Koyré.
  34. Pour ce qui concerne la linguistique, Émile Benveniste et Petar Guberina (1913-2005) passeront par ces camps (Cf. Chidichimo 2015a et b).
  35. Ce document se trouve dans la correspondance plutôt qu’avec les autres textes produit durant son la période d’étudiant de Karcevski. Bergson était une des lectures et influences de Bally et des genevois (cf. Bally 1935 : 31 ; BGE Ms.fr. 5124/2, f.150-156 ; BGE Ms.fr. 5044 f. 104v ; Richard 1986). Saussure, lui aussi, semblait connaitre ses textes (cf. Joseph 2012 : 495-496). Enfin, ce document soutient l’affirmation de Fougeron et Breuillard 2000 : XIII, à propos de l’influence de Bergson sur Karcevski.
  36. Robert Godel (1902-1984) signale que Karcevski lui avait laissé plus de 40 pages d’exercices faits pour le cours de Saussure du 1911-12 (Godel 1957, p. 26 n.13). Dans le fonds Robert Go­del présent aux AAP, je n’ai pas trouvé ces pages. Parmi les documents de Saussure le catalogue signale des notes pour les cours de sanscrit (BGE Ms.fr. 3954) qui font partie d’un don provenant de Bally. Je n’ai pas trouvé non plus de notes de la main de Kar­cevski dans d’autres dossiers où sont présen­tes des notes concernant le sanscrit (BGE Ms.fr. 3952 et 3970).
  37. Comme par exemple le cours public qu’il donna déjà en 1916, du 1 au 29 mars, intitulé La vie et la littérature russes au XIX siècle (AAP 64/2012/16/9/1).
  38. Est présent l’affiche d’une conférence à la Société de sociologie de Genève le 14 novembre 1929 et un manuscrit intitulé Les idées sociales de L. Tolstoï daté du 21 novembre 1933, écrit toujours dans le cadre de la même société.
  39. Karcevski affirme en fait en avoir demandé la permission à Bouvier dont il était étudiant en 1911 et dit encore dans le texte « j’ai pensé qu’il vaut la peine de faire connaître cette théorie à mes collègues de la Faculté de Lettres ».
  40. On retrouve donc sous cette cote le texte sous forme de manuscrit et une copie plus longue en deux exemplaires sous forme de tapuscrit. Une version de ce même document est également présente dans AAP 64/2012/16/9/2.
  41. Gullotti signale le débat ayant lieu dans les colonnes de L’Essor à la suite de la publication de trois articles de Karcevski les 19 octobre, 2 et 16 novembre 1935 du titre Réflexions sur l’URRS.
  42. «Ainsi L’Éveil, «revue non-conformiste» comme le revendique son sous-titre, est lancée au printemps 1932 (avant même l’apparition de la revue Esprit) par quelques intellectuels qui renvoient dos à dos fascisme et communisme. Parmi les signatures régulières de L’Éveil, on relèvera celle de Serge Karcevski, professeur de linguistique à Genève, celle du pédagogue Adolphe Ferrière et celle du psychologue et poète Louis Charles-Baudoin, celle du philosophe existentialiste russe Léon Chestov. » (Claven 1999 : 68). La revue L’Éveil, qui a sur la couverture des quatre premiers numéros le sous titre Revue des jeunes et qui deviendra seulement pour les derniers deux numéros Revue non conformiste, est née en 1932 et sera publiée jusqu’au mai 1933. Dans les archives, on retrouve toute la collection de la revue du premier numéro, datant du Juillet 1932, jusqu’aux derniers numéros (6-7) de Mai 1933 (AAP 64/2012/16/12/3). Le numéro suivant, annoncé, semble toutefois ne jamais être paru. Karcevski y publia un long article en trois parties Entre le passé et l’avenir (Karcevski 1932-33) (mais la troisième partie, qui devait paraître dans le huitième numéro de la revue, ne vit jamais le jour) et des comptes rendus sur des publications tolstoïennes. Parmi les collaborateurs de la revue se trouvait aussi Aldo Dami (1898-1977), journaliste et chroniqueur, qui deviendra en 1944 professeur extraordinaire de géographie historique, politique, ethnique et linguistique.

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